Un Wikithon pour rendre les femmes plus visibles sur Wikipédia

"Sur le Wikipédia anglophone on a 17,83% de profils qui sont des profils de femmes." C'est sur base de ce constat que l'idée du Wikithon "Hack the gender gap" est née. Il s'agit d'une soirée pour rendre les femmes plus visibles sur Wikipédia et elle a lieu mardi à l'espace co-working BeCentral, à la gare centrale de Bruxelles.

"Si vous prenez en chiffres, ça fait que sur 1.500.000 profils, vous n'en avez que 280.000 qui sont des profils de femmes. On a donc commencé cette initiative en partant d'un constat, d'une liste des 50 femmes les plus influentes dans le secteur des technologies, une liste qui avait été élaborée par le magazine américain Forbes, et dans cette liste des 50 femmes, il y en avait 70% qui n'avaient pas de page Wikipédia, alors que c'était des femmes qui avaient des start-up, qui avaient levé des millions de dollars, etc.", explique Manon Brulard, co-organisatrice du wikithon.

"90% de contributeurs, 10% de contributrices"

Et la grande explication à cela, précise-t-elle, "c'est que 90% des contributeurs sont justement des contributeurs. Il y a donc seulement 10% de contributrices sur Wikipédia. Ça a par exemple créé des conséquences assez intéressantes, comme le fait d'avoir beaucoup d'articles sur du football ou beaucoup d'articles sur des sujets qui vont évidemment intéresser des hommes, mais moins d'articles sur des scientifiques femmes."

Une action pour rectifier la direction de notre société. "Le but est de pouvoir dire: "Moi, en tant que femme, en tant que citoyenne, je peux aller agir pour rendre des femmes plus visibles, rendre leur travail visible". C'est une action tangible, c'est une action qui est accessible et qui est accessible à tout le monde."

Cette action "Hack the gender gap" est organisée dans un appel à projets gagné par BeCentral par rapport à la Région bruxelloise "et qui va permettre à BeCentral de développer une plateforme de mentorat pour les femmes travaillant dans le secteur des technologies, qui s'appellera BeMentor. Parce que là aussi on est dans un secteur qui est sous-représenté, avec plus ou moins 20% de femmes."

L'exemple le plus connu, c'était Donna Strickland le prix Nobel de physique en 2018

Des exemples de femmes absentes de Wikipédia et qui devraient être référencées, "il y en a plein, il y en a vraiment plein". "Par exemple, en Belgique, il y a Barbara (Vandenault), qui est à la tête d'une pharmacie Vlaanderen. Vous avez aussi Karen Boers, qui a cofondé Startups.be et BeCode. Il y a énormément de femmes dans les technologies par exemple, je peux vous en faire toute une liste."

Elle ajoute: "L'exemple le plus connu, c'était Donna Strickland, qui a gagné le prix Nobel de physique en 2018 et qui n'avait pas de page Wikipédia, alors que son collaborateur masculin, lui, en avait déjà une."

Un autre facteur qui expliquerait l'absence des femmes sur le site, et identifié par Wikipedia même, est que la plateforme n'est pas si facile d'utilisation. 

"Quand vous allez aller sur Wikipédia, c'est très simple en fait, il y a vraiment des étapes à suivre. Vous allez créer un compte, puis vous allez apprendre les choses à faire et à ne pas faire. C'est justement pour ça qu'on fait des événements en communauté, ensemble dans un lieu physique, à BeCentral, c'est de pouvoir dire qu'on va vous accompagner et qu'on va vous aider à savoir ce qu'il faut faire et ne pas faire. Par exemple, il faut écrire de manière intemporelle. Donc, vous ne pouvez pas dire: " il y a deux semaines, elle a été sélectionnée...""

"Il faut dire : "en 2018, elle a été sélectionnée..." On ne peut pas écrire de manière sexiste par exemple, donc ne jamais écrire : "XXX est la femme de... ", mais toujours écrire: "XXX est la personne qui a fait ça ". Par exemple, Marie Curie a eu son profil Wikipédia qui a été très longtemps joint à celui de son mari. Donc voilà, il y a plusieurs règles à savoir, mais quand vous les savez, c'est assez rapide. Moi je crois que ça met maintenant plus ou moins une demi-heure pour créer un profil. Et finalement, c'est la communauté qui va aller vérifier ce que j'ai écrit et c'est la communauté qui va continuer à donner des informations sur le profil que j'ai créé."

Sortir des stéréotypes 

Une action plus que symbolique puisque Wikipedia fait partie du quotidien de la majorité des gens. "Justement, j'aimerais bien rajouter que ça fait partie de notre quotidien parce que même si vous pensez que vous n'utilisez pas Wikipédia, vous l'utilisez. Pourquoi ? Parce que la plupart des moteurs de recherche vont l'utiliser. Quand vous tapez quelque chose dans un moteur de recherche, la petite fenêtre qui apparaît sur votre écran à droite, c'est Wikipédia. C'est extrêmement bien référencé. Tout le monde l'utilise donc. C'est utilisé dans la manière dont on va sourcer de l'information, dans la manière parfois où l'information est créée et c'est donc vraiment hypra important que les femmes soient représentées d'une manière légitime par rapport à leurs accomplissements professionnels."

Et il n'y a pas qu'en Belgique ou aux États-Unis que ça commence à réfléchir et à bouger par rapport à ça. "En Angleterre, il y a une scientifique extraordinaire qui s'appelle Jess Wade, qui est vraiment l'inspiration de cette initiative, qui, l'année passée, en a créé 450 en une année et qui en parle justement beaucoup. Elle dit qu'il y a en fait beaucoup de femmes qui travaillent dans le secteur scientifique, beaucoup de femmes dans le secteur de l'informatique, et qu'en créant des nouvelles pages, on se crée aussi des modèles auxquels on va s'identifier, et on va se dire que ce qu'elle a fait est incroyable, qu'elle a fait ça comme ça et comme ça, qu'on peut aussi le faire et que ce n'est pas anormal de travailler dans un secteur comme le secteur de l'informatique."

Important pour les petits filles notamment, "pour qu'elles puissent s'identifier et justement sortir de ces stéréotypes de métiers qui sont faussés. Dire que des femmes n'aiment pas les techniques, il faudra me le prouver parce que ça n'a pas encore été fait, je crois", conclue-t-elle.  

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