Une "usine à trolls" au service de Vladimir Poutine sur la Toile

Dans cet immeuble de l'époque soviétique, 400 employés s’attellent, pour 700 euros par mois, à répandre la vérité du Kremlin.
Dans cet immeuble de l'époque soviétique, 400 employés s’attellent, pour 700 euros par mois, à répandre la vérité du Kremlin. - © Tous droits réservés

Une enquête menée par le New York Times Magazine révèle que des centaines de Russes travaillent quotidiennement à inonder le Web de messages pro-Kremlin dans un grand bâtiment de la banlieue de Saint-Pétersbourg. Le but étant de servir les intérêts du président russe Vladimir Poutine.

Des centaines de Russes sont regroupés dans une véritable "usine à trolls" pour reprendre l'expression du New York Times Magazine auteur de cette enquête. Leur mission ? Inonder le Web d'informations orientées en faveur de Poutine et du Kremlin.

Cette agence de désinformation organisée, l'Internet Research Agency selon son nom officiel, est installée dans un bâtiment de l'époque soviétique au nord-ouest de Saint-Pétersbourg. Là, quatre cents employés s’attellent, pour 700 euros par mois, à répandre la vérité du Kremlin, à dénigrer Obama, ou à créer des mensonges de toutes pièces.

Financement obscur

Parmi ces "hoax", on retrouve notamment la fausse information d'une explosion à Atlanta, aux États-Unis, soi-disant revendiquée par le groupe terroriste État islamique, et qui avait provoqué la panique sur les réseaux sociaux, rappelle Le Courrier International.

Mais, même si cette "armée de trolls" sert visiblement les intérêts de la Russie et de son président, personne ne sait précisément pour qui travaille cette fameuse agence. Selon certains médias russes, elle serait financée par Evgeny Prigozhin, "un oligarque connu pour ses contrats lucratifs avec le gouvernement russe et sa relation étroite avec le président Vladimir Poutine". Mais impossible à vérifier.

"On nous donne une liste de thèmes à aborder, tous liés à l'actualité"

Les employés de l'Internet Research Agency ont en guise de contrat une clause de confidentialité. Ils possèdent des dizaines de faux comptes Facebook ou Twitter, avec des identités complètes et relativement crédibles pour ne pas éveiller les soupçons : peu politisés, ils pratiquent une activité physique telle que le yoga et ont plein d'amis, aussi faux qu'eux.

"La première chose que font les employés en arrivant, c'est de modifier certains proxys pour qu'on ne puisse pas les localiser. Ensuite, on nous donne une liste de thèmes à aborder, tous liés à l'actualité. Avec la crise ukrainienne, ça tourne beaucoup autour du dénigrement du président Petro Porochenko et de la mise en avant des exactions causées par l'armée ukrainienne. Pendant la crise du rouble, on était chargés d'envoyer un flux de messages positifs sur la reprise de notre économie", confie une militante écologiste russe, "infiltrée pendant plusieurs mois dans cette 'ferme' de geeks acharnés" et citée par l'enquête du New York Times Magazine.

T.M. (@thomasmignon) avec Le Courrier International

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