Des enseignants tués, des salles de classes brûlées... L'école menacée par les djihadistes au Burkina Faso

"Il y a eu des menaces, et notre professeur nous a dit de fuir, que les terroristes étaient en route. Ils sont venus à l’école, mais ils ne nous ont pas trouvés", raconte Boureima Ba, 19 ans, assis devant une petite mosquée en périphérie de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, où il vient de prier. "Après cela, l’école a fermé", dit-il. Au mois de mai, l’adolescent a quitté son village, au Nord du pays, pour s’installer chez un oncle, et poursuivre ses études dans un lycée local.

Au Burkina Faso, pourtant longtemps épargné par la menace terroriste, la dégradation de la situation sécuritaire s’accélère, les attaques se multiplient. Elles visent les forces de défense, la police, les symboles de l’Etat, mais aussi, de plus en plus souvent, des civils. Les groupes armés ont peu à peu grignoté du terrain, principalement au nord et à l’est du pays. Le pays compte plus d’un demi-million de déplacés internes. Environ 1800 écoles ont dû fermer.

"Des dizaines de milliers d’enfants ne sont plus scolarisés. Certains depuis plus de deux ans, dit Bernard Kitambala, chef de bureau de l’Unicef à Dori, capitale de la province du Sahel, à une centaine de kilomètres de la frontière malienne. Il y a eu des menaces contre des écoles, et certaines ont été mises à exécution." L’éducation "occidentale" est perçue comme corruptrice, ou inutile, par certains prêcheurs islamistes radicaux. Des enseignants ont été tués, des salles de classes ont été brûlées.

"J’ai peur, mais il faut continuer"

2 images
Des familles déplacées dans la cour d'une famille d'accueil à Dori. © Patricia HUON

A Dori, dans une école primaire, une institutrice tente de se faire entendre devant une centaine de gamins surexcités. Environ la moitié sont des déplacés, originaires des villages ou provinces voisines. "Ce n’est pas facile de donner cours dans ces conditions. Des tentes ont été installées et font office de salles de classe, dit-elle. Mais les enfants ont du mal à se concentrer (…). J’ai peur, mais il faut continuer. Ces enfants ont droit à une éducation."

Pour d’autres, le danger était devenu trop grand. "Pendant que nous étions en classe, subitement, nous avons entendu des coups de feu, et nous avons été obligés d’évacuer les élèves", raconte Tidiane Koundaba, qui était enseignant à Gorgadji, dans la province de Séno, un des épicentres du conflit, au Nord. En transit à Dori, il attend d’être réaffecté ailleurs dans le pays. "L’école n’était pas directement visée. Mais nous nous sommes demandé si, après la mairie, et le commissariat de police, nous n’allions pas aussi devenir la cible de représailles."

Les violences ont laissé un profond traumatisme. "Ils sont arrivés à moto… C’étaient des djihadistes, ils portaient des turbans sur la tête. Ils ont tiré jusqu’à l’aube", se souvient Ramata, 15 ans. Un oncle et plusieurs proches sont abattus par les assaillants dans son village du Sahel.

"J’ai pris la fuite avec ma famille. Nous étions une quarantaine de personnes. Nous avons couru vers la ville d’Arbinda, à quinze kilomètres de là", dit la jeune fille, une larme qui coule le long de sa joue, alors qu’elle se remémore cette nuit d’avril. "Nous n’avons même pas eu le temps d’enfiler des chaussures."

La jeune fille passe désormais ses journées dans un centre d’accueil pour enfants et adolescents, à Kaya, une ville du centre du pays. A travers le jeu, et un accompagnement par des travailleurs sociaux, ils tentent de comprendre et d’extérioriser ce qu’ils ont vécu.

Déclaration du ministre de la défense burkinabé après l'attaque d'Hallalé, ce 26 décembre:

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK