Youtubeur: un métier très visible mais obscur sur le plan légal

Youtubeur: un métier très visible mais obscur sur le plan légal
Youtubeur: un métier très visible mais obscur sur le plan légal - © Tous droits réservés

Ils s’appellent Norman, Cyprien, Jimmy Labeeu, Math se fait des films... Et ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils ont fait de leur passion, leur hobby, un métier : celui de créateur de vidéos sur la plate-forme en ligne, "Youtube". C’est le cas aussi de Lufy. Elle a lancé sa propre chaîne , il y a sept ans: Lufymakes youup. Elle y distille ses conseils beauté, et lifestyle. Aujourd’hui, sa chaîne compte un million et demi d’abonnés. 

 Et pour satisfaire ses abonnés, elle ne compte pas ses heures de travail. Etre youtubeur est un métier à part entière. "A partir du moment où quelque chose vous prend un temps plein, et où on reçoit un salaire, je pense que nous avons les deux critères qui font que c’est un métier. De plus, on exerce de multiples tâches en une seule profession. Les gens ne voient au résultat qu’une vidéo de 10 minutes qui a été produite, et se disent, "bon pourquoi ça leur prend un temps plein ? Ce n’est pas difficile à faire. Mais, cette vidéo a peut-être pris un jour entier de tournage, elle a peut-être mis deux jours d’écriture, elle va nécessiter un jour de montage, et puis, elle va mettre une demie-journée de community management, c’est-à-dire la publication sur les réseaux. Et donc, quand on regarde, la création d’une vidéo nous prend rapidement une semaine de travail", affirme Lufy.

Mais à l’heure actuelle, il n’existe aucun statut légal pour cette profession. De manière générale, les youtubeurs sont soit constitués en société, soit inscrits comme indépendant à titre principal, comme Lufy. Cette dernière estime pourtant qu’un statut propre au youtubeur est nécessaire. "La création d’une entreprise est la même pour tout le monde. Là, où il y a des incohérences entre notre métier et les lois en vigueur, c’est que le métier est méconnu et cela va amener des problèmes. Dans mon cas personnel, j’en vois deux. Le premier se situe au niveau de la comptabilité. C’est très flou pour un comptable ou un futur contrôleur de comprendre ce qu’on utilise pour créer du contenu. Acquérir une caméra, là c’est clair, il nous la faut. Mais, quand cela va sur des sentiers un peu adjacents, comme moi qui dois acheter du maquillage pour faire des vidéos, car sans maquillage, je ne peux rien présenter, là ça pose problème. Le comptable ne sait pas où caser ça. Un autre souci qui se pose est celui de reconnaissance de la profession. Quand on veut créer du contenu qui s’apparente plus à du reportage, là on est face à un souci d’accès. On a pas d’accès aux artistes, aux lieux, aux événements, faute de carte de presse. Nous n’en voulons pas une, mais ce serait peut-être bien de disposer d’un certain statut pour les nouveaux médias", plaide-t-elle. 

Pas de statut légal, pas d’encadrement de la publicité non plus

A ce manque de statut s’ajoute un manque d’encadrement de la publicité présente dans les vidéos des youtubeurs. Les annonceurs en ont fait leur cible, mais pour le moment, il n’y a pas encore de disposition légale en la matière. Pour y réfléchir et donner davantage d’éclaircissements d’un point de vue juridique, le régulateur audiovisuel, le CSA, a réuni les youtubeurs et des représentants du cadre juridique, pour en discuter. "Le CSA se rend compte que les youtubeurs sont de véritables entrepreneurs audiovisuels, avec des audiences grandissantes, et un public cible très très jeune. On se rend compte qu’ils ont recours à la publicité, aux placements produits ou encore du publireportage. Et l’objectif de cette rencontre est de discuter de ces enjeux et généraliser les bonnes pratiques. Nous voudrions que l’internaute qui regarde une vidéo puisse savoir si cette vidéo a été influencé par une marque ou non", confie Noël Theben, responsable de l’unité "Télévisions" au CSA. Nous voulons mieux comprendre la réalité des youtubeurs, de manière à ce qu’on puisse transposer de manière efficace certains dispositifs de protection des publics imposés par la régulation sur cette nouvelle plate-forme. Cette réglementation va se définir en corégulation avec les youtubeurs." ajoute-t-il.

Aujourd’hui, les youtubeurs espèrent donc un jour voir naître un cadre adminstratif clair afin que leur pratique soit reconnue publiquement. La réunion de ce jeudi soir était un premier pas…

Reportage de notre Journal télévisé

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