#BringBackOurGirls: les tactiques "sournoises et vicieuses" de Boko Haram

#BringBackOurGirls: les tactiques "sournoises et vicieuses" de Boko Haram
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#BringBackOurGirls: les tactiques "sournoises et vicieuses" de Boko Haram - © Tous droits réservés

Deux ans après l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok, dans le nord du Nigeria, une "preuve de vie" d’une quinzaine d’entre elles est parvenue à la chaine CNN. L’enregistrement de cette vidéo aurait eu lieu le 25 décembre 2015. Il s’agit peut-être de se servir des jeunes filles comme monnaie d’échange, puisque des membres de Boko Haram auraient pris contact en janvier avec le gouvernement nigérian pour négocier la libération de prisonniers.

Boko Haram est né en 2002. Assez rapidement, la secte islamiste qui a fait allégeance à Al Qaeda a pris le contrôle d’un territoire grand comme la Belgique, sur lequel il avait établi un califat où se pratiquait la charia. Le territoire se trouve à cheval sur quatre états, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigéria, ce qui a poussé les pays limitrophes à réagir pour endiguer la contagion.

La contre-offensive a été lancée début 2015 par le Tchad. En parallèle, le Cameroun a sécurisé ses frontières. Jusqu’alors, les autorités nigérianes semblaient impuissantes à lutter contre Boko Haram.

Mais depuis l’arrivée au pouvoir l’année dernière d’un nouveau président, Muhammadu Buhari, un ancien militaire, les choses ont évolué. Cet ancien général a commencé à mettre fin aux exactions commises par l’armée nigériane contre la population, ce qui poussait les civils à rejoindre les rangs de Boko Haram. L’armée, plus disciplinée, a commencé à repousser les islamistes radicaux hors de villes. Du coup, repoussés dans les forêts et les campagnes, Boko Haram s’est lancé dans une guerre de terreur pour restaurer sa main mise sur certains territoires. Sa tactique s’inspire de celle de l’État islamique en Syrie : c’est la population qui est ciblée, avec des attentats suicides dans des lieux peuplés –marchés, arrêts de bus, mosquées.

Enfants-bombes

Comble de la perversité, ce sont des enfants, le plus souvent des petites filles, qui sont utilisées comme bombes humaines. Françoise Wallemacq a interrogé Laurent Duvillier, responsable régional de l’Unicef pour l’Afrique occidentale et centrale.

"On estime à plus de 2000 le nombre de filles et de jeunes femmes enlevées par Boko Haram. Il y a aujourdhui plus de 2 300 000 personnes qui sont déplacées dans les 4 pays affectés par Boko Haram (Nigéria, Niger, Cameroun et Tchad), dont un million 300 000 enfants, qui sont souvent séparés de leurs parents. Ces enfants ont souvent été pris dans des attaques, et dans leur fuite, ils ont perdu leurs parents. Ces attaques se déroulent souvent en fin de journée ou à l’aube, les villageois sont surpris et s’éparpillent dans tous les sens. Ces mineurs qui ont perdu leurs parents se retrouvent dans une situation extrêmement vulnérable, obligés de mendier. Ils sont une proie facile pour les groupes armés qui les recrutent comme chair à canon. D’autres enfants ont été enlevés, comme les jeunes filles de Chibok. Ce que l’on constate, c’est une augmentation des attaques suicides impliquant des enfants non seulement au Nigéria mais aussi dans les pays environnants comme le Cameroun. C’est une tactique vicieuse qui permet aux groupes armés de frapper les communautés au plus près, puisque à priori, personne ne se méfie d’un enfant."

Mais cette stratégie a des conséquences terribles: les villageois commencent à se méfier de leurs propres enfants, et les jeunes qui parviennent à échapper aux griffes de Boko Haram sont ensuite rejetés par la communauté.

"Les jeunes filles qui ont été enlevées par Boko Haram, puis libérées par les militaires, sont rejetées par leur propre famille. Elles sont discriminées, considérées comme des 'femmes de Boko Haram', alors qu’elles ont été trois fois victimes. Une fois lors de leur enlèvement, une deuxième fois quand elles ont été utilisées comme esclaves sexuelles pendant leur captivité, et une troisième fois quand elles retournent dans leur foyer où on les rejette."

Nous disons aux chefs de ces communautés : "Si vous rejetez vos propres enfants, Boko Haram auront gagné !"

Détruire le tissu social

En s’en prenant aux enfants et en particulier aux petites filles, Boko Haram sait qu’elle touche le cœur des communautés. On peut comparer cette entreprise de destruction à ce qui se passe dans l’Est du Congo, avec le viol des femmes utilisé comme arme de guerre par les groupes armés.

"Boko Haram sait ce qu’il fait en utilisant les jeunes filles comme bombes humaines. Deux tiers des attaques suicides (44 en 2015) ont été commises par des petites filles, parfois d’à peine 8 ans. Utiliser la figure très pure de la jeune fille pour mener des attentats, c’est une tactique très sournoise et vicieuse, mais malheureusement très efficace, qui leur permet de toucher la population là où ça fait mal."

Boko Haram s’oppose à toute forme d’éducation à l’occidentale, considérée comme impure. 1800 écoles ont été détruites ou fermées. Les parents ont peur d’y envoyer leurs enfants, les professeurs d’y enseigner. Depuis un an, 670 000 enfants sont ainsi privés d’école. 2 600 000 paysans ont du abandonner leur champ, et ce chaos menace de disette cette zone sahélienne déjà fragilisée par un climat difficile.

Boko Haram : évolution de 2012 à aujourd'hui note concernant la lutte contre Boko Haram, "Éradiquer Boko Haram : acteurs multiples, résultat incertain" (Grip)

Rapport de l'Unicef

 

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