Rossel, IPM, Mediafin : les journaux francophones doivent économiser pour survivre au Coronavirus

Selon divers courriers que nous nous sommes procurés, plusieurs responsables de journaux belges francophones demandent à leurs journalistes de baisser volontairement leur salaire, vu la situation économique difficile provoquée par le coronavirus : "Les personnes dont la fonction est critique ou vitale pour l’entreprise continueront à prester leur temps de travail à 100%. Par solidarité et afin de participer à l’effort commun, il leur sera demandé toutefois d’accepter une réduction temporaire de leurs rémunérations mensuelles brutes de 7,5%", écrit ainsi la direction de Rossel dans un courriel concernant des "dispositions temporaires d’entreprise".

Il est bien question de demande et non d’une mesure décidée par le management pour une simple raison : l’employeur ne peut pas, unilatéralement, imposer une baisse de salaire. Celui-ci est l’un des éléments les plus importants du contrat de travail, qui ne peut se modifier qu’avec l’accord des deux partis et dans le respect des conventions collectives.


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L’AJP, l’association des journalistes professionnels, a très rapidement réagi dans un courrier envoyé à Rossel : "L’attitude de la direction adoptée à l’égard des rédactions du Groupe est indécente. La solidarité est une manifestation individuelle et collective à l’égard de semblables éprouvant des difficultés et non celle d’une société réclamant la contribution de ses employés. La solidarité à son égard imposée aux rédactions par l’actionnaire, sauf démarche active personnelle, est en effet inacceptable."

Martine Simonis, la secrétaire générale de l’AJP, ne décolère pas : "Ce n’est pas une question de solidarité, ou bien il s’agit d’une solidarité avec les actionnaires. Même en Italie, aucun éditeur de presse n’a fait pareille demande. La situation actuelle est particulièrement difficile, les équipes travaillent déjà à 150% et on vous demande d’être payés à 92,5%. Alors qu’il faut préserver les équipes, les encourager".

Contactés par nos soins, les deux principaux syndicats belges, la CSC et la FGTB, n’ont reçu aucun retour concernant des demandes similaires de baisse volontaire de salaire. Ce type de mesure semble donc être l’apanage de la presse. Celle-ci voit ses revenus publicitaires véritablement s’effondrer en l’espace de quelques jours.

Pour Martine Simonis, ce type de mesures doit en fait être inversée : les personnes qui travaillent à temps plein conservent leur salaire inchangé. Et si une personne souhaite, par solidarité, se passer d’une partie de son salaire, qu’elle se signale. Chez Rossel, la possibilité est laissée aux salariés de demander, confidentiellement, de garder un salaire à 100%. Une proposition pas vraiment bien accueillie par les équipes, nous dit-on.

La direction de Rossel change d’optique

Ce vendredi, en début d’après-midi, un vent favorable nous informait d’un changement d’attitude de la direction de Rossel. Dans une version amendée des "dispositions temporaires d’entreprise", la demande faite aux journalistes de renoncer à 7,5% de leur salaire a été remplacée par une demande de participation "à l’effort de crise" : "Tout(e) salarié(e) d’accord avec cette proposition de principe de solidarité" est invité à prendre contact avec les ressources humaines. Ce changement, demandé par l’AJP, devrait donc satisfaire les salariés, qui ont donc le choix.


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Du chômage économique chez IPM

Dans d’autres rédactions, il nous revient que des mesures du même type sont sur la table. Ainsi chez Mediafin (L’Echo et De Tijd, Rossel est actionnaire à 50%), la rédaction salariée est invitée à apporter une "contribution de solidarité" de 5%. Les indépendants, eux, se voient proposer une réduction temporaire de la moitié de leur temps de travail. La rédaction de Médiafin estime son manque à gagner publicitaire à deux millions d’euros.

Ce vendredi soir, c’est la direction d’IPM qui a communiqué à son personnel les mesures d’économies "importantes" suite à une "réduction considérable de nos revenus". La direction évoque une "tradition" : "dans les circonstances difficiles, nous nous montrons solidaires des uns des autres et nous répartissons de manière la plus équitable possible le fardeau sur le plus grand nombre." Sur la période allant du 23 mars au 30 avril, IPM demande à ses salariés de prendre 4 jours de congé. Les salariés des 4 rédactions du groupe (La Libre Belgique, la DH, Paris-Match Belgique et DH Radio) devront prendre au minimum 1 jour de chômage économique par semaine. Les calculs de la direction, tenant compte des avantages extralégaux, font état d’une baisse de salaire de 3 à 4%. Les plus hauts salaires (au-dessus de 6000€) sont diminués de 10%, sans compensation, la direction voit ses émoluments baisser de 15%. Celle-ci n’exclut pas de devoir assouplir ou durcir ces mesures d’économie.

C’est chez Rossel que l’effondrement du marché publicitaire est le plus clairement expliqué : "nous faisons face aujourd’hui à des demandes scandaleuses de marques qui nous demandent de ne pas apparaître sur des pages où l’on évoque le coronavirus", explique ainsi au Soir Thierry Hugot directeur commercial et marketing du groupe Rossel.

Par ailleurs, malgré l’ouverture des librairies permet encore aux journaux de vendre leurs éditions, mais les librairies pourront-elles rester ouvertes encore longtemps ? L’équilibre économique de la presse écrite est mis sous une très forte pression, à un moment où la demande d’information n’a jamais été aussi importante.

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