Coronavirus : des médecins cubains en Afrique du Sud, solidarité ou exploitation ?

L’arrivée de 217 médecins et personnel de santé cubains en Afrique du Sud suscite bien des critiques.

"La brigade des docteurs cubains vient nous aider à combattre le Covid-19. Cet acte désintéressé est motivé par le niveau élevé de solidarité internationale des Cubains", s’est réjoui, dans un tweet, le ministre sud-africain à la Présidence, Jackson Mthembu.

Mais l’arrivée des blouses blanches (médecins, épidémiologistes et techniciens) à Pretoria, le 27 avril, a soulevé un tollé dans le pays.

"Traite d’êtres humains"

Pourtant, rien de nouveau sous le soleil austral : Cuba envoie des médecins en Afrique du Sud depuis 1997. La Havane a aussi formé 732 étudiants sud-africains en médecine. Le parti au pouvoir à Pretoria, le Congrès national africain, a toujours entretenu des liens privilégiés avec le régime castriste, qui l’a soutenu pendant la lutte contre l’apartheid.

Cette fois, Washington est monté au créneau, en appelant l’Afrique du Sud à suivre l’exemple du Brésil, de l’Equateur et de la Bolivie, qui ont renvoyé les médecins cubains chez eux, avant la crise du Covid. Les pays qui acceptent des docteurs cubains "aident le gouvernement cubain à tirer profit de la traite d’êtres humains", a tancé Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat américain aux affaires étrangères.

De juteux revenus pour le gouvernement cubain

Cuba a dépêché plus de 1200 "médicaux" pour combattre le coronavirus dans 23 pays, y compris en Europe (Italie, Andorre). Au total, il y aurait quelque 28.000 Cubains du secteur de la santé travaillent à l’étranger, selon The Guardian.

Les revenus en devises qu’ils rapportent à leur gouvernement (11 milliards de dollars par an, entre 2011 et 2015, selon l’ex-ministre cubain de l’Economie José Luis Rodriguez Garcia) dépassent largement ceux du tourisme. Surtout en ces temps qui courent…

L’ambassade de Cuba à Pretoria a aussitôt rétorqué que La Havane continuerait à payer les salaires de ses blouses blanches (50 euros par mois), "bénévoles" au voyage. L’Afrique du Sud ne rembourserait que les frais de transport, logement et nourriture.


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Pourtant, d’après un document publié par le journal Business Day, le gouvernement sud-africain avait prévu, au départ, une enveloppe de 22 millions d’euros pour le déploiement de 187 Cubains pendant un an. La facture serait donc 117.650 euros par médecin, dont 78.000 en salaire, reversé aux autorités cubaines. Selon plusieurs sources étrangères, les docteurs cubains ne toucheraient, au mieux, que 25% de ce pactole.

15.000 docteurs retraités disponibles

L’Association médicale sud-africaine (SAMA), qui affirme représenter 70% des médecins du pays, est aussitôt montée au créneau : "La plupart de nos 15.000 docteurs retraités aimeraient participer à la lutte contre la pandémie, affirme Angelique Coetzee, la présidente de Sama. Nous avons aussi des médecins qui attendent une affectation ou une reconnaissance de leur diplôme acquis à l’étranger. Or, ils coûtent deux fois moins chers que les Cubains".

Le ministre sud-africain de la Santé, Zweli Mkhize, aimerait prendre comme modèle "la médecine préventive cubaine". Le taux de mortalité infantile sur l’île est ainsi l’un des plus faibles au monde.

Mais, dans la lutte contre le Covid, l’Afrique du Sud a surtout besoin de spécialistes, pas des généralistes envoyés par la Havane. Dans le passé, ces derniers ont été déployés dans les hôpitaux ruraux, peu prisés des Sud-Africains. Mais leur méconnaissance des langues locales s’est révélée un handicap de taille.

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