Les montres connectées passent un mauvais quart d'heure

Le CADD a porté plainte contre les dangers que présente une montre connectée pour un automobiliste.
Le CADD a porté plainte contre les dangers que présente une montre connectée pour un automobiliste. - © David Becker - AFP

Tout ne tourne pas rond au pays des montres et des bracelets connectés. Autonomie, solidité, fiabilité, prix. Les dénigrements vont bon train, même s’il s’agit plutôt de maladies de jeunesse.

A propos de prix, c’est celui de l’Apple Watch qui passe mal: le modèle de base (le moins cher) coûte 399 euros. Or, le bureau d’analyse américain IHS a estimé le coût de fabrication de la montre de Cupertino à 83 dollars, plus 2,5 dollars pour l’assemblage dans les usines chinoises. Soit un quart du coût de vente. Et à l’intérieur on trouve des composants produits par des concurrents comme Toshiba ou LG. Mais cela se constate chez tous les fabricants. Et cette marge confortable serait justifiée pour un produit en début de vie. Soit.

Après le prix, la solidité. Là, ce sont des journalistes américains qui ont cassé plusieurs montres pour un test de résistance. L’Apple Watch résiste à une simple chute, à des tentatives de rayures à l’aide d’un couteau et même à un plongeon dans de l’eau bouillante. Mais si elle est jetée à terre avec une certaine force ou que l’on dépose une poêle à frire de 2,5 kg sur le verre de la montre, c’est la destruction assurée.

Les montres n’aiment pas les tatoués

Le premier des défauts de bracelets est mineur et surprenant : les consommateurs ont constaté que les montres connectées n’aiment pas les tatoués. Du moins lorsque le tatouage se trouve sur le poignet. C’est chez Apple que l’on a identifié le problème, mais l’inconvénient se retrouve chez tous les constructeurs.

Le capteur de rythme cardiaque de ces montres utilise des led lumineux qui fonctionnent mal sur les peaux peintes. L’encre utilisée, le motif et la saturation de certains tatouages peuvent bloquer la lumière du capteur. Si vous êtes tatoué, testez donc la montre avant de l’acheter. Surtout à ce prix-là.

Mais il y a des problèmes plus graves signalés, cette fois, par l’association américaine contre la distraction au volant (CADD). Le groupement a porté plainte contre les dangers que présente une montre connectée pour un automobiliste à cause des notifications qui s’affichent durant la conduite. Et comme le pilote conserve les mains sur le volant, les risques de distraction sont accrus. Cette mise en cause est d’autant plus inquiétante que de nombreuses applis pour " wearables " (mettables) sont précisément conçues pour la voiture.

Une efficacité à géométrie variable

En matière d’efficacité, les consommateurs de " wearables " ont de quoi se poser des questions.

Des tests montrent que le calcul des pas dans une journée, le calcul des heures de sommeil ou des calories brûlées est assez correct… En revanche, le calcul de la fréquence cardiaque affiche un peu n’importe quoi. Le site CENT.Com a réalisé un test avec l’aide d’un cardiologue et d’un tapis roulant. Et les résultats sont effrayants : Alors que l’électrocardiographe médical annonce 146 pulsations, le bracelet connecté n’en affiche que 93. Le principe est simple, en illuminant les vaisseaux sanguins avec une LED, un capteur proche de cette lumière mesure la fréquence à laquelle le sang est accélèré.

Un test sur 5 appareils a permis de montrer que ces systèmes donnent des résultats cardiaques corrects en situation de repos et à condition de ne pas dépasser la fréquence de 80 pulsations. Au-delà, tout devient approximatif. Pour le joggeur, mieux vaut donc opter pour un système classique utilisant une ceinture pectorale.

Qui dit watch bashing dit aussi… un brin de mauvaise foi

Montres et bracelets connectés constituent encore un marché relativement jeune. Né dans la difficulté en 2013, il compte déjà 40 constructeurs qui ont vendu 4 millions de montres et bracelets connectés. L’institut GFK s’attend à la commercialisation de 26 millions d’appareils en 2015. Et on ne parle pas des copies chinoises de l’Apple Watch qui sont jusqu'à 8 fois moins chères… mais tournent sous Android.

Mais pour l’instant, le design, la résistance et l’autonomie ne sont pas encore au point. Il y a aussi l’aspect " objet précieux " qu’on ne retrouve pas sur les montres numériques.

Mais cela bouge dans toutes les directions. Un fabricant a développé une montre bon marché offrant une autonomie de 7 jours. Cette Pebble Time, conçue grâce à un financement participatif, coûtera 200 dollars. Son écran n’est pas tactile et utilise l'affichage "papier électronique " comme certains livres électroniques.

A l’inverse, plusieurs horlogers de luxe, dont TAG Heuer, commercialiseront avant la fin de l’année des montres connectées et des accessoires à plus de 1500 euros. Un modèle Hermes Carre H Watch atteindra 15 000 dollars. Et Montblanc produira des accessoires. A vous de me dire si c’est une bonne nouvelle.

Jean-Claude Verset

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