Afrique du Sud : une soupe contre le Covid ou comment un chef carolo vient en aide à une population démunie

"Ce sont des petites casseroles, comme vous voyez, entre 50 et 70 litres !", dit en riant Philippe Frydman, 65 ans. Chaque jour, depuis le 6 avril 2020, ce cuisinier originaire de Charleroi, installé en Afrique du Sud depuis 1982, supervise la cuisson de 400 repas dans le restaurant indien "Thava" à Johannesburg.

Ces repas sont ensuite distribués dans des townships de Johannesburg. Le repas, préparé bénévolement par les 4 cuisiniers originaires d’Inde, consiste ce jour-là en une soupe épicée de poulet tandoori aux légumes, accompagnée de "pap", la bouillie de maïs qui forme la base de l’alimentation des Sud-Africains noirs.

Des milliers de repas distribués

En avril 2020, les restaurateurs ont dû fermer du jour au lendemain. Plutôt que de jeter leurs stocks, Frydman les a encouragés à les utiliser pour nourrir les familles dans les townships, appauvries par les pertes d’emploi dues au confinement. "On a commencé à Thava, où on a préparé jusqu’à 2200 repas par jour, et on a réussi à convaincre une trentaine de chefs de suivre notre exemple. Des gens ont aussi cuisiné chez eux".

Au total, 150.000 Sud-Africains ont reçu des repas chauds, l’an dernier. Quand les restaurants ont pu rouvrir en juillet dernier, le mouvement s’est essoufflé. Mais certains n’ont jamais arrêté, comme Thava ou ce traiteur du Cap qui sert, chaque jour, une tasse de soupe à plus de 14.000 personnes. 

On arrive à un âge où on sent qu’on doit aider les gens

Des grossistes et des particuliers ont donné des aliments, comme ce fabricant de yaourts qui vient, ce jour-là, livrer ses invendus à Thava. Mais, dans ce restaurant, l’essentiel des achats a été financé par le patron originaire d’Inde, Mathew Abrahams, qui a déjà englouti 150.000 euros dans l’initiative : "Même si c’est très difficile en ce moment dans notre secteur, on arrive à un âge où on sent qu’on doit aider les gens".

Le même sentiment anime Frydman, qui a perdu 14 proches à cause du Covid. Ses efforts ont été couronnés par l’Association mondiale des cuisiniers, qui lui a remis le "prix humanitaire 2020". Membre du bureau de "Chefs sans frontières", une association basée en France, il rêve de fabriquer des cuisines dans des conteneurs en Afrique pour préparer des repas qui puissent se conserver à long terme pour être distribués dans des écoles du continent.

C’est souvent leur seul repas de la journée

En attendant, les pillages de juillet 2021 ont encore accru les besoins des familles pauvres. Le restaurant Thava livre ses plats à trois ONG, dont la Fondation RySky qui les distribue à des enfants dans une rue du township d’Alexandra. "C’est souvent leur seul repas de la journée", note Annamaria Lechki, la fondatrice de l’ONG. Les enfants font la file sagement, avec une boîte en main.


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"Notre centre commercial est fermé à cause des pillages, déplore Lindoh, une jeune bénévole. Du coup, encore plus de gens sont sans travail et on doit s’approvisionner dans des petites échoppes, plus chères. On prie Dieu que les choses reviennent à la normale".

Alors que le taux de Sud-Africains déclarant souffrir de la faim avait diminué de près de moitié entre 2002 et 2019 (de 20 à 11%), il est reparti à la hausse en avril 2021 (15%), selon les enquêtes nationales auprès des ménages. Les cuisiniers bénévoles ont encore du pain sur la planche.

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