Tamas, greffé en 1995 à Bruxelles grâce à Michael Jackson: "Sans lui, je serais décédé"

Les souvenirs et les cadeaux sont peu nombreux. Mais ils ont une grande valeur puisque conservés durant près d’un quart de siècle. De Michael Jackson, Tamas, aujourd’hui âgé de 28 ans, a gardé un Pinocchio rouge en bois. "C’est mon gri-gri. Il était sur mon lit après l’opération", raconte Tamas.

Et il y a aussi un immense ours en peluche, baptisé Lisa, "comme Lisa-Marie Presley, la femme de Michael Jackson à l’époque… Comme la peluche ne pouvait pas entrer dans sa limousine, on m’a raconté que Michael Jackson m’a fait parvenir le doudou par hélicoptère. C’est fou ! A côté de ce doudou, il y avait ce mot et un dessin que j’ai aussi gardé. Il est signé par Michael Jackson et Lisa-Marie Presley avec les lettres TLC" pour Tender, Love and Care (Tendresse, amour et soutien). Trois petits mots qui semblent signifier énormément pour Tamas, greffé du foie il y a près de 25 ans, grâce au Roi de la Pop.

Une visite dans un hôpital de Budapest en 1994

Il y a quelques jours, la RTBF s’est rendue dans le sud de la Hongrie, à deux heures de route de Budapest. Objectif : retrouver la trace de Tamas et récolter son témoignage qui dévoile un autre aspect de la star. C’est la première interview de Tamas à un média étranger.

Tout débute en août 1994. La star est à Budapest pour tourner le clip promotionnel de son nouvel album "HIStory" (sortie en 1995), comme nous le racontons dans notre dossier "Les dix histoires belges de Michael Jackson". Michael Jackson, accompagné de sa femme de l’époque, la fille d’Elvis Presley, demande à visiter des hôpitaux pour enfants. Dans l’un d’eux, l’hôpital Bethesda, il s’attarde sur Tamas, petit orphelin de 4 ans – à l’époque Tamas se prénomme Bela. Tamas a le visage tout vert. Il souffre d’un grave problème au foie, au niveau des voies biliaires.

"Sans greffe, mon espérance de vie était très limitée. On ne parvenait pas à trouver un donneur", nous raconte Tamas devant deux photos d’époque où on le voit avec Michael Jackson. Les clichés reposent notamment sur une statuette de Notre-Dame de Fatima. "Mon ventre gonflait et se remplissait d’eau", poursuit Tamas, très croyant.

Bouleversée, la star demande alors à pouvoir emmener Tamas aux Etats-Unis pour lui offrir une greffe. "Mais le personnel sur place lui a expliqué que des contacts avaient déjà été noués avec Bruxelles et les Cliniques Saint-Luc", se remémore le professeur Jean-Bernard Otte, le responsable du service de Transplantation hépatique de l’hôpital bruxellois. "Une pédiatre m’avait présenté l’enfant quelques temps avant la visite de Michael Jackson alors que j’étais en Hongrie. Nous avions pour projet de le greffer à Bruxelles." Mais l’argent manque dans cette Hongrie qui vient de sortir du communisme.

Décembre 1995

Michael Jackson va alors décider de tout financer : les soins pré et post opératoires, la greffe, les frais de déplacements pour Tamas et les accompagnants au travers de sa fondation "Heal the world" (Guéris le monde). Les frais médicaux s’élèvent au moins à 6 millions de francs belges (150.000 euros). "Tous les frais ont été généreusement pris en charge par Michael Jackson", confirme le professeur Otte.

Incognito, Tamas viendra une première fois à Saint-Luc pour les premiers examens avant une transplantation programmée en décembre 1995. "On m’a expliqué que j’ai subi trois greffes dans ma vie, les deux premières ayant été rejetées par mon organisme", raconte Tamas. Quels sont ses souvenirs de Bruxelles et de l’hôpital ? "Je n’en ai pas énormément. Mais je souviens du chirurgien. Ou encore d’une femme-médecin qui connaissait mon régime alimentaire extrêmement strict. Mais elle faisait en sorte que je puisse avoir quelques écarts", sourit Tamas dont l’impressionnante cicatrice barre encore son ventre de part en part.

