SLF: quand le salafisme fait de l'humour sur Internet

toujours une touche idéologique, à peine déguisée sous des conseils entre tranches de rire et têtes tranchées.
toujours une touche idéologique, à peine déguisée sous des conseils entre tranches de rire et têtes tranchées. - © Tous droits réservés

"Pourquoi les koffars essaient-ils de nous ressembler ?" : c’est avec cet article ironique que s’est fait connaitre SLF, le magazine du salafiste moderne. Un sarcasme bien senti sur la tentative semi-consciente des hipsters de s'inspirer du look djihadiste. Une formule : divertissement et prosélytisme.

Ce site à l’architecture Wordpress rudimentaire tente d’allier, avec des listes à la Buzzfeed notamment, deux mondes qui paraissent souvent diamétralement opposés vu d'ici : le salafisme et l'humour. Le site des Inrocks se fait l’écho du retour (tant espéré) de ce site né en mai 2013 et qui reprend vie après un long hiatus estival.

Voyez plutôt : "Les 5 destinations de rêve pour un jihadiste", "Que font les salafistes en été ? Eh ben, ils participent à des Hoax", les "8 moyens radicaux d’éviter de regarder les filles dans la rue" ou encore "6 astuces pour éviter le feu du rasoir", soit autant de grands moments qui montrent que le salafisme peut lui aussi intégrer les codes du monde "moderne".

Les articles du site ne sont signés que par Abou Hamza Attounissi, un individu de 35 ans à l’humour décomplexé appartenant à la classe moyenne tunisienne, selon David Thompson, un journaliste auteur de "Les Français djihadistes" : "C’est un militant, mais qui ne pratique pas le djihad armé. Il est connu des milieux djihadistes francophones, mais je ne dirais pas qu’il est influent, précise-t-il aux Inrocks. En revanche, il est suivi, les gens lisent ses articles".

Humour Sarc"Allah"stique

Pourtant, derrière des articles bardés d’ironie, demeure, malgré tout, une touche idéologique permanente, à peine déguisée sous des conseils entre tranches de rire et têtes tranchées. Car derrière cette tentative de montrer le salafisme sous des atours plus décontractés, reste la caution, directe celle-là, des actes perpétrés par des radicaux au nom d’Allah.

Le 8 janvier 2014, lendemain de l’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo, Abou Hamza Attounissi écrit : "Pour Charlie Hebdo en l’occurrence, pas de sacré plus sacré que la liberté d’expression, on peut rire de tout sans tabous. Alors pour moi, comme rien n’est au-dessus de la liberté d’expression : je ris de Charlie Hebdo". Jusque-là, ça va. Et d'ordonner d’aller réviser leur foi aux "pseudo-musulmans (…) qui sont soi-disant atterrés lorsque ceux qui insultent leur prophète et le dessinent dans des positions aberrantes en le traitant de tous les noms sont assassinés".

Ça vous faire toujours rire ? Pour David Thompson, en tout cas : "Il défend le djihad, mais se trouve sur une ligne de crête qui lui permet de passer sous les radars".

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