Sur scène à Bruxelles, Aya Nakamura a tout "bombardé"

Le concert est prévu à 20h15, mais en cette fin d'après-midi, elles sont déjà des dizaines à faire la file devant les portes de la salle bruxelloise de la Madeleine. Des bandes de copines surexcitées qui ont eu la chance de décrocher leur ticket pour le concert archi-complet de leur idole, Aya Nakamura. A l'ouverture des portes, la petite foule, qui tremble déjà d'impatience, crie son prénom "Aya! Aya! Aya!". Les plus rapides parviennent à s'installer au premier rang. Mission accomplie. "On est là depuis 16h30", explique l'une d'elle. "C'est la première fois que je vais la voir en vrai. Son album, je l'écoute tout le temps. Ma génération, elle écoute ça!"

Mélange pop d'argot, de R&B et d'afro

"Ça", c'est le son d'Aya Nakamura. Un mélange de sonorités africaines qui invitent à danser, de R&B et de textes tantôt accessibles, tantôt complètement incompréhensibles. La jeune femme a créé son propre langage, issu de l'argot et du verlan, mixé au français, à l'anglais voire à l'espagnol. Exemple: Hello papi mais qué pasa?/ J'suis pas ta catin Djadja, genre en Catchana baby tu dead ça ("Djadja"), Ça va whine up, whine up sale ("Whine up"), Ferme la porte, t'as la pookie dans l'side ("Pookie"). Et ça marche. Dès son entrée sur scène, les décibels explosent. Mélange de hurlements et de fascination, accompagné d'une levée massive d'écrans de smartphones. Sur les premières notes de "Oula", les 1.500 fans rejoignent "Aya", dont la voix se retrouvera à plusieurs reprises complètement couverte par le public.

"Djadja", "Copines", "Pookie", "Sucette", la belle franco-malienne enfile les tubes comme des perles. Si elle avait évidemment espéré un tel succès, elle nous avoue juste avant de monter sur scène qu'elle est encore surprise par ce qui lui arrive. "Quand t'écris tes chansons dans ton coin, tu penses pas vouloir toucher un style de personnes en particulier, tu penses juste à faire passer ta manière de penser et de voir les choses. Mais quand tu commences à vouloir faire des concerts et que ça se remplit en 2h, tu te dis que toutes ces personnes-là, elles comprennent tes morceaux." Les personnes en question, ce sont à une écrasante majorité des femmes et des filles, de 9 à 30 ans. Des filles qui se reconnaissent dans les textes de Nakamura, qui décrivent presqu'exclusivement des déceptions amoureuses, les mensonges, les trahisons des hommes. "C'est de notre âge", nous explique une jeune femme, pas 20 ans. "C'est pour des filles comme nous qui ont des problèmes de coeur." Une autre, 12 ans à peine, vient de vivre son premier concert. "Inoubliable, elle est trop stylée, c'est la fille parfaite!"

Icône féminine et féministe

Aya Nakamura touche un public bien plus international encore. C'est une star au Japon, en Roumanie ou encore aux Pays-Bas, où elle a été numéro 1 des charts, une première pour une chanteuse française depuis Edith Piaf en 1960. Son explication? Elle est simple: en musique, il n'y a pas de frontières. "En Hollande, ils ne comprennent pas ce que je dis, comme en Roumanie ou dans d'autres pays d'Europe. C'’est le rythme de la musique, les mélodies qui font que ça marche." Ainsi, "Djadja", son premier tube qui l'a propulsée au rang de star internationale, a été vu plus de 352 millions de fois sur Youtube. Même Rihanna et Neymar Jr ont été filmés en train de se trémousser sur son hit.

Le magazine Forbes l'a même classée parmi les personnalités culturelles européennes de moins de 30 ans les plus influentes de la planète. Une icône française noire. C'est assez rare pour être souligné. "Quand on te dit 'Tu dois nous représenter parce que tu as une influence et que tu es une femme noire', c'est la vérité! Tu te retournes, tu regardes autour de toi et tu te dis ah oui, c'est vrai. Je suis obligée de montrer que je suis une battante, que je ne suis pas une moins que rien, que je suis comme tout le monde, que j'ai un talent. Ca me donne encore plus de force parce que dans les yeux de plein de filles ou de petites filles, je vois plein d'espoir. Certaines me disent que grâce à moi, elles ont confiance en elles. C'est pour des trucs comme ça que ça donne encore plus de force. Je suis une féministe nouvelle ère, on peut dire ça comme ça."

"Elle nous fait rêver"

De la force, de l'espoir, elle en donne effectivement à son public, comme le confient les fans du premier rang. "La femme qu'elle est m'inspire. C'est une femme noire qui montre ce qu'elle est, elle montre qu'en fait toutes les femmes sont pareilles, et c'est une blanche qui le dit!", rigole l'une d'entre elles. Une autre enchaîne: "Elle nous fait rêver parce que c'est une femme qui s'assume, une femme fatale. Quand on la voit, on se dit que tout le monde peut y arriver, en tant que femme, ça m'encourage, je me dis que tous nos rêves sont réalisables quand on s'en donne les moyens!"

Hier soir à Bruxelles, Aya Nakamura a "tout bombardé". Seul bémol pour les spectateurs, un show jugé trop court, un peu plus d'une heure. Elle sera de retour cet été aux Ardentes et à Forest national en novembre prochain. Nul doute que d'ici là, la star aura pu aiguiser sa setlist pour offrir encore plus d'ivresse à ses fans.

 

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