Réforme de l'Académie des César : Polanski fait de la résistance

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Images d'illustration - © AFP

L’image est restée dans toutes les mémoires : l’actrice Adèle Haenen, en colère, quitte avec fracas la cérémonie des César. Nous sommes le 28 février dernier et Roman Polanski vient d’être nommé meilleur réalisateur pour J’accuse.


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Sujet JT du 29 février 2020 :

Le vent du changement ?

Quelques jours avant la cérémonie, sentant la polémique monter, c’était promis, il devait s’agir là de la dernière édition de la grand-messe de célébration du cinéma "ancien modèle". Le mode de fonctionnement allait changer, Alain Terzian, le président de l’Académie des César annonçait une future parité. L’heure devait être à la réforme.


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Pour enfoncer le clou, le 10 février 2020, près de 400 professionnels du cinéma signent une tribune dans le Monde, récapitulant et dénonçant les multiples déboires que connaît l’institution (opacité, cooptation malsaine, discriminations…). Et le soir du 13 février, la prestigieuse académie annonce sa démission collective, comme le rappelle cet article du Huffington PostLe 9 juillet, ça y est, la parité intégrale est adoptée. Désormais, l’ensemble des 4313 membres de l’Académie qui votent pour décerner les César pourront être candidats et choisir leurs représentants, au cours d’élections qui devaient avoir lieu au début septembre, selon les nouveaux statuts, adoptés à huis clos par les administrateurs démissionnaires.

Début septembre, nous y sommes. Cette semaine, voilà donc la liste de la nouvelle composition de l’académie. Elle a été dévoilée ce lundi 14 septembre (vous pouvez d’ailleurs la retrouver en cliquant sur ce lien). 182 représentants de la nouvelle académie sont connus. Ils ont été élus par plus de 4000 membres.

Si la parité est maintenant respectée, on peut mentionner que les membres historiques de l’Association pour la Promotion du Cinéma sont toujours là. Ils sont 18. Et un nom a très vite sauté aux yeux et fait bondir sur les plateaux et radios français : Roman Polanski.

Ainsi, la comédienne Béatrice Dalle était en direct sur France Inter, quand la nouvelle lui a été transmise :

Béatrice Dalle n’en revient pas. Un "vent du changement" bien amer aussi pour Andréa Bescond, l’auteure des "Chatouilles" (pièce de théâtre puis long-métrage salué où il était question de pédocriminalité). Dans un message publié sur Instagram, elle y fait part de son étonnement (ainsi que celui de son époux, le comédien et metteur en scène Eric Métayer). Et de finir par un NON !!!! en lettres capitales.

Révélations et documentaires

Coup de projecteur à nouveau sur Polanski… Et le tollé contre le réalisateur de ressurgir illico. Ajouté à cela, un livre signé la romancière Nathalie Reims, qui associe Polanski au "Diable" devrait paraître et faire parler de lui la semaine prochaine. Et ce jeudi soir, France 2 programme un "Complément d’enquêtes" revenant sur les affaires le concernant. La chaîne publique annonce des témoignages de victimes inédits.

"Historique"

Mais que vient faire le réalisateur du Pianiste, de Rosemary’s Baby et de Chinatown dans cette nouvelle assemblée ? (ainsi que celui du producteur Thomas Langmann, lui aussi dans l’œil du cyclone puisque condamné en 2019 pour harcèlement envers sa compagne). Etant considérés comme "membres historiques", Polanski – et qui a souhaité y rester – et Langmann n’ont donc pas été "élus". Contrairement aux autres, qui sont partis pour quatre ans, ceux-ci sont le sont ad vitam aeternam. – Ce privilège est possible grâce au fait que ces personnalités ont eu un Oscar, parce qu’elles aient été présidentes de l’association ou par cooptation -.

Membres à vie, très bien, mais seulement s’ils le souhaitent. Car Polanski et Langmann ont eu le choix. La direction – par intérim — des César leur a en effet demandé de le stipuler par lettre. Plus de la moitié des prétendants ont rejeté l’invitation. Polanski lui, a répondu par la positive.

Quel impact ?

L’affaire n’est cependant pas forcément pliée pour Roman Polanski. Car les règles de sélection et les statuts pourraient être remis en question par le nouveau conseil d’administration et la nouvelle direction. Bientôt, 21 femmes et 21 hommes feront partie du conseil d’administration flambant neuf. Il sera bien vite accompagné d’une nouvelle présidence et vice-présidence. Le ticket, composé d’un homme et d’une femme, devrait être effectif fin du mois, comme on l’explique sur France Inter. Ces personnalités pourraient très bien changer les choses en vue de la prochaine édition des César. Et vu le tollé actuel, gageons que le sujet soit en tout cas soulevé…

Parité

La parité arrive donc petit à petit à tous les échelons de l’organisation. Enfin presque… Car quand on y regarde de plus près, sur les 182 représentants de l’assemblée générale fraîchement élus – répartis en 21 branches professionnelles – on compte 98 hommes. Et le César de la faute est remis aux… fameux "membres historiques". Dans le groupe des 18, seulement deux femmes au compteur. Ce qui explique donc cette "non-parité" quand on compte ces personnalités dans l’ensemble de l’assemblée.

Un reliquat de "l’ancien monde" qui sera peut-être remis en question bientôt quand le pouvoir aura véritablement changé de mains dans la prestigieuse association. Et à ce moment, pour la direction des César, l’occasion de franchir définitivement le Rubicon ?

 

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