Confinement : l’Afrique du Sud tente de calmer les esprits après des pillages et adopte un plan d’aide massif

Les Sud-Africains espèrent que leur président, Cyril Ramaphosa, annoncera ce jeudi soir un relâchement progressif du confinement très strict imposé depuis le 27 mars. Ce dernier a permis de limiter la propagation de la pandémie de coronavirus (3635 cas, 65 morts). Une campagne massive de tests (133.700 à ce jour) a aussi été lancée. Mais la situation devient intenable dans les townships, où beaucoup de familles, privées de travail, n’ont plus rien à manger. Ainsi, des pillages de magasins d’alimentation se sont multipliés, depuis une semaine, dans les quartiers métis du Cap.

Selon des statistiques officielles de 2019, 20% de la population active du pays travaille dans le secteur informel, notamment la construction, le petit commerce et les emplois de maison. La plupart n’ont plus de revenus depuis un mois.


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De nombreux gagne-petit sont aussi dans la détresse, comme Masi Cele, un barman, qui ne percevra que 20% de son salaire en avril. "J’ai juste de quoi payer mon loyer, explique-t-il. Nous sommes désespérés."

Menaces et corruption

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Un Sud-Africain sur 5 dépend du secteur informel et vit au jour le jour. © Valérie Hirsch

Les gens sortent en masse dans la rue dans les townships, dès qu’une rumeur annonce une distribution de nourriture. Jusqu’à présent, les autorités n’ont distribué que quelque 50.000 colis de nourriture dans tout le pays. Les ONG et les églises sont toutefois montées au front. "Nous avons nourri plus de 10.000 personnes dans le township d’Alexandra à Johannesburg, mais c’est une goutte d’eau par rapport aux besoins", explique Sihle Mooi, le directeur de l’ONG "Rays of hope".


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Mardi, Ramaphosa a reconnu que le "gouvernement n’avait pas la capacité de faire des distributions" massives. Il a aussi déploré "les rapports concernant des personnes sans scrupule qui détournent les distributions à leur profit". La corruption est une autre épidémie dans le pays.

"Vendredi dernier, nous avons dû interrompre une de nos distributions, raconte Mooi. Des leaders politiques locaux nous ont menacés, en nous accusant de les court-circuiter. Nous avons dû leur expliquer que notre aide venait de dons privés."

24 milliards d’euros pour redémarrer l’économie

Le gouvernement a décidé de remplacer la distribution de colis par des financières directes aux plus pauvres pendant les six prochains mois, a expliqué le président sud-africain. Il a aussi annoncé des aides aux entreprises et des investissements publics dans les infrastructures pour faire redémarrer l’économie : la facture totale atteindra la somme astronomique de 24 milliards d’euros, soit 10% du PNB du pays. Pour la première fois, l’Afrique du Sud post-apartheid devra emprunter au FMI et à la Banque mondiale et s’endetter pour des décennies à venir.

"Dans mon bidonville, raconte Cele. La majorité des gens sont des migrants mozambicains, qui n’auront pas droit à l’aide du gouvernement. Ils menacent d’attaquer des camions qui transportent de la nourriture." Ce mercredi, quatre magasins ont encore été attaqués au Cap. Mais les mesures annoncées par Ramaphosa devraient calmer les esprits.

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