Afrique du Sud : "Ils prennent tout", les centres commerciaux de Soweto dévastés par les pilleurs

Au moins 45 personnes ont été tuées dans les pillages et les destructions en Afrique du Sud : plus de 200 centres commerciaux ont été saccagés dans la province du Kwazulu-Natal, à Pretoria et Johannesburg. Reportage à Soweto

Scène de chaos et de clameur, mardi matin, devant le centre commercial de Protea Glen, au cœur de Soweto. Des hommes, des femmes, des adolescents sortent d’un large trou ouvert dans le mur d’enceinte du centre. Ils emportent leur butin : des sacs de nourriture, une télévision, un fauteuil. A gauche de l’entrée, une quincaillerie a été complètement désossée : il ne reste que des rayons vides.

Trop dangereux

Même une partie du faux plafond a disparu. Des hommes lancent des briques au-dessus d’un mur, tandis qu’une voiture de police passe, sans s’arrêter. La pompe à essence, à côté, a aussi été dévastée par les pilleurs : dans l’échoppe, toute l’alimentation est partie. Il ne reste plus que le coffre, encastré dans un mur, derrière la caisse : quelques hommes tentent de le desseller. A l’extérieur, d’autres sont en train vider un distributeur de billets. "Ils prennent tout", s’exclame une jeune lycéenne, venue "par curiosité". "Hier soir, huit personnes ont été tuées dans le centre, lors d’une bousculade dans un magasin d’alimentation et d’alcool", affirme-t-elle. Impossible d’aller vérifier : c’est trop dangereux. Un groupe hostile dérobe notre appareil photo. Le garde de sécurité, qui nous accompagne, ne peut rien faire. Il faut partir aussitôt.


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Quelques soldats montent la garde dans le centre commercial de Diepkloof, un autre quartier du grand township de Johannesburg. Ils surveillent une dizaine de personnes, dont deux femmes, allongés à plat ventre sur le parking jonché de cartons éventrés.

C’est devenu incontrôlable

L’un d’eux parvient à s’enfuir, sous les hourras des badauds, qui observent la scène à travers les grilles du parking. La police embarque les autres, après avoir relâché deux très jeunes adolescents. "Les pillages ont commencé hier en fin d’après-midi, explique Makgwadi Mahlasela, un jeune informaticien qui habite juste à côté. Les forces de l’ordre sont intervenues vers 22h30. Elles ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc, mais les gens sont revenus après leur départ. C’est surtout les jeunes qui volent. Je pense que certains ont été payés pour tout détruire dans le cadre du mouvement de protestation contre la détention de Zuma (NDRL – l’ancien président sud-africain, détenu depuis jeudi pour avoir refusé de comparaître devant une commission d’enquête sur l’énorme corruption pendant sa présidence). Mais c’est devenu incontrôlable".

Les gens ont faim

Comme dans les autres townships de Johannesburg, les émeutes ont commencé à Soweto, lundi, dans un centre commercial proche d’un dortoir de travailleurs migrants zoulous, l’ethnie de Zuma. "En réalité, la plupart des habitants de Soweto s’en fichent de Zuma, pense un autre riverain, Sipho Sangcozi, lui-même Zulu. Ils volent parce qu’ils n’ont pas de travail. Le taux de chômage est très élevé et à cause du Covid, beaucoup d’entreprises ont fermé. L’an dernier, le gouvernement donnait des compensations financières mais c’est fini. Les gens ont faim. Mais notre situation va encore empirer. Ceux qui avaient des emplois ne seront plus payés, à cause de tout cela, et où irons-nous faire nos courses ?"

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