Tinder ou la drague via photo: l'avenir des réseaux sociaux ?

Tinder, c'est un peu le réseau social dans sa plus simple expression. C'est d'ailleurs avec un concept similaire que Mark Zuckerberg s'est lancé dans le business du social networking. Rappelez-vous de sa tentative Facesmash, illustrée dans le film "The social Network" : il venait d'inventer un jeu en ligne dont le seul enjeu pour l'internaute était de déterminer si la photo d'une étudiante était "hot ou pas". 

Tinder, ce n'est pas tellement différent. Le terme signifie en français un "combustible", un "morceau de bois" utilisé pour allumer un feu. C'est donc métaphoriquement l'étincelle qui peut naître entre deux êtres que les créateurs de Tinder ont voulu exprimer.

Justin Mateen, co-fondateur de Tinder, aime à rappeler que son site n'est pas pour autant un site de rencontres classique, ni une plateforme de "Hookup" favorisant les aventures d'un soir. Selon lui, il s'agit avant tout d'un réseau social qui permet à des personnes d'entrer en contact. 

Cela étant, force est de constater que la sélection s'opère essentiellement sur des critères physiques. En effet, pour que deux personnes puissent entrer en contact, il faut qu'elles se situent dans un même espace géographique, que l'un "like" la photo de l'autre, et que l'autre "like" en retour. 

Selon Huw Davies, auteur d'un ouvrage sur les relations personnelles et les médias sociaux, les réseaux comme Tinder ou Grindr (version gay) "permettent aux utilisateurs de trianguler des données disponibles telles que l'apparence physique, les désirs et la position géographique pour faciliter les rapports sexuels sans engagement". On n'est donc plus très loin du hookup. 

"Je suis sur Tinder pour le fun"

C'est d'ailleurs ce que nous confirme Tristan, un bruxellois de 32 ans, utilisateur assidu du site. "Au départ, je me suis inscrit parce que c'était tendance... et parce qu'on m'avait dit qu'il y avait moyen de 'choper' des filles" explique-t-il en riant. "Mais finalement, j'y vais surtout pour le fun. Je 'like' toutes les photos des filles, sans me poser trop de questions. Même les moches, entre guillemets. Je 'like' tout, mais je n'approfondis pas rien. Je ne regarde en général que la photo principale, pas l'ensemble du profil. Cela me permet d'avoir un maximum de matches". 

Une fois le match obtenu, la discussion peut être entamée. Mais ceci ne semble en fin de compte n'être qu'une motivation secondaire pour Tristan. "Je n'ai jamais eu de discussion intéressante avec une fille rencontrée sur Tinder. Ça se limite en général à 'Salut, comment tu vas, qu'est ce que tu fais ?'. Finalement, une fille rencontrée sur Tinder, non merci !"

L'aspect ludique semble donc avoir pris le dessus, pour cet utilisateur. Tinder est devenu un simple divertissement, lors de moments creux. Tristan n'a jamais sauté le pas et rencontré quelqu'un en face à face via ce site. Il n'a jamais eu de proposition de rencontre non plus. Par contre, il confie qu'il a eu des propositions via un autre site, Badoo. "Là aussi tu peux chatter avec des personnes qui se trouvent à proximité, sans avoir besoin qu'elle aient accepté d'entrer en contact. Mais là encore... déception : les personnes qui voulaient me rencontrer ont proposé des rapports tarifés". 

Un réseau emblématique

Les dérives potentielles de Tinder ou de Badoo peuvent être observées sur tous les réseaux sociaux. Mais elles y sont sans doute plus prégnantes que sur Facebook, qui est nettement plus complexe et dont la palette d'usages est plus large. 

Néanmoins, s'il y a une leçon à retenir de l'évolution récente des réseaux, c'est que les usages dépassent bien souvent ceux initialement prévus par les concepteurs. C'est le cas de Twitter par exemple, qui a fait ses preuves en tant qu'outil professionnel de veille informationnelle. La simplicité d'utilisation d'un réseau peut donc être l'une des clefs du succès. Et elle n'empêche aucunement de futures complexifications. 

Dans un article dédié à Tinder sur le site Hootsuite, la coordinatrice "réseaux sociaux" Hannah Clark estime d'ailleurs que Tinder pourrait devenir un réseau mainstream, légitime à l'avenir. "Qui sait ?" écrit-elle, "peut-être verrons-nous de nouvelles caractéristiques apparaître, quand Tinder rendra son application utilisable pour les personnes qui ne cherchent pas seulement à se brancher". Elle émet l'hypothèse d'un Tinder pour connecter des chercheurs en vue de networking lors de conférences qu'elle situe en 2016. 

Mais cela dépendra de la capacité des concepteurs à développer rapidement ces nouveaux usages. Sans quoi les utilisateurs ludiques d'aujourd'hui auront vite fait de trouver un nouveau jouet. 

A. Degand

 

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