Coronavirus : la peur d’une contagion dans les bidonvilles sud-africains

Dans les églises du township d’Alexandra, à Johannesburg, comme ailleurs dans le pays, une chaise vide a été laissée entre chaque fidèle. "C’est très bizarre, car normalement l’église est pleine. On aime se serrer pour prier et chanter, commente Promise Musi. Mais, vous voyez, beaucoup de gens ne sont pas venus à cause du virus."

Le gouvernement a interdit tout rassemblement de plus de 100 personnes (50 dans les restaurants et bars). Arrivé le 5 mars en Afrique du Sud, le Covid-19 a déjà infecté au moins 402 personnes – dont une à Alexandra, selon la chaîne privée ETV.

"Je me sens protégée parce que je suis un enfant de Dieu, s’exclame Promise. Mais je prends des précautions." Cette femme enjouée de 34 ans vit dans une pièce unique avec son mari et 2 enfants, au bout d’un dédale de chambres en brique et taudis en tôle ondulée, accolés les unes aux autres.

"Le Covid-19 risque de faire des ravages"

"Je partage un robinet et une toilette avec 5 familles. Je les nettoie avant de les utiliser avec du désinfectant. Mais beaucoup de familles sont trop pauvres pour en acheter. Certaines n’ont même pas de savon ! Il faudrait que le gouvernement en distribue."

Comment isoler un malade quand on dort à plusieurs dans une chambre ? Comment garder les enfants à l’intérieur d’un logement minuscule, alors que les écoles ont fermé pour un mois ? "Tous les jours, ils viennent me demander un ballon pour jouer dans la rue, raconte Lydia Makhoba qui travaille pour une ONG d’Alexandra, qui a fermé son centre d’activités pour enfants.

"On continue à servir des repas aux indigents, surtout des personnes âgées. On dit à ceux qui toussent de se tenir à l’écart. Je suis inquiète parce que c’est bientôt la fin de l’été. Le Covid-19 risque de faire des ravages à Alexandra. J’espère que cela va ouvrir les yeux du gouvernement sur le manque d’hygiène et la surpopulation du quartier."

Le mythe d’une "maladie qui ne touche que les Blancs"

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Judith Ramokgola, étudiante en droit, est inquiète : les hommes continuent à boire dans la rue. © Valérie Hirsch

Beaucoup d’habitants sont mal informés. "Il y a des mythes disant que c’est une maladie qui ne touche que les Blancs, raconte Judith Ramokgola, étudiante en droit. Vous avez entendu le pasteur dire qu’ils n’ont pas peur parce que Dieu les protège. Regardez ces hommes qui continuent à boire dans la rue avec leurs amis. Cela montre qu’ils ne sont pas vraiment inquiets."

Les bars sont fermés après 18 heures et dès 13 heures le dimanche. Mais ce dimanche après-midi, la police ne faisait rien pour faire respecter l’interdiction de boire en public. Les rues étaient toutefois moins bondées que d’habitude. Aucune n’avait été barrée pour laisser place à une fête de mariage ou à la célébration "after teers" (après les pleurs) qui suit un enterrement, au cours de laquelle, selon la tradition, les dizaines de convives doivent se laver les mains dans un même bol.

"On a même annulé la fête d’anniversaire de mon mari. Grâce à Dieu, il est resté à la maison samedi soir, au lieu d’aller boire avec ses copains, se réjouit Gladness Mabunda, une femme de ménage de 56 ans. Dans ma famille, on fait très attention. Chaque fois que je prends un taxi collectif, je désinfecte mes mains. Seuls ceux qui portent des gants touchent la monnaie que l’on passe au chauffeur. Dans les magasins du centre commercial d’Alex, tout le monde doit se désinfecter les mains avant d’entrer. Je suis fière de la manière dont les gens se sont vite adaptés à la situation."

Vers un confinement strict ?

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa s’est lui aussi réjoui, ce lundi matin, des efforts des Sud-Africains dans la lutte contre le coronavirus. Mais ceux-ci semblent encore insuffisants : l’armée était déjà en train de se déployer dans les rues durant la journée, premier indice d’un probable confinement de la population que pourrait annoncer le président lors d’un discours à la télévision ce lundi soir.

En attendant ces nouvelles mesures, Oyama Tshazibana, une étudiante en biocinétique, a deux souhaits : des tests gratuits et des recharges internet pour les étudiants pauvres, afin qu’ils puissent poursuivre leurs études à distance.

Sujet du JT du 23/03/2020 - L'Afrique face à l'épidémie

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