De Heineken à la bière de sorgho, le parcours d'un brasseur ghanéen qui promeut le local

Clément Djameh a créé sa propre micro-brasserie en 2003.
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Clément Djameh a créé sa propre micro-brasserie en 2003. - © Dylan GAMBA

Après plusieurs années à travailler pour le géant Heineken, Clément Djameh a créé en 2003 sa propre société qui produit un breuvage à partir de sorgho, une céréale qui se trouve dans le nord du Ghana. Le sexagénaire réalise seul toutes les étapes de fabrication, mais espère à terme pouvoir embaucher et se développer.

"J’ai toujours voulu travailler dans l’industrie de la bière, quand j’étais petit, j’étais fasciné par les bulles qui montent du breuvage." Clément Djameh est originaire de la région de la Volta, dans l’est du pays. De sa passion de jeunesse, le sexagénaire en a fait son métier.

Après des études de brasseur à l’université d’Achimota, il poursuit son cursus en Allemagne. En rentrant au Ghana, il est embauché par le géant du secteur Heineken. "Mais seuls ceux qui étaient originaires des Pays-Bas pouvaient prétendre à devenir directeur. Et je ne voulais pas rester que l’assistant du directeur", témoigne-t-il.

"Une industrie locale qui fait vivre près de 6000 personnes"

En 2003, Clément Djameh crée ainsi sa propre microbrasserie. D’abord en dilettante car il travaille en parallèle avec la FAO, il se focalise sur sa société à partir de 2015, qu’il installe à Kwabenya, dans la banlieue nord de la capitale Accra. Avec un capital de départ de près de 100.000 dollars, il a pu acheter le matériel nécessaire, notamment des grandes cuves.

Contrairement aux géants du secteur, qui utilisent du malt ou du houblon, Clément Djameh a choisi un ingrédient qui pousse localement : le sorgho, une céréale qui se trouve dans le nord du pays. "J’ai fait une licence à l’université où je me suis focalisé sur le sorgho, un master sur le sorgho, et un doctorat sur le sorgho", témoigne-t-il dans un grand rire. La fermentation de cette céréale, qui diffère selon ses caractéristiques, peut prendre entre 2 et 4 semaines. "Je favorise une industrie locale qui fait vivre près de 6000 personnes dans le nord du Ghana", poursuit-il.

Composer avec les coupures d’eau et d’électricité

Aujourd’hui, dans des locaux d’environ 30 mètres carrés, Clément Djameh est capable de produire quelque 200 litres de bière par jour, et ce trois fois par semaine. Mais il faut parfois faire face à des aléas courants au Ghana : les coupures d’eau et d’électricité. "La semaine dernière, je n’ai pas pu travailler, car il n’y avait plus de courant", avance-t-il. La majorité des bières sont vendues à des expatriés. Il loue des cuves de 18 litres au prix de 108 cédis (environ 18 euros). "C’est un marché très rentable, et je n’ai pas de concurrence sur ce secteur", témoigne-t-il.

Clément Djamah s’occupe de toutes les étapes de fabrication, depuis le brassage, jusqu’à l’embouteillage. Mais il espère à terme pouvoir trouver des fonds pour se développer et faire appel à des employés. "En 2016, le gouvernement m’avait promis près de 400.000 euros pour que je puisse me développer. Mais ensuite, il y a eu des élections et un changement de gouvernement et je n’en ai finalement pas vu la couleur", souligne-t-il, las. Malgré tout, il se montre optimiste pour l’avenir. "Mon objectif, à terme, est de construire une microbrasserie qui utilise le sorgho à travers le pays", confie-t-il.

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