Quand Alexandre Brasseur raconte "Les enfants du Paradis"

Quand Alexandre Brasseur raconte "les enfants du Paradis"
Quand Alexandre Brasseur raconte "les enfants du Paradis" - © Juliette Brasseur

Vous connaissez sans aucun doute "Les enfants du paradis", ce film français devenu film culte au fil des décennies, classé même au patrimoine mondial de l'Unesco. Un chef d'oeuvre tourné entre 1943 et 1945 par Marcel Carné. Avec à l'affiche : Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Marcel Herrand, Pierre Renoir notamment. Le film raconte l'histoire de la belle Garance, du mime Debureau, de l'écrivain-assassin Lacenaire, dans le décor fin XIXe siècle des théâtres du Boulevard du Temple rebaptisé alors "Boulevard du Crime" en raison des pièces qu'on y jouait... C'était le premier long-métrage projeté aux Français à la Libération de 1945. 

Mais attention, pas besoin d'avoir vu le film pour comprendre et apprécier la pièce du jour. Par contre, vous aurez sans doute la furieuse envie de le visionner ou revisionner ! 

Venons-en donc à ce que propose sur les planches le petit-fils de Pierre et fils de Claude, Alexandre Brasseur. L'acteur, que vous avez pu voir au cinéma et en télévision, dans un seul en scène inédit, permet au spectateur d'entrer dans les coulisses de la création du chef d'oeuvre du Septième Art, tourné dans des conditions épiques sous Occupation allemande dans le sud de la France. 

Comment rester libres quand on est occupés?

"La pièce, écrite et mise en scène par Daniel Colas, c'est surtout l'histoire du combat pour la liberté qu'ont mené à bien Jacques Prévert, Marcel Carné, Trauner et Kosma... Jacques Prévert est auteur, poète, anti-militariste et résistant de coeur. Marcel Carné est metteur en scène, homosexuel. Trauner fait les décors, il est juif hongrois. Kosma est compositeur, il est aussi juif hongrois [et on pourrait ajouter Arletty, alors amoureuse d'un officier allemand]. Au début du tournage, on est en 1943 en France, sous l'occupation allemande, verrouillée par la Gestapo et la censure de Vichy. Comment rester libres quand on est occupés? Ça c'est le propos de mon spectacle. C'est ça que je raconte. C'est comment ces hommes qui ont voulu affirmer la suprématie de l'art sur les armes, se sont battus avec leurs propres armes, à savoir un stylo", insiste Alexandre Brasseur, littéralement à l'origine de la pièce.  

Remettre les gens face à la réalité 

Alexandre Brasseur endosse le rôle, les souvenirs de son grand-père Pierre Brasseur. L'action se déroule une dizaine d'années après le film, Pierre Brasseur est dans son salon, en train de peindre avec un modèle et sa pensée s'égare. Il se souvient. Ce qui permet d'entendre débattre, rire, s'inquiéter, se quereller Arletty, Brasseur, Carné, Prévert et les autres. Racontés avec la même pétulance que son grand-père (à relire par exemple dans ses mémoires "Ma vie en vrac"). De quoi dépeindre surtout une époque sombre, tumultueuse, complexe. 

"Entre collaboration, résistance, attentisme, c'est ce qui permet de la visualiser hors des livres d'Histoire. Aujourd'hui quand vous parlez aux gens, tout le monde se verrait résistant, héros. Mais ce que la pièce fait comprendre aussi en remettant les gens face à la réalité, c'est que ce n'est pas aussi facile d'être un héros. Caché derrière mon micro ici à la RTBF, je peux vous dire que j'aurais été résistant... Mais franchement qu'est-ce que j'en sais ? Si d'un coup l'ennemi arrivait chez moi, braquait ma femme, mes enfants, est-ce que je n'irais pas moi aussi dénoncer la famille du 3ème ? Qu'est-ce que j'en sais ? Tant qu'on n'a pas vécu les choses, on ne peut pas savoir. Voilà ce que dit aussi ce spectacle. Entre autres".  De quoi aussi faire réfléchir. 

"Brasseur et les enfants du Paradis", le spectacle d'Alexandre Brasseur est à voir du 12 au 17 décembre (du 12 au 16 à 20h30, le 17 à 15h) au Centre culturel d'Auderghem.

Ecoutez le sujet de notre journaliste Fabien Van Eeckhaut

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