Repérés sur le web avec des trophées de safari-chasse, ils doivent démissionner

Repérés sur le web avec des trophées de safari-chasse, ils doivent quitter leurs fonctions
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Repérés sur le web avec des trophées de safari-chasse, ils doivent quitter leurs fonctions - © Tous droits réservés

Un couple de gérants d’un magasin Super U en France a posé, fusil à la main, à côté de cadavres de lion, de léopard, d’hippopotame et autres animaux sauvages. À partir d’une simple recherche Google par nom de famille, le couple de gérants a été repéré et les images ont été largement partagées sur le web, en début de semaine. Très vite, internet, Twitter et Facebook s’enflamment. Appel au boycott, insultes, messages de haine ont suivi. Le couple a démissionné.

Ce sont des photos qui datent de 2015 et qui étaient partagées sur le site web d’une société organisatrice de safari chasse. Il n’était donc a priori pas question d’une grande volonté du couple de s’afficher aux yeux de tous les internautes lambda. Et pourtant…

Avec au cœur du débat des préoccupations réelles et sérieuses, au sujet, notamment, de la préservation de la biodiversité qui est particulièrement menacée sur le continent africain. L’association "30 millions d’amis" parle d’une chute de 90% des populations de lions en un siècle, et annonce que l’espèce pourrait disparaître d’ici 30 ans… Bref, les images de chasse aux trophées dérangent dans l’absolu.

Mais ici, le débat va plus loin, puisque Super U – pour qui le couple concerné par la polémique travaille – joue sur une image animals friendly. L’enseigne affiche volontiers des valeurs de défense du bien-être animal, et des engagements du groupe à agir "pour un meilleur respect des ressources aquatiques et terrestres". Les clichés de gérants aux côtés d’animaux sauvages morts font donc plutôt mauvais genre. C’est alors l’indignation sur le web, les insultes et les appels au boycott du magasin s’enchaînent.

Super U ne peut alors plus faire l’autruche et publie un communiqué de presse, où on apprend que le couple de gérants au cœur de la polémique a quitté ses fonctions.

Les dangers du lynchage en ligne

Cette affaire, au-delà de toute considération éthique vis-à-vis des pratiques du couple concerné, est symptomatique d’une époque où les internautes se transforment parfois en véritable jury en ligne. D’autant que, dans ce cas précis, il ne s’agissait pas de publications personnelles de la part des chasseurs en safari. Ce sont bien des images qui datent d’il y a 4 ans, qui ont été débusquées et diffusées par des personnes qui cherchaient manifestement à les dénoncer. Avec des réactions en chaîne ensuite.

Alain Gerlache, spécialiste en réseaux sociaux à la RTBF, rappelle que tout le monde peut aujourd’hui être victime de ce genre de dérive. "Que ce soit des contenus écrits, des prises de position, des photos : personne n’est à l’abri aujourd’hui d’une campagne sur les réseaux sociaux. Celle-ci a l’air positive parce qu’elle s’en prend à un comportement qui est critiquable pour beaucoup de gens, mais qui pourrait, si elle se généralisait, devenir dangereuse. Ces personnes ont tout de même perdu leur emploi au nom du fait que, dans le privé, ils ont eu des comportements qui ne sont pas illégaux, mais qui sont contraires aux valeurs de l’entreprise. Il faut faire attention à la protection de chaque individu, de ses opinions, de sa liberté, etc. S’il se met à y avoir des espèces de commandos qui sont à la recherche de certaines choses, ou s’il y a une pratique de la délation qui s’installe, on entre dans une nouvelle phase inquiétante."

Instrumentalisation de l’indignation ?

Une question se pose alors : comment faire la distinction entre les personnes qui veulent défendre des causes, et celles qui cherchent juste à diffuser la haine ? Est-ce qu’on dénonce des comportements, ou est-ce qu’on stigmatise des gens ? "Il y a aussi des professionnels de la haine sur internet, qui épousent toutes les causes uniquement pour embrayer des propos haineux. Il y a d’ailleurs de plus en plus de groupes organisés, surtout en Flandre. Au travers de toute une série de militants politiques ou de militants de causes, il y a maintenant des groupes qui sont suffisamment bien organisés pour développer des campagnes de critiques voire de harcèlement de gens qui leur déplaisent. On est au-delà de l’indignation spontanée", conclut Alain Gerlache.

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