30 ans après la libération de Mandela: l'apartheid est encore bien visible en Afrique du Sud

Il y a trente ans, le monde assistait à la libération du prisonnier le plus célèbre du monde. Nelson Mandela marche ce 11 février vers la liberté. Poing levé devant son peuple pour combattre le racisme, Nelson Mandela fait partie de ces personnages mythiques, ces figures de l’histoire qui ne seront jamais oubliées. Rolihlala, son prénom de naissance, signifie "fauteur de trouble"…

Comme si son destin était déjà tracé. Mandela est né en 1918 en Afrique du Sud, un pays où l’apartheid est la norme et où le racisme est inscrit dans la loi. Il décide très vite qu’il ne s’y soumettra pas. Dans le township de Soweto, les violences du régime colonial rendent le quotidien lourd et inhumain.

Mandela commence ses études de droit et n’a plus qu’une obsession : la fin de l’apartheid. Seulement, quand la discrimination et le racisme sont ancrés depuis si longtemps dans les mentalités, l’action non-violente ne suffit plus. Avec son parti ANC (African National Congress), Madiba se mue en chef de guerre et prône la lutte armée, qui s’impose selon lui pour stopper la ségrégation. Ce changement de stratégie effraie le régime, qui l’emprisonne à l’aube de ses 45 ans, faisant ainsi de lui le prisonnier le plus célèbre du monde.


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Un homme noir dans un tribunal de blancs

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Nelson Mandela le jour de sa sortie de prison, accompagné de sa femme Winnie Mandela. © Tous droits réservés

Nelson Mandela passe 27 ans en prison, ce qui ne suffit pas à éteindre sa lutte. La contestation gronde dans le pays, l’autorité coloniale se fissure et partout dans le monde, les protestations visant à la libération de Mandela se font entendre. C'est Olivier Tambo, homme fort de l'ANC, qui organise le combat politique et fait converger les solidarités internationales. Le mythe Mandela, en prison, se construit.

Finalement, en 1990, les autorités annoncent la libération du leader de l’ANC, sans conditions. Mandela, pas rancunier, négocie main dans la main avec Frederik de Klerk, l’ancien président du pays. Comme toujours, il prône l’union avant tout.

Affaibli, il se présente cependant aux élections. Quatre ans après sa libération, en 1994, il devient le premier président noir de la République d’Afrique du Sud, dans un contexte de liesse populaire. A l’issue de quarante-six années de ségrégation raciale et avec un contexte sociétal toujours très tendu, cette nouvelle est historique. 


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Un mythe plus qu’une réalité

Dès lors, le symbole de combattant pour la liberté, consolidé par 27 ans d'emprisonnement se transforme en Mandela-mania. Partout dans le monde, on veut s’afficher en sa compagnie, l’écouter, recevoir ses conseils. Les démocraties occidentales qui le considéraient comme terroriste pendant ses années à l'ombre changent subitement d'avis. Mandela est l’homme sage de la classe politique, un Gandhi des temps modernes.

Mais le mythe cache parfois des réalités plus complexes. Lorsqu'il est libéré, en 1990, la guerre froide se termine. Son emprisonnement a renforcé le symbole du combat pour la liberté, contre l'injustice.

Les attentes de la population, à sa libération, sont énormes. Tellement énormes qu'il est difficile pour Mandela de les satisfaire. Personnage radical radouci par l'âge et la prison, l'ancien chef de guerre ne prône plus la lutte armée ni l’éviction radicale des blancs dans le système.

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Le mythe autour du personnage de Mandela est toujours présent dans l'imaginaire collectif. © BELGA

Archives : Journal télévisé du 18/07/2018

Au terme de son unique mandat, malgré quelques politiques visant à améliorer le quotidien des Noirs sud-africains et la faible diminution des inégalités, les Sud-Africains ont un goût amer. Même si on observe une relative stabilité dans la croissance économique, le taux de chômage chez les jeunes est élevé et l'économie reste dominée par les blancs, voir confisquée. 

Les promesses faites par l'ANC n'ont jamais été tenues, le parti étant miné par la corruption et les divorces politiques. Mandela promettait de briser l'économie de l'apartheid et d'en prendre le contrôle. Les compromis ne font pas bon ménage avec les symboles... 

La jeunesse reproche à Mandela une trop grande conciliation à l'égard des blancs, l'accusant d'avoir sacrifié leurs intérêts au profit de leurs privilèges.

L’apartheid est malheureusement une réalité encore bien visible en Afrique du Sud et les successeurs de Mandela n’ont pas non plus réussi à rompre avec ce sombre héritage. En janvier 2020, le coefficient Gini, utilisé pour analyser les inégalités de la répartition des richesses au sein d'une population, décrit l'Afrique du Sud comme le pays le plus inégalitaire au monde.

Mandela s’éteint le 5 décembre 2013, sous les yeux émus du monde entier. Il incarne, à lui seul, l’injustice d’une nation toujours prisonnière de son passé.

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