Youtube Kids débarque en Belgique: "Le filtre est un garde-fou, mais il n'est absolument pas suffisant"

YouTube Kids, une application vidéo dédiée aux enfants, est officiellement lancé en Belgique par Google. La cible ? Les enfants de 3 à 12 ans. Comment faut-il accueillir l’arrivée de cette application, déjà implantée dans 53 pays ? Pour Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’université de Mons, « un média comme Youtube Kids n’est pas mauvais en soi, il peut l’être par l’utilisation qu’on peut en faire […] parce que en soi, un écran peut devenir un matériel pédagogique ».

Raconte moi une histoire avec que ce tu as vu

Bruno Humbeeck souligne l’importance de la présence adulte. La tablette ou le smartphone, « n’est pas un baby-sitter, il n’est pas là pour s’occuper des enfants ou pour les occuper. Il est là pour diffuser de l’information et, pour l’adulte, s’intéresser à cette information est une façon de s’intéresser à l’enfant. »

Dans ce rapport écran-enfant, « le rôle des adultes est de permettre à l’enfant de faire une synthèse des informations qu’il reçoit, en lui demandant 'qu’as-tu vu', 'raconte moi une histoire avec ce que tu as vu'. L’adulte doit donner sens au média. Si ce n’est pas le cas, le risque est de multiplier les informations sans les articuler. »

Des filtres sont néanmoins proposés par Youtube Kids et les parents peuvent, par exemple, limiter le temps d’utilisation sur l’application, l’accès aux contenus etc. (voir captures d’écran). Peut-on s’y fier les yeux fermés ? Non, selon Bruno Humbeeck. « Les filtres ont une fonction rassurante mais il ne faut pas compter sur eux pour tout faire », souligne-t-il. « Ce ne sont pas les filtres qui vont sélectionner et donner du sens au contenu. Le filtre est un garde-fou essentiel pour éviter les dérives mais il n’est absolument pas suffisant. »

Et pour le temps passé sur l’app ? « Un minuteur, ça rassure tout le monde, mais c’est un peu artificiel », estime Bruno Humbeeck. « Dès le plus jeune âge, je pense qu’il vaut mieux travailler sur l’autorégulation. Il y a d’ailleurs la règle des 3A : autorégulation, alternance et accompagnement ».

Les points positifs et négatifs ?

Quels sont finalement les points positifs de ce type d’application ? « Cela va familiariser l’enfant avec une manière d’entrer en contact avec les autres et l’information », explique Bruno Humbeeck. « Le tout sera de garder la maîtrise de ce qu’il reçoit comme information et ce qu’il en fait ».

Le risque, précise le psychopédagogue, est de « se laisser aller ». Mais « c’est le même point négatif que la télévision. Si on laisse son enfant devant la télévision parce que c’est confortable, qu’on le laisse avaler tout et n’importe quoi sans en faire un contenu pédagogique… Youtube Kids pourrait alors être un média supplémentaire utilisé par l’enfant sans que les parents y soient présents d’une manière ou d’une autre. »

Autre raison pour laquelle l’adulte doit être présent : la publicité. Certes, il est possible pour les parents d’obtenir un compte abonnés sans publicités, mais ils devront s’acquitter de la modique somme de 9,99 euros par mois. Dans le cas contraire, « c’est le rôle de l’adulte d’amener l’enfant à distance critique de la publicité […] car les enfants traitent l’information de la même façon, qu’il s’agisse d’écrans publicitaires ou de dessins animés. C’est pour ça qu’il est intéressant de regarder de temps en temps [la tablette ou la télévision] à ses côtés. »

Un progrès, mais…

Finalement, Bruno Humbeeck estime que ce type d’applications sont « certainement un progrès, mais il faut pouvoir se donner les moyens de les contrôler, de les maîtriser ».

Avec Youtube Kids, « on est dans la culture du zapping, dans le multi-tâches. C’est une compétence valorisée dans le monde de l’entreprise, » souligne le psychopédagogue, « ce n’est donc pas uniquement négatif ». Mais le revers là-dedans, c’est qu’il « faut aussi faire des petits exercices d’attention pour l’enfant. Parce qu’avec le multitâche, le danger est que vous n’êtes plus en mesure de prêter attention à une seule chose de manière précise. De temps en temps, il est donc très profitable de par exemple faire une recette de cuisine avec son enfant et lui dire 'là, on ne fait que ça'. »

Le mouvement vers les écrans est clairement enclenché, et il touche de « plus en plus d’enfants, de plus en plus tôt ». Face à ce constat, réagir par la phobie des écrans est « contre-productif », selon le psychopédagogue. « Il vaut mieux dire 'c’est chouette les écrans mais on en parle ensemble'. »

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