Windows 10 s'invite gratuitement dans les PC et tablettes ce 29 juillet

C’est officiel, la nouvelle version de Windows (10) est disponible dès ce 29 juillet. Et ce qui est vraiment nouveau, c’est que c'est gratuit pour un grand nombre d’utilisateurs. Mais pas tous.

La mise à jour est gratuite pour les appareils (PC et tablettes) tournant aujourd’hui sous Windows 7 et 8. Les téléchargements débutent le 29 juillet. Chacun pourra télécharger l’OS durant une période d’un an jusqu’au 28 juillet 2016. Attention, cela ne fonctionne qu’après avoir téléchargé les dernières mises à jour de l’OS actuel.

"Pour les smartphones et pour la console Xbox One le passage à Windows 10 se fera plus tard dans l’année" nous a précisé Jean-Benoït Vanbunnen, responsable Windows pour la Belgique qui précise que la mise à jour ne concerne pas encore les versions Windows RT. Celles-ci disposeront d’un "update" partiel de Windows 10, après le 29 juillet.

Si vous construisez vous-même votre ordinateur -c’est rare, mais c’est très gai- il faudra acheter une version sur clé USB (ce que proposait déjà Apple depuis des années) et là il faudra mettre la main au portefeuille. Aux États-Unis, ces clés sont déjà disponibles en précommande sur la version américaine d’Amazon pour une mise à disposition au 30 août prochain. En Europe, il faudra compter 135 euros.

En deux mots, les principales nouveautés

Première différence: le retour du menu Démarrer. Le supprimer sur Windows 8 avait été une terrible erreur. Mais ce n’est pas le même menu que sur Windows 7. C’est l'utilisateur qui va l’alimenter en y épinglant ses applications favorites (des applications, mais aussi des contacts, des listes de lecture, etc). Et, surtout, y figurera le magasin en ligne de Microsoft. Windows gratuit devient une machine à vendre.

Un gros atout est que les applications sont, en théorie, universelles. Elles peuvent être installées aussi bien sur smartphone, tablette et PC. Le but est d’attirer les développeurs qui ne devront plus réaliser qu’un seul développement pour toutes les plates-formes, y compris sur la console Xbox One. L’ambition est ici de permettre au magasin en ligne de Microsoft d’accueillir autant d’applis que les magasins Apple et Google. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Pour le reste, le navigateur Internet explorer, fortement concurrencé par Firefox et Chrome est remplacé par Edge. Il sera cependant possible de conserver IE, une demande particulièrement formulée par les entreprises.

Un petit assistant intelligent (Cortana) fait aussi son apparition pour accéder instantanément à l’agenda, et aux fonctions les plus utilisées (la météo, les cours de bourse…). Cortana existe déjà en France, mais pas encore sur le marché belge, prévient Microsoft. Cet assistant est présenté comme "plus intelligent et plus efficace en se basant sur votre comportement." Arrivée chez nous avant la fin de l’année.

Bureaux virtuels

Il sera en outre possible de créer plusieurs bureaux virtuels pour regrouper différentes activités (un bureau pour les loisirs et un autre pour le travail par exemple).

Les applications et logiciels compatibles Windows 7 et 8 le seront en grande partie sur Windows 10, avec toujours quelques inconnues pour des applications spécifiques, des pilotes de lecteur de DVD, etc. Dans certains cas il sera possible de les réinstaller, dans d’autres pas.

Une nouveauté qu’il faudra suivre est l’introduction de la reconnaissance biométrique par caméra. Mais là, il faudra des appareils équipés ou acheter des accessoires spéciaux.

En une phrase : le système d’exploitation devient plus personnalisable en fonction de l’appareil utilisé (PC ou écran tactile).

Windows 10 aussi sur Xbox

Plus surprenant, Windows 10 intégrera aussi la console de jeux Xbox One. Mais comme pour les smartphones, ce sera un peu plus tard dans l’année. La rétro compatibilité existera pour les jeux qui pourront aussi être streamés (diffusés) depuis une console vers un PC. Dans un premier temps, seuls quelques titres seront supportés

Le passage à Windows 10 est-il aisé et est-il obligatoire ?

Aisé, oui… obligatoire non. La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de reformatage du disque, ni de réinstallation. La mise à jour se fait par téléchargement sans modifier les données et applications présentes sur le disque dur. Les plus pressés peuvent se rendre sur le site de Microsoft pour "réserver" (c’est le terme utilisé) une version du nouveau Windows. L’installation se fera alors automatiquement dès le 29 juillet. Ou plus exactement à partir du 29 juillet, puisque le déploiement mondial prendra certainement plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Microsoft ne fournit pas de précision à ce sujet. L’installation devrait durer entre 20 minutes et une heure.

Le niveau des exigences matérielles est le même que pour les machines Windows 7 ou 8.

Évidemment la version qui se téléchargera correspondra à celle que vous possédez pour l’instant. Si c’est une version de Windows 7 ou 8 familiale (la plus courante), vous recevrez la même version familiale de Windows 10.

Les autres amateurs de la nouvelle version pourront l’installer quand ils le désirent. Ils auront un an pour le faire gratuitement.

