"Would you react?", découvrez la chaîne qui dénonce les lâchetés ordinaires

Trois des membes de l'équipe de "Would you react?".
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Trois des membes de l'équipe de "Would you react?". - © Guillaume Guilbert

La dernière vidéo de "Would you react?" sur les agressions dans le métro a déjà été vue plus de 400 000 fois alors qu’elle a été postée il y a seulement deux jours. Mais qui se cache derrière ces expériences sociales? Quelles sont les motivations de ceux qui piègent les gens pour analyser leur réaction face à des situations inacceptables? Rencontre avec trois membres de l’équipe.

Les situations dans lesquelles ils mettent le public dans leurs expériences sociales sont variées. Cela va des dépôts d’immondices au suicide ou au viol dans la rue, en passant par l’abandon d’un animal. A l’aide de caméras cachées, ils filment les réactions des gens face à ces situations jouées par des acteurs. Et il arrive que les réactions ne soient pas très glorieuses pour les passants.  

306 000 abonnés

Créée il y a trois ans, la chaîne Youtube belge "Would you react?" compte aujourd’hui plus de 306 000 abonnés. A la base de ces vidéos, une idée et une question simple: comment pousser les gens à réagir face des comportements inappropriés?

"Je travaillais dans la restauration rapide, et il y avait très souvent des vols de sacs dans le restaurant, raconte Jonathan Lambinet, un des deux fondateurs de "Would you react?". Du coup, je me suis mis à observer les images des caméras de surveillance pour voir comment les voleurs procédaient. Je finissais par reconnaître les voleurs, et j’agissais. Je fermais les portes quand ils rentraient de sorte à ce qu’ils ne puissent pas sortir avec le sac, et on appelait la police. L’idée a donc germé quand je me suis posé la question: comment expliquer aux gens qu’il faut réagir quand il se passe des choses comme cela".

Jonathan s’est donc dit que sa formation en communication pourrait lui servir pour atteindre cet objectif. Avec un de ses collègues qui a suivi des études de marketing, il a décidé de créer "Would you react?".

Sept bénévoles

Aujourd’hui, sept personnes composent l’équipe de "Would you react?". Ils sont étudiants, fonctionnaire public, professeure de musique, agent de gardiennage, militaire,… Ils ont entre 16 et 40 ans, et ne sont donc pas des professionnels de l’image, ni des sociologues ou des journalistes. Ils préparent et tournent les vidéos en dehors de leurs heures de boulot.

Car même si leurs productions comptabilisent des millions de vues, ils ne parviennent pas à en vivre. "On touche un euro toutes les 6000 ou 7000 vues, donc ça ne permet pas du tout d’en vivre, explique Jonathan. J’ai d’ailleurs payé de ma poche le matériel, les costumes, les locations de salles,…". Face au succès des vidéos, l’équipe de "Would you react ?" envisage de lancer des appels aux dons dès l’année prochaine afin de "ne pas perdre d’argent".

On ne va pas changer le monde non plus, mais on peut essayer d’y contribuer

Si ce n’est pas l’argent, qu’est-ce qui motive ces youtubeurs à prendre de leur temps pour tourner ces vidéos? Jonathan, lui, voit cela comme une mission: "au début, tu fais ça pour le plaisir. Mais maintenant, quand je vois les retours, les commentaires, notamment des jeunes, je me dis que je ne pourrais pas arrêter, même si je ne prends plus de plaisir à le faire".

Alexandre qui a intégré l’équipe en contactant Jonathan après avoir découvert ses vidéos, semble également motivé par cette envie d’aider les gens. "Je me souviens qu’un jeune garçon est venu nous parler quand on était en tournage, raconte-t-il. Il nous a raconté que son professeur avait projeté une de nos vidéos en classe, qu’il avait une fois aidé un de ses amis qui avait des problèmes dans la cour de récréation. Quand on entend cela, on se dit que l’on peut peut-être faire quelque chose. On ne va pas changer le monde non plus, mais on peut essayer d’y contribuer".

J’ai tellement été surpris par certaines réactions que je ne m’attends plus à rien

Après avoir tourné plus de 40 vidéos, Jonathan dit ne plus s’attendre à rien en ce qui concerne le comportement des gens. "Maintenant, on est rôdés, assure-t-il. Mais j’ai tellement été surpris par certaines réactions que je ne m’attends plus à rien désormais. Même si, je dois l’avouer, lors du tournage de la dernière vidéo, on a quand même été super surpris en voyant qu’il n’y avait quasiment que des filles qui réagissaient". ….. qui est nouveau dans l’équipe, avoue être encore parfois surpris face à certaines réactions.

Mais pour les membres de l’équipe, il n’est pas question de se décourager lorsque les mauvaises réactions s’enchaînent. " Pour moi, la meilleure vidéo possible, c’est quand il y a les deux réactions, estime Jonathan. Quand les gens ne réagissent pas, c’est parfois aussi choquant et interpellant que quelqu’un qui réagit mal. On essaye d’être le plus fidèle possible à la réalité, et de ne pas diriger les internautes. On photographie, puis les gens font leur débat ".

"Notre objectif, c’est de refléter la réalité au maximum, enchaîne Alexandre. On ne va pas inciter les gens en montrant neuf mauvaises réactions et une bonne réaction, alors que c’était du 50-50 dans la réalité".

Leur apprendre à mieux réagir

Au-delà des constats qu’ils posent dans leurs vidéos, les membres de "Would you react?" donnent des conseils sur les manières opportunes de réagir dans des situations précises. "Je suis absolument persuadé que les gens ne demandent pas mieux que de bien réagir, avance Jonathan. Mais je pense aussi qu’ils se sentent un peu seuls face à certaines situations. Je pense que les gens qui nous suivent savent qu’ils ont 300 000 personnes autour d’eux qui veulent bien réagir aussi. Donc cela les pousse presque à attendre qu’il se passe quelque chose pour pouvoir intervenir". L’équipe de youtubeurs organise également des événements ouverts à tous comme une journée d’initiation au self-défense, ou encore une formation aux gestes de premiers secours.

Côté vidéos, ils estiment avoir encore "75 idées d’expériences sociales à tourner" et se disent "déterminés à faire bouger les choses".