Racisme et réseaux sociaux : l'impunité s'est pris les pieds dans la toile

Racisme et réseaux sociaux : l'impunité s'est pris les pieds dans la toile
2 images
Racisme et réseaux sociaux : l'impunité s'est pris les pieds dans la toile - © Tous droits réservés

Les réseaux sociaux, c’est un outil prodigieux qui permet de communiquer instantanément avec le monde entier.

Rien que sur Facebook, 4 milliards 500 millions de contenus sont partagés chaque jour. Mais dans cette masse de publications, on retrouve sans difficulté des messages qui incitent à la haine raciale. Pilier de la démocratie, la liberté d’expression est plus que jamais entachée de dérapages sur les réseaux sociaux.

Déferlement raciste organisé

Parmi les auteurs de ces publications racistes, il y a bien sûr l’internaute isolé. Mais un phénomène prend de plus en plus d’ampleur. Des groupes, voire des communautés, s’organisent pour inonder de messages racistes une cible bien déterminée. Alexandre Leroux, sociologue à l’ULB, étudie leur fonctionnement sur les réseaux sociaux : "On retrouve sur ces réseaux sociaux des communautés ou des groupes de personnes racistes. Et dans ces communautés, on va partager un lien d’une cible. Cela peut être un article, une page, une personnalité. Donc ces personnes vont déferler sur cette page et commenter avec des propos haineux. Et aussi, ces commentaires vont être rendus très visibles par ces mêmes personnes qui vont liker ces commentaires racistes rendant, les propos très présents sur cette page."

Publier ou liker est punissable

La liberté d’expression ne permet pas d’inciter publiquement à la haine raciale. Les auteurs de ce genre de publications peuvent être condamnés à une peine de prison qui peut aller jusqu’à un an ou une amende qui peut atteindre les 8000 euros.

Mais comme nous l’explique Pierre-Yves Thoumsin, avocat en droit des médias et des nouvelles technologies, même participer à la propagation de ces idées est déjà condamnable : "Si le contenu qui se trouve derrière a franchi la ligne rouge, est un contenu abusif. La personne qui partage ou like simplement ce contenu ou qui dit adhérer à ce contenu, peut être condamnée. On retrouve en jurisprudence des décisions qui ont condamné des personnes simplement parce qu’elles avaient liké un contenu qui était inacceptable."

La responsabilité engagée des réseaux sociaux

L’Union européenne met aussi la pression sur les sites qui ne respectent pas sa réglementation. De plus en plus, les géants des réseaux sociaux voient aussi leurs responsabilités engagées. Les plateformes ont dû adopter des mesures sous peine de lourdes sanctions financières. Patrick Charlier, directeur d’Unia, observe et explique l’attitude des réseaux sociaux depuis que la Cour Européenne de Justice a rendu des arrêts qui les obligent à réagir : "Ils se sont rendu compte qu’il y a, pour eux, un risque de continuer à laisser s’exprimer cette haine sur les réseaux sociaux. Et donc, ils ont quand même adopté des mesures. Ils ont aussi engagé du personnel. Des centaines de personnes sont là pour essayer de faire le nettoyage de ce qui se passe sur la toile."

Une certitude, il y a de plus en plus de condamnations en matière de cyber-racisme. Cela dit, les procédures judiciaires prennent du temps, tandis qu’un clic haineux se fait en une seconde. Aujourd’hui, les auteurs de contenu, qui incitent à la haine raciale, doivent comprendre qu’ils risquent gros.

Archives : Journal télévisé du 09/06/2019

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK