"Le danger n'est pas la menace terroriste, mais la surveillance de masse"

"Le danger n'est pas la menace terroriste, mais la surveillance de masse"
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"Le danger n'est pas la menace terroriste, mais la surveillance de masse" - © RTBF - W. Fayoumi

Leurs noms évoquent la liberté d'expression et la protection des valeurs démocratiques fondamentales contre la surveillance étatique. Pour d'autres cependant, l'action des lanceurs d'alertes - whistleblowers en anglais - est condamnable. C'est ainsi que, pour protéger les prérogatives des services étatiques de surveillance spéciale, Manning, Assange et Snowden sont les cibles de la justice américaine. Ce dernier était ce jeudi en direct au Festival des Libertés à Bruxelles.

Edward Snowden, comme d'autres, a contribué à rendre visible pour le grand public l'étendue de la surveillance dont chaque citoyen à travers le monde peut être l'objet.

Les révélations de l'ex-informaticien employé par la NSA, publiées le 5 juin 2013 par le journaliste britannique Glenn Greenwald, ont fait l'effet d'une bombe. Les Etats-Unis ont mis en place une service de surveillance du net qui étend ses ramifications partout sur le web, mais aussi sur les téléphones portables.

Les programmes mis en place par la NSA ne laissent, d'après les documents transmis par l'informaticien, que peu de place au doute: une ingénierie informatique secrète a bien été mise en place par les États-Unis pour avoir la capacité de surveiller tous les échanges des internautes de la planète.

Quand désobéir est légitime

Pour le Festival des Libertés, dont le thème autour duquel se construisaient débats et films cette année est "Obéir ou désobéir", l'évocation du combat d'Edwatrd Snowden coulait de source. Même si l'organisation de la vidéoconférence a été l'objet d'une attention particulière, explique Mathieu Bietlot, organisateur de l'évènement.

 

Si sa décision de désobéir est légitime, le prix payé a été très important: recherché par la justice américaine, le "lanceur d'alerte" ne peut plus rentrer dans son pays. Dans l'impossibilité de solliciter une demande d'asile dans d'autres pays, il est coincé en Russie. Pays qui lui accordera finalement un asile temporaire.

Le lanceur d'alerte s'est exprimé en direct lors d'un débat sur la protection nécessaire de ceux ou celles qui, comme lui, risquent des poursuites pour avoir révélé l'étendue de l'ingérence des services de surveillance dans la vie quotidienne des citoyens.

 

De la surveillance de "suspects" à la surveillance de tout le monde

Un sujet qui a manifestement touché beaucoup de monde: un public nombreux s'était donné rendez-vous au Théâtre National pour participer au débat.

Devant une salle comble et attentive, l'informaticien a tenté de faire comprendre l'étendue du danger de la surveillance de masse.

"On ne peut pas attendre que des gens disparaissent dans des prisons secrètes en raison de leurs opinions", a-t-il expliqué. Car, selon lui, le péril est bien réel. "La puissance dont disposent ces organismes étatiques, ainsi que les entreprises commerciales qui bénéficient des mêmes technologies, est énorme. Cette puissance, les citoyens, eux, n'en ont pas connaissance, et n'en bénéficient pas". Au contraire: ils en seraient les victimes.

Et d'expliquer que le centre-même du pouvoir a changé aujourd'hui. En anglais, dans l'extrait ci-dessous, Edward Snowden relate la façon dont il a observé le glissement qui s'est produit en quelques années: de la surveillance de suspects dans le cadre d'enquêtes terroristes, les services secrets tels la NSA ont simplement commencé à surveiller tout le monde.

Insistant sur la complexité et l'étendue de l'espionnage de masse, il estime qu'il faut construire une protection internationale contre les divers systèmes secrets nationaux. Et réclamer plus de moyens aux institutions de recherche qui travaillent dans ce domaine.

Où une seule personne peut affecter la vie de millions de gens

"Hier, pour faire une enquête et interpeller quelqu'un, la police devait sonner à la porte, chercher dans les documents et les affaires. La personne mise en cause était au courant. Or aujourd'hui, cette action de surveillance est automatique, généralisée et continue", a-t-il continué.

Snowden, qui est toujours confiné dans un lieu tenu secret en Russie, l'affirme: "On est dans une autre ère. Aujourd'hui, ce ne sont pas les menaces terroristes qui sont le plus grand danger pour la démocratie. Mais bien la surveillance de masse".

Les risques terroristes ne peuvent jamais affecter autant de monde que ce mécanisme de collecte généralisée d'informations. C'est ce qu'il explique, en anglais, dans l'extrait ci-dessous.

 

"Il y a déjà des dérives. Et il y a déjà des entreprises commerciales, et non étatiques, qui bénéficient de ces moyens très puissants". Pour Snowden, "ces programmes ne sont pas ou plus utilisés contre le terrorisme, mais ils représentent simplement le visage d'un nouveau pouvoir politique ou commercial".

La solution? "Travailler collectivement avec ceux qui sont intéressés"

Si son souhait le plus cher est rentrer chez lui, Edward Snowden l'affirme: il poursuivra l'entreprise qu'il a commencé, à savoir dénoncer, mais aussi tenter de trouver des solutions de protection face au système gigantesque de collecte d'informations.

Il dit vouloir travailler avec les chercheurs et les journalistes pour étudier cette surveillance de masse, qui existe, affirme-t-il, pas seulement aux Etats-Unis, mais dans d'autres pays du monde tout aussi "démocratiques". Et de reconnaître qu'il n'est pas capable de le faire seul. "Travailler avec tous ceux qui sont intéressés à faire avancer ces libertés", c'est, dit-il, son projet aujourd'hui.

 

Wahoub Fayoumi @wafayoumi

 

Regardez aussi un extrait de son intervention, en anglais, dans lequel il explique l'urgence de réagir:

Dans l'extrait ci-dessous, Edward Snowden explique comment les Etats et les entreprises commerciales deviennent de plus en plus puissantes grâce à ces systèmes d'information. "Quelle protection pour les hommes politiques? Pour les dissidents?" se demande-t-il.

D'ailleurs, ces programmes ne sont pas utilisés contre les terroristes, explique-t-il. Mais jusqu'où pourraient-ils être utilisés? En ce qui concerne son travail à lui, rendre compte de ces dérives ne peut pas être prétexte à divulguer n'importe quoi. "Mon opinion est qu'on n'a pas besoin de savoir les noms des suspects de terrorisme, par exemple. Et c'est en groupe, journalistes, experts, citoyens, etc, que nous pouvons déterminer comment dénoncer ces mécanismes liberticides". Ses déclarations, ci-dessous, sont en anglais.

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