Cette mise à jour n’est pas pour autant obligatoire. Tout utilisateur pourra continuer à conserver son OS actuel. Il sera d’ailleurs supporté et mis à jour durant 10 ans à partir de la date d'introduction sur le marché. Soit jusqu’en 2019 pour Windows 7, et 2022 pour Windows 8.

Accepter toutes les mises à jour… ou aucune

Sachez que si vous optez pour Windows 10, il vous sera désormais impossible d’en refuser les mises à jour qui deviendront automatiques. Microsoft explique cette obligation par la volonté d’unifier complètement le système d’exploitation, en évitant les multiples versions. Plus question, comme actuellement, d’accepter certaines mises à jours et d’en refuser d’autres.

Robert Viseur, Assistant à l'UMONS (Faculté Polytechnique), Senior R&D Expert au CETIC et spécialiste du logiciel libre, explique le revirement stratégique de Microsoft par ce besoin d’homogénéiser ses ressources en matière de maintenance. Une volonté qui passe par la mise à jour et le renouvellement du parc où l’on croise encore tant de Windows XP. "Un autre enjeu est le ‘désemparement’ des utilisateurs passés à Windows 8 et qui ne se retrouvent pas du tout dans la nouvelle interface."

Pourquoi Microsoft "vire-t-il sa cuti" ?

Le modèle commercial payant de Windows a vécu, détruit par les concurrents Apple et Google dont les OS (IOS et Android) sont gratuits depuis des années et se mettent à jour régulièrement. Les consommateurs ne veulent plus payer une nouvelle fois pour un logiciel qui leur a déjà été facturé lors de l’achat de leur terminal. Ensuite, Windows est puissant dans l’univers PC, mais pas du tout dans les univers des tablettes et des smartphones.

Au niveau mondial, Windows squatte près de 90% des ordinateurs, contre 7% pour les Mac et moins de 2% pour Linux. Des pourcentages stables depuis plusieurs années (sources Gartner).

Mais la donne change complètement dès que l’on tient compte des PC, des tablettes et des smartphones. Tous terminaux confondus, C’est Android qui prend la tête avec plus de 50% du marché, loin devant Windows (14%) suivi de près par IOS/MacOS. Les chiffres Gartner prévoient une nouvelle croissance qui mènerait Android à 60% vers 2016. Windows et IOS/MAcOS gagneraient quelques points et les OS alternatifs continueraient à perdre des plumes.

Le problème de Windows est que la version la plus utilisée est toujours Windows 7 et pas Windows 8.1 qui dépasse à peine le nombre des utilisateurs de l’obsolète Windows XP

Sur le seul terrain des tablettes, le bureau d’études IDC, crédite Windows d’une 3ème place derrière ses deux encombrants concurrents.

Mais que fait Linux ?

Largement exclus du monde des PC grand public, Linux reste plébiscité sur les serveurs. Dans le monde nomade, sa position est plus complexe. D’abord parce qu’Android est issu de la plate-forme Linux même s’il est largement contrôlé par Google et ne peux plus revendiquer un statut de logiciel "libre". Mais les initiatives originales se multiplient. C’est le cas avec Firefox OS de Mozilla, sans doute le plus connu des OS mobiles "open source". Une autre alternative est "Plasma Mobile" de KDE, capable de faire tourner des applis Ubuntu (OS linux) et Android. Enfin, Tizen est un OS basé sur Linux développé par Samsung dans le cadre de la Linux Foundation (open source). On peut encore ajouter Ubuntu Touch, mais aucun d’entre eux n’est parvenu à tailler des croupières aux écosystèmes fermés Android et IOS. Pas même à Windows Phone. Même le puissant Samsung n’a pu lâcher Android au profit de son Tizen, pratiquement inconnu en Europe. Peu de chance, aussi, que la concurrence vienne de Blackberry, l’une des anciennes gloires du mobile. L’entreprise canadienne est créditée de 1% du marché. Comme si le monde des smartphones s’était trouvé un leader unique, à l’instar de Windows pour les PC dans les années ‘80.

Pour Robert Viseur, spécialiste du logiciel libre, l’open source est paradoxalement présent tant dans l’IOS que dans l’origine d’Android. "Dans le cas d’Android, s’ajoutent des surcouches graphiques plus spécifiques et la main-mise de Google. Sauf bouleversement technologique, il sera sans doute difficile de faire basculer ce marché-là. Tizen ou Sailfish sur le marché chinois, ne dépasseront jamais 5%".

En revanche, les applis pourraient, elles, imposer l’open source dans l’univers mobile. Et plus particulièrement dans l’écosystème Android qui permet, contrairement à celui de Apple, d’autoriser l’accès du smartphone à des magasins en ligne autres que Google Play. Aux risques et périls, il est vrai, des internautes. Un magasin d’applis open source pour Android est F-Roid.

C’est dans ce paysage encore très concurrentiel que Windows va tenter de s’imposer. Alors que le Microsoft ne contrôle que 3% du marché des smartphone, le PDG de Microsoft a clairement cerné l’enjeu : Windows 10 est gratuite "pour améliorer la position de l’entreprise sur le marché de la téléphonie mobile". Et cela dans un contexte qu’il n’a pas choisi : le modèle gratuit.

@jcverset

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