"Une suite qui dérange": quand Al Gore enfonce le clou

Dix ans après son documentaire sur les changements climatiques intitulé "Une vérité qui dérange", l’ancien vice-président américain, Al Gore, enfonce le clou. Il revient avec un nouveau film intitulé tout simplement "Une suite qui dérange". Le film avait été présenté en première mondiale au Festival de Cannes. Hugues Dayez a pu rencontrer Al Gore, il revient sur ce film.

Il faut bien préciser que c’est un film avec Al Gore, mais pas d’Al Gore. Ce sont deux documentaristes américains, Bonnie Cohen et Jon Shenk, qui ont eu envie de le suivre pendant plusieurs mois pour voir quel était son combat aujourd’hui. On voit effectivement que l’homme a continué son combat. Dans la première partie du film, il essaye de faire une mise au point par rapport à ses détracteurs car il avait été jugé comme catastrophiste par une part de l’opinion publique américaine. On voit qu’à travers ses conférences, puisqu’il a un slide show extrêmement bien rodé qu’il promène aux quatre coins de la planète, il veut montrer que l’actualité lui a donné raison et que les tornades et les ouragans se sont multipliés. Et Dieu sait que le film n’a pas pu inclure le terrible ouragan qui a ravagé le Texas cet été. Il confronte donc les théories scientifiques à l’épreuve des faits. Ça, c’est le premier élément du film.

Aller plus loin

Il y a notamment l’exemple du World Trade Center. On disait: "mais enfin ce n’est quand même pas possible, le mémorial ne va pas être atteint par des trombes d’eau", et bien si. Il va donc rechercher des images d’archives. A ce moment-là, c’est vraiment le début du film, son propos n’est pas uniquement de dire "vous voyez, j’avais raison". Maintenant, le constat est fait. Le sous-titre du film en anglais est "Truth to power", en français "Le temps de l’action", il veut donc aller plus loin. Les documentaristes montrent son incroyable travail en coulisses pour aider les accords de Paris, comme par exemple dialoguer avec des pays comme l’Inde pour les convaincre de travailler sur les énergies renouvelables et pour qu’il y ait vraiment un mouvement mondial pour travailler dans une nouvelle direction.

Peu importe ce que le président Trump essaie de faire

Vu l’investissement d’Al Gore pour faire aboutir les accords de Paris sur le climat, le rejet de ces accords par son président, Donald Trump, a dû être un coup dur pour lui. C'est d'ailleurs étonnant parce que quand bous l’avons rencontré à Cannes, c’était juste avant que Trump prenne sa décision négative. Mais on voit déjà dans le film le regard atterré d’Al Gore quand Donald Trump devient président des États-Unis. Il se dit effectivement que le combat va devenir de plus en plus difficile. La position d’Al Gore est très claire sur ce point: Trump ou pas Trump, on avance. "Je ne suis pas d'accord avec lui sur beaucoup de choses, explique Al Gore. Mais je pense toujours que, en tout cas, personne ne peut arrêter ce mouvement climatique. Dans mon pays, par exemple, de grands États comme la Californie, New York et beaucoup d'autres vont déjà plus loin que les promesses et les engagements pris par l'ancien président Obama dans l'accord de Paris. Et je suis plein d'espoir, peu importe ce que le président Trump essaie de faire".

Un message positif

Un espoir que l'on sent dans la deuxième partie de son film. Il y a des exemples très amusants lorsqu'il serre la main chaleureusement à un conservateur au Texas, un maire conservateur qui a déjà fait le choix des énergies renouvelables. On voit donc que le discours parvient à certains endroits à dépasser le clivage démocrates/républicains aux USA et qu’il y a vraiment un mouvement, même dans son propre pays. Et ça, ce n’est évidemment pas ce que l’on voit prioritairement sur CNN ou dans l’actualité, donc le documentaire a une vraie vertu.

Ce qui semble clair, c’est qu’Al Gore ne veut pas uniquement être catastrophiste, il veut aussi délivrer un message positif sur notre avenir commun. C’est très flagrant dans la deuxième partie du film. On sent que cet homme qui approche des 70 ans a une conviction chevillée au corps. Il  et il développe ça aussi via un certain pragmatisme. Il dit qu'aujourd’hui, ce n’est pas uniquement idéologique si des grandes entreprises aux USA ou ailleurs choisissent de travailler avec de nouvelles énergies plus propres, c’est aussi pour des raisons économiques, parce que c’est devenu possible aujourd'hui.

C’est devenu possible, c’est devenu rentable, donc Al Gore n’est pas un doux rêveur. À travers son film, il montre justement que ses solutions sont économiquement viables. On a envie de faire un parallèle avec le documentaire "Demain", qui avait emporté un énorme succès en France et en Belgique, sur les initiatives, pour montrer qu’une alternative est possible. Que quelqu’un, un politique du gabarit d’Al Gore, le montre aujourd’hui, cela apporte évidemment du poids à la démonstration.

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