Souvenirs

"Je me souviens aussi que je voulais courir dans les couloirs mais que je devais faire attention. Il y a aussi eu une visite de contrôle que je devais passer après l’opération. Avec mes parents adoptifs, nous avons fait la route en voiture depuis la Hongrie jusqu’à Bruxelles. Je me souviens aussi de l’hôtel en face des Cliniques, Le Roseau, qui hébergeait les familles des patients." Dans une boîte à chaussures, Tamas extrait trois photos. On le distingue clairement sur un des lits de Saint-Luc ou encore allongé sur le fameux doudou Lisa. Il a à peine 5 ans.

En 1996, après l’intervention chirurgicale, Tamas reverra Michael Jackson alors en concert à Budapest dans le cadre du HIStory Tour. "Moi et ma famille adoptive, nous avons été invités en VIP. Michael Jackson nous a logés dans un hôtel de luxe. C’était magique. C’était le concert le plus spectaculaire que j’ai vu."

Chaque jour, je me dis : pourquoi il m’a choisi moi ?

Nous sommes venus jusqu’en Hongrie porteur d’un message vidéo du professeur Jean-Bernard Otte, heureux d’apprendre que Tamas est aujourd’hui marié et père de famille. "Cela me fait très plaisir. Je vous remercie", réagit, ému, Tamas.

"Ce professeur est l’un des deux hommes qui m’a sauvé la vie. Il y a eu Michael Jackson qui a financé l’opération et ce chirurgien qui m’a greffé. Sans eux, je ne serais pas là en face de vous à vous raconter mon histoire", ajoute Tamas. "Michael Jackson a sauvé ma vie. Et jusqu’à aujourd’hui, chaque jour, je me dis : pourquoi moi ? Pourquoi il m’a choisi moi ? Moi je ne lui ai rien demandé. Je ne lui ai pas demandé de m’aider. Mais il m’a choisi moi. Pourquoi moi ?"

Une question qui n’a jamais eu de réponse. Seul constat : aujourd’hui, près de 25 ans après sa greffe, Tamas est en bonne santé. "Je mange de tout, je ne fais pas attention", sourit-il, confessant ne pas connaître l’identité de son donneur.

Tamas balaie les accusations

Evidemment, Tamas n’est pas naïf. Il s’informe via les réseaux sociaux et n’ignore absolument pas les lourdes charges qui pèsent sur l’homme qui lui a sauvé la vie. En 1993, en 2005 et une nouvelle fois en 2019, plusieurs enfants ont accusé Michael Jackson d’agressions sexuelles. Le document controversé "Leaving Neverland" diffusé début de cette année, est venu alimenter le dossier. "Je n’en crois pas un mot", tranche immédiatement Tamas. "Je suis papa de deux enfants. Et je ne crois pas qu’on puisse attendre plus de 30 ans avant de révéler des choses aussi graves. Michael Jackson était un homme bon. Et un homme bon ne peut pas faire des choses pareilles. Ces accusations sont fallacieuses et grotesques."

Tamas ne croit nullement en la culpabilité du Roi de la Pop. Il dit vouloir continuer à le défendre. "Mon rêve est de me recueillir sur sa tombe, aux Etats-Unis. C’est mon unique souhait. Je ne demande rien d’autre. Pas d’argent, ni d’aide", insiste Tamas dont les conditions de vie sont très modestes dans cette bourgade. "Michael Jackson m’a déjà offert le plus beau des cadeaux : la vie !"

Tamas ne manque pas une occasion de rendre hommage à l’artiste qui représente bien plus qu’un showman à ses yeux. "A chaque Toussaint, j’allume deux cierges, un pour les proches décédés, un autre pour Michael Jackson. Quand il est mort en 2009, j’ai été très triste. Récemment, ma fille de 5 ans m’a demandé pourquoi j’allumais deux cierges à la Toussaint. Je lui ai expliqué que c’était pour celui que je considère comme mon deuxième père."

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