S'engager en politique est-il un acte irrévocable pour un journaliste?

S'engager en politique est-il un acte irrévocable pour un journaliste?
S'engager en politique est-il un acte irrévocable pour un journaliste? - © Tous droits réservés

Suite à l'annonce du départ d'Olivier Maroy, journaliste-présentateur de Mise au Point à la RTBF, pour le MR en vue des élections du 25 mai, les réactions sont multiples. Du côté des rédactions, si une majorité estime qu'un journaliste a le droit de passer de l'autre côté de la barrière, certains affirment aussi qu'une fois qu'on a quitté le navire, il ne faut plus y revenir. Nombreux pourtant sont ceux qui en sont revenus.

Anne Delvaux, Jean-Paul Procureur, Florence Reuter, Siegfried Bracke, Pierre Migisha, Pierre-Jean Burrion, etc., les exemples de journalistes qui ont décidé de franchir le pas ne manquent pas. Un transfert en politique qui ne se cantonne d'ailleurs pas à la seule RTBF.

En juin 2009, l'Association des journalistes professionnels (AJP) a publié un dossier sur le sujet. Signé par Jean-François Dumont et intitulé "Navetteurs entre médias et ministres", il y était notamment question des raisons de ces départs.

"Doit-on voir dans ces départs le signe de graves déceptions vis-à-vis de la presse ?", s'interrogeait son auteur. "Pas toujours", pouvait-on lire, "certains des ex-journalistes que nous avons interrogés ne cachent pas qu’ils ne partageaient plus l’évolution de leur média, ou qu’ils ne s’entendaient plus du tout avec leur hiérarchie. Mais plusieurs autres soulignent plutôt l’envie de faire une nouvelle expérience, gagnés parfois, c’est vrai, par un peu de lassitude".

Parmi les autres raisons évoquées : l'avantage financier parfois évoqué, mais aussi l'attrait du pouvoir, plus difficilement avouable.

Une majorité regrette leur choix

En attendant, beaucoup semblent regretter ce choix. "Plus des deux tiers des ex-professionnels de la presse interrogés souhaiteraient revenir à leurs premières amours qu’ils regrettent. On retrouve chez eux une interrogation incessante quant au bien-fondé du choix qu’ils ont fait de devenir attaché de presse", écrivait Jean-François Dumont dans son dossier citant le mémoire d'un étudiant de l'ULB réalisé en 2003 ("L’attaché de presse politique : ombres et lumières d’un métier au service du pouvoir" d'Alia Tariq).

La récente réaction d'Anne Delvaux suite à son éviction de la tête de liste cdH aux élections européennes en est un témoignage flagrant.

Ceux qui sont revenus au journalisme

Jean-Paul Procureur est sans doute l'exemple le plus récent de ceux qui ont fait leur retour au journalisme. Après avoir quitté la RTBF, où il animait "Cartes sur table", pour se présenter pour le cdH aux élections régionales de 2004, il y est revenu après les élections de juin 2010. Il est aujourd'hui à la retraite.

Toujours à la RTBF, Marc Mélon (a travaillé pour Michel Daerden), Marie-Pierre Deghaye (a travaillé pour Charles Michel), Alain Gerlache (porte-parole de Guy Verhofstadt lorsqu'il a été élu Premier ministre en 1999), Jacques Cremers (a travaillé pour Marie-Dominique Simonet), Michel Konen (directeur de la communication du cdH) et Pierre Robert (a travaillé pour Claude Eerdekens), sont revenus à la Radio Télévision Belge Francophone.

Mais ils ne sont pas les seuls : Eric Ortmans, journaliste à la RTC Liège y est revenu après avoir travaillé pour Julie Fernandez Fernandez (ancienne secrétaire d'État aux Personnes handicapées) ; Louis Maraite a quitté La Libre pour travailler pour Michel Foret avant de retourner comme journaliste à La Meuse ; Hakima Dharmouch a fait un aller-retour RTL-TVI - Louis Michel ; Nicolas Crousse a quitté Le Matin pour travailler avec Richard Miller et puis Freya Vandenbossche, avant de revenir au Soir ; Véronique Lamquin a travaillé pour la DH avant de collaborer avec Jacques Simonet et d'aller au Soir ; Martine Maelschalck a quitté L'Echo pour Hervé Hasquin avant de revenir au journalisme pour Trends/Tendances ; Xavier Lambrechts de RTL-TVI est passé chez Laurette Onkelinx avant d'aller chez TV5; enfin, Frédérique Piron a quitté Le Matin pour Daniel Ducarme avant de revenir au Matin, elle est ensuite partie chez Canal C, puis chez Rudy Demotte et est retournée comme journaliste au Vif.

Précisons tout de même qu'il y a une différence entre ceux qui décident de travailler comme attaché de presse pour un responsable politique et ceux qui se présentent directement comme candidats aux élections. C'est le cas d'Olivier Maroy pour le MR, mais cela aussi été le cas de Jean-Claude Defossé et de Josy Dubié pour Ecolo, d'Anne Delvaux et de Jean-Paul Procureur pour le cdH, de Florence Reuter pour le MR (3ème sur la liste MR en Brabant wallon, devant Olivier Maroy), de Jacques Bredael (cependant déjà retraité) qui s'est présenté en 2006 comme candidat indépendant sur la liste ARC (Action et renouveau communal) à Chaumont-Gistoux, ou encore de Siegfried Bracke qui est aujourd'hui le n°2 de la N-VA.

C. Biourge

 

 

 

 

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK