Internet, un avantage pour la démocratie ou un outil à risques?

À l’occasion de sa cérémonie de remise des doctorats honoris causa 2012, l’Université Catholique de Louvain a observé l’impact que peuvent avoir nouveaux médias et technologies modernes sur la mise en place et la protection des démocraties.

Les autorités académiques ont ainsi décidé de mettre à l’honneur ce jeudi "trois personnalités qui incarnent des éclairages distincts sur ces questions" : Solange Lusiku, l’éditrice du périodique congolais "Le Souverain", l’organisation Amnesty International (honorée à travers son secrétaire général Salial Shetty) et l’intellectuel suisse Daniel Cornu, qui s’est à de multiples reprises penché sur l’éthique journalistique.

"S'inquiéter du désordre"

Ancien journaliste et rédacteur en chef, Daniel Cornu s’est longuement penché sur le respect de l’éthique journalistique sur Internet, particulièrement au sein des "nouveaux médias". Pour lui, Internet peut apporter énormément au débat démocratique. "Il y a un énorme ‘plus’, dont il faut bien tenir compte et qu’il ne faut jamais oublier. Cet énorme plus, c’est simplement le fait que désormais, toute personne, tout citoyen peut s’exprimer, exprimer son opinion mais aussi donner des informations, avec des moyens légers, de façon simple et directe, sans devoir passer par les médias traditionnels. C’est une révolution. (…) On le mesure chez nous, dans nos vieilles démocraties occidentales, mais on le mesure évidemment encore plus là où il n’y a pas de démocratie."

Daniel Cornu, qui est aujourd’hui médiateur de presse, reconnaît néanmoins qu’Internet peut aussi présenter certaines limites à l’exercice de la démocratie. "Il faut s’en inquiéter mais surtout ne pas paniquer", affirme le Suisse. "Tout le monde s’exprimant sur le Web, un certain nombre de personnes ont tendance à le faire d’une façon libre et libertaire, qui conduit à créer du désordre. Et notamment du désordre par rapport à des institutions mais aussi par rapport à d’autres personnes. Et là, ça devient plus dommageable."

Pour résumer sa pensée, Daniel Cornu indique qu’Internet est "un vecteur de démocratie fragile".

"Au Congo, Internet coûte cher"

Solange Lusiku, l’une des rares femmes dirigeant un organe de presse au Congo, est à la tête de l’unique journal d’opinion publié à Bukavu, dans l’Est du pays. Et elle sait mieux que quiconque que la "magie" d’Internet n’a pas encore touché les quatre coins du globe. Si dans certains pays la raison est politique, elle peut, ailleurs, être économique ou matérielle. "Chez nous, tout le monde n’a pas internet. Il faut donc aller dans un cybercafé, ce qui coûte de l’argent. (…) Ce n’est pas facile compte tenu du pouvoir d’achat des Congolais", glisse la responsable du "Souverain".

La Congolaise, qui considère que son titre de docteur honoris causa est "un honneur mais également un défi", met l’accent sur l’indépendance journalistique, indispensable à ses yeux lorsque l’on souhaite fournir une information de qualité. "On ne se laisse pas inféoder par les idéologies politiques ou à caractères confessionnels", assure-t-elle lorsqu’elle parle du périodique qu’elle dirige. "On est là pour voir ce qui se passe, pour analyser, pour donner son opinion, pour écrire, pour informer. C’est ça un journal indépendant."

Amnesty: une action "mondiale" grâce au Net

Comme l'a noté la jeune étudiante France Misselyn, présidente du kot-à-projet Amnesty, Internet a permis à "la plus grande organisation de bénévoles du monde" de mettre en contact ses trois millions de membres et sympathisants. "Ces personnes sont liées en un réseau serré qui couvre le globe et ne cesse de gagner en efficacité. Grâce à ces nouvelles technologies, les actions sont concertées et voient leur impact augmenter tant en rapidité qu'en efficacité", a indiqué France Misselyn.

Dans son discours, le recteur de l’Université Catholique de Louvain a lui aussi souligné les nombreux avantages, sur le plan démocratique, de l’utilisation du net. Mais Bruno Delvaux a également souligné que l’internaute et la société contemporaine devront relever certains défis et parvenir, notamment, à résister à l’incroyable torrent d’informations qui menace de les engloutir.

PIAB, avec Odile Leherte

Découvrez ci-contre le témoignage de Solange Lusiku, qui nous raconte le quotidien d’une directrice d’organe de presse dans l’Est du Congo.

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