Reporters sans frontières crée un dispositif de lutte contre les fake news

Reporters sans frontières crée un dispositif de lutte contre les fake news
Reporters sans frontières crée un dispositif de lutte contre les fake news - © MOHD RASFAN - AFP

Tout le monde s’occupe des fake news. Et notamment Reporters sans frontières qui vient de lancer un dispositif inédit de lutte contre la désinformation en partenariat avec l'agence France Presse et l'Union européenne de radiotélévision, organisme qui rassemble les radiotélévisions publiques, dont la RTBF.

Plus le journalisme est rigoureux, moins il est visible sur les réseaux sociaux

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières explique les raisons et les inquiétudes qui ont présidé au lancement d’un tel dispositif. "Des études l'ont encore prouvé ces derniers jours, le plus inquiétant est que les informations erronées, fausses et non vérifiées, se disséminent plus vite sur les réseaux sociaux et sur les plates-formes, que les informations vérifiées et le journalisme rigoureux." Christophe Deloire met le doigt sur un paradoxe de l’information. Une situation aberrante où plus le journalisme est rigoureux et coûte cher, moins il rapporte en étant moins visible que des informations qui ne coûtent rien quand elles sont simplement de la publicité déguisée ou de la rumeur.

"On peut, en utilisant des robots, promouvoir la rumeur et la propagande sur les plates-formes." C’est cette logique que veut renverser Reporters sans frontières. "La mauvaise information chasse la bonne. Il faut redonner un avantage concret au journalisme si on veut sauver sa liberté, son indépendance, son pluralisme."

Une liste blanche des médias fiables

Le principe du dispositif mis en place avec l’aide du comité européen de normalisation et du secteur de l'information, consiste à créer des indicateurs de ce qu'est le journalisme digne de ce nom et les garanties que doivent présenter les médias qui sont les plus proches des idéaux journalistiques. Pas besoin, en revanche, d’être un journaliste professionnel ou un média installé pour y participer.

Le dispositif travaillera en France avec l'Afnor, en Allemagne avec le DIN et au niveau européen avec le comité européen de normalisation, basé à Bruxelles. "Une fois que cela sera en place, on pourra certifier des médias et donc avoir des sortes de listes blanches. Au lieu d'entrer dans des logiques de censure, nous allons donner des avantages très concrets aux médias qui présentent des garanties."

Cinq avantages principaux

Les médias respectant les règles recevront un label public permettant de prouver publiquement leurs garanties d'indépendance, de transparence, de méthodes journalistiques et de déontologie.

Les sites d’information bénéficieront également d’avantages sur les algorithmes en termes d'indexation. Ce qui avantagera les sites indépendants dont le contenu répond à une qualité journalistique.

Par ailleurs, Les annonceurs publicitaires seront "fléchés" vers les médias vertueux. "Et l’on voit que nous sommes fortement soutenus par les annonceurs dans cette initiative", commente le secrétaire général de Reporters sans frontières.

Enfin, des facilités seront octroyées pour accéder aux aides publiques dans les pays dans lesquels il y en a. Les organes de régulation et notamment audiovisuels sont intéressés par ce dispositif.

Que feront les GAFA?

Une difficulté majeure sera d’imposer aux GAFA, singulièrement à Facebook et Google, des algorithmes qui ne sont pas les leurs. Pour Christophe Deloire, il est possible de demander aux algorithmes d'exclure les contenus djihadistes ou pédopornographiques. "C’est relativement simple. En revanche, les algorithmes sont aveugles lorsqu'il s'agit de savoir comment ont été produits les contenus qui arrivent sur les plates-formes. La personne ou la structure qui a diffusé ces contenus l’a-t-elle fait parce qu'elle était rémunérée pour porter des intérêts? Cela, les plates-formes ne le voient pas et il faut leur donner un outil."

Ce dispositif est un outil d'autorégulation qui permet d'éviter le cruel dilemme qui serait de demander aux Etats de le faire. Seule l'autorégulation peut garantir ces critères. " Ce sont les organisations des syndicats de salariés, la fédération européenne des journalistes, l’association mondiale des journaux, les télévisions publiques d'Europe, etc. qui peuvent jouer ce rôle."

Et si cette initiative débute en Europe, c’est parce qu’il y existerait "une foi commune dans une forme de journalisme qui permettra d'éviter dans, ce processus très ouvert, d'être perturbé par des gens qui ont une vision du journalisme radicalement différente qui ne prévoit pas la liberté et l'indépendance."

Comme un tableau de Goya

Le manque de moyens et donc de temps dans les rédactions pourrait mener à un mimétisme de la presse et une standardisation de l’information. Pour Christophe Deloire, c’est pourtant ce processus qui vise précisément, à redonner des avantages économiques et de la visibilité à tous ceux qui font leur travail avec honnêteté et peuvent le prouver. "Nous sommes aujourd’hui dans une situation de concurrence qui me fait penser à ce tableau de Goya au musée du Prado, dans lequel on voit deux hommes en train de se lacérer mutuellement le visage, sans réaliser que leur véritable ennemi, ce sont les sables mouvants dans lesquels ils sont en train de s'enfoncer".

Premiers effets concrets: dans moins d'un an

Reste à attendre les premiers effets concrets de ce dispositif. La première réunion aura lieu le 23 mai avec tous ceux qui voudront participer, médias, syndicats, associations représentatives. Ensuite, il faudra huit à neuf mois avant d'obtenir les premiers indicateurs.

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