Conscients de la fragilité de leur système de santé, les Tunisiens confinés sous surveillance de l’armée

Jour 6 de confinement. 227 cas confirmés pour l’heure et 5 décès. La Tunisie fait l’impossible pour devancer le virus. Fermeture des établissements scolaires, des cafés, des frontières. Très vite, un couvre-feu a été imposé.

Depuis dimanche dernier, le confinement total a été décrété. Le lendemain, l’armée était déployée pour mieux le faire respecter. Des hélicoptères survolent le ciel de la capitale. Les rues sont désertées. Les citoyens ne peuvent sortir qu’en cas d’extrême nécessité.

La Tunisie tente l’impossible pour faire barrage au virus avant qu’il ne soit trop tard en adoptant des mesures que la plupart des pays européens – nettement plus touchés – n’ont pas mises en place.

Prévenir à tout prix

Alors que la pandémie atteignait seulement les 40 cas en Tunisie, les masques apparaissaient déjà. Les Tunisiens qui pouvaient se le permettre optaient pour masque et gants de protection avant même les consignes du gouvernement. Ils respectaient pour la plupart la distance de sécurité dans les files d’attente, devant les pharmacies et les épiceries.

Si les Tunisiens se montrent à ce point disciplinés, c’est parce qu’ils connaissent l’extrême fragilité de leur système de santé. Que l’armée soit déployée, alors qu’il y a 10 ans à peine, ces mêmes Tunisiens se battaient pour en finir avec un régime autoritaire, ne leur pose aucun problème. Cela ne soulève, aucune inquiétude. Au contraire !


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Lorsque le confinement, surveillé par l’armée a été annoncé, Najoua, jeune mère tunisienne a respiré : "Peut-être que d’autres pays se moqueront de nous en apprenant qu’on a opté pour le confinement total alors qu’on n’avait pas même atteint la barre des 100 cas. Mais nous, on est conscient de ce qu’on a. Nous les Tunisiens, nous sommes pauvres. Pauvres mais responsables. On ne peut pas frimer et dire que notre pays va nous protéger. Soyons clairs ! Notre pays veut nous protéger, mais il n’en a pas les moyens !".

Najoua fait référence aux hôpitaux qui manquent cruellement de matériel et de lits disponibles en cas de multiplications des cas : "On sait que ça va virer à une vraie catastrophe si on ne prend pas les choses en main là maintenant".

Manque de tout

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La Medina de Tunis et ses alentours sont déserts : plus de marché, boutiques fermées, totalement vide... © Maurine Mercier

En Tunisie, l’objectif est de stopper net le virus. Avant qu’il n’y ait trop de malades. Pas le choix. "Si l’Italie est débordée nous le serons bien avant. Nos moyens sont bien moins importants", résume une jeune interne d’un hôpital de la capitale. "Nous serons vite totalement submergés", renchérit sa consœur. "Nous possédons 250 lits de réanimation et 250 respirateurs dans le secteur public."

"Les moyens de protection manque énormément. Nous n’avons pas le minimum requis." Cette jeune interne a d’ores et déjà décidé – comme tant d’autres qui vivent avec leur famille – qu’il n’en serait plus question dès lors que les malades du coronavirus afflueront. "Nous logerons ailleurs, c’est évident. C’est une angoisse. On a l’impression que chaque parcelle de notre corps peut créer une catastrophe et contaminer un membre de notre famille. On s’attache les cheveux, on se lave tout le temps, on laisse nos vêtements dehors. On fait tout pour parer au manque de protection."

Des urgentistes intubent sans masque. Zakarias, jeune spécialiste en anesthésie réanimation, vient de voir arriver ses deux premiers cas. "Bien sûr, aujourd’hui, comme mes collègues, je risque ma vie, et la vie de mes proches. Ça fait des semaines que je n’en dors plus."

Comme obsédé par la progression du virus, et ce depuis le début, Zakarias observe son évolution depuis son apparition, en Chine. "Si le confinement n’est pas respecté, on peut avoir des chiffres de 60.000 morts en Tunisie en mai. C’est ainsi si on suit l’évolution épidémiologique normale. Plus on a de moyens, plus on peut attendre. La Tunisie n’a pas de moyens suffisants, et donc ne peut pas attendre. Voilà pourquoi, il faut prendre des mesures drastiques, et s’il le faut par la force."

Pour l’heure, 408 personnes ont été arrêtées pour non-respect du couvre-feu selon le ministère de l’Intérieur.

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