Windows devient gratuit, Microsoft est-il tombé sur la tête?

Windows 10 fêtera le retour du menu démarrer.
Windows 10 fêtera le retour du menu démarrer. - © Charley Gallay - BELGAIMAGE

Décidément, le monde et les temps changent. Android est gratuit, les mises à jour d'Apple sont gratuites…. Microsoft ne pouvait plus se permettre de faire payer ce qui n’est finalement rien d’autre qu’un système d’exploitation. Mais le chemin a été long. Et les conditions pas toujours très claires.

La rumeur disait que Windows deviendrait gratuit sur les tablettes, mais la rumeur était bien en-dessous de la réalité. Microsoft vient d’annoncer lors d’une conférence à Shenzhen (en Chine) que la mise à jour vers Windows 10 sera gratuite pour "presque" tout le monde. C’est-à-dire pour les propriétaires d’une version de Windows 7, 8 ou 8.1. Et ce sera aussi le cas pour les smartphones 8.1. Cela pourrait paraître normal à certains, mais pour Microsoft, c’est une petite révolution.

Concrètement, la mise à jour se fera en ligne et sera gratuite en cas de téléchargement durant l’année de sa sortie. Ensuite, Windows 10 évoluera via des "upgrades reçus" en permanence selon le principe défini par Microsoft comme " Windows as a service ". La gratuité devrait donc être acquise dans le temps. Disponible dans plus de 110 langues et 190 pays, l'OS de Redmond dispose d’un potentiel d’1,5 milliard utilisateurs dans le monde.

Aussi pour les pirates

Plus étonnant encore, Windows 10 pourrait aussi être gratuit pour les copies pirates. Terry Myerson, (en charge de la division OS de Microsoft) l’a annoncé : tous les PC sont éligibles, "avec une vraie licence ou non". Microsoft Belgique évoque toutefois une mauvaise interprétation. D'abord, la disponibilité gratuite ne sera pas possible pour des PC ou tablettes techniquement dépassés. Dans ce cas, le téléchargement restera gratuit, mais l'utilisation techniquement impossible.

Enfin, concernant les mises à jour de versions pirates, Microsoft précise que l'utilisateur assume tous les risques de bugs et de virus : "Un pirate reste un pirate. Son système sera moins protégé et en infraction". Il n'empêche, la migration sera possible.

On n’y comprendrait rien si l’annonce de ce scoop (à Shenzhen) nous fournissait un début d’explication : la Chine est le champion de la copie illégale. C’est le cas de 75% des logiciels installés dans le pays du Milieu. La seule restriction pour les utilisateurs de ces copies pirates est qu’ils ne pourront pas accéder au support de Microsoft. Une autre partie de l’explication de la future gratuité réside dans le rythme de déploiement des versions de Windows. Les propriétaires d’un PC sous Windows mettaient un temps fou, parfois plusieurs années, avant de passer d’une version ancienne à la suivante. Cela compliquait la gestion pour l'éditeur, et compliquait le travail pour les entreprises. 

On peut aussi y voir la patte du nouveau patron Satya Nadella pour qui l’avenir de l’entreprise est dans le mobile et dans le cloud. Contrairement à Bill Gates et à Steve Balmer qui ont vécu les premières années de l’entreprise, Satya Nadella porte un regard moins impliqué, mais sans doute plus indépendant, sur Microsoft. Et cette fois c’est fini, Microsoft s’inspire du modèle Apple.

Windows 10 pour l’été

Autre petite innovation dans le modèle jusqu'ici bien rôdé de Microsoft, Windows sortira non pas à l’automne, mais en été. Mais la migration des millions d'utilisateurs se fera graduellement. Sans parler des constructeurs de PC qui devront, eux aussi mettre leurs nouvelles machines à jour avant de les commercialiser. Cela pourrait prendre plusieurs semaines.

On peut en retenir que les mises à jour seront désormais plus fréquentes et s’inscriront dans un continuum. Ici aussi, c’est la concurrence qui impose ses règles.

Les nouvelles fonctions de Windows 10 sont, elles, connues depuis longtemps : le retour du menu démarrer, la gestion des bureaux multiples et une interface simplifiée. Ce qui n’était pas encore fixé est la possibilité de remplacer tous les mots de passe par de la reconnaissance biométrique. Y compris pour accéder à des sites web sécurisés. Le mot de passe sera remplacé par notre visage, notre iris ou une empreinte digitale.

Sûre, la biométrie ?

Mais, pour en profiter, il faudra disposer d’un ordinateur spécifique ou repasser par la case magasin et sa caisse enregistreuse. Ne serait-ce que pour acheter un lecteur d’empreintes, un capteur infrarouge et une caméra spéciale. Par exemple la caméra Realsense capable de filmer en 3D.

La biométrie est-elle infalsifiable pour autant ? C’est la grande inconnue. Microsoft s’y engage, mais pour être reconnues, les données physiques, sont comme les mots de passe : il faudra bien les conserver quelque part. Et cela reste un risque.

Ensuite, nos caractéristiques biométriques évoluent. Les enfants changent et nous vieillissons. Il faudra donc juger l’efficacité du procédé sur pièce et notamment voir si cette méthode ne ralentit pas le processus d’identification. Parce que les internautes aiment la sécurité, mais davantage encore la vitesse d’exécution. La patience n’est pas la qualité première des utilisateurs d’ordi. Cela se saurait.

Jean-Claude Verset

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