"Qatar Charity": les motivations secrètes d'une organisation humanitaire au double visage

"Qatar Charity": les motivations secrètes d'une organisation humanitaire au double visage
"Qatar Charity": les motivations secrètes d'une organisation humanitaire au double visage - © Tous droits réservés

" Qatar, guerre d’influence sur l’islam d’Europe " ou comment un petit pays de la péninsule arabique inonde l’Europe de millions d’euros via une organisation humanitaire à deux facettes. C’est le documentaire que propose Doc Shot ce soir sur La Une télé.

Qatar Charity est la plus grande organisation humanitaire de l’émirat. Fondée en 1992, elle est présente dans plus de 70 pays à travers le monde. Elle aide les réfugiés et les déshérités victimes de catastrophes naturelles ou de guerres. En 2012, l’ONG a même ouvert une filiale à Londres, un siège inauguré en grande pompe deux ans plus tard dans le quartier chic de Mayfair.

Point de départ : une clé USB bourrée d’informations

Le documentaire diffusé ce jeudi soir est signé Georges Malbrunot et Christian Chesnot, deux journalistes français dont on avait beaucoup parlé à l’époque de leur prise d’otage en Irak. Christian Chesnot a déjà écrit sur le Qatar et sur la manière dont ce petit pays cherche à influencer l’islam en Europe.

Le point de départ de ce documentaire est une simple clé USB, raconte Christian Chesnot : " C’est une clé USB qui nous a été envoyée par un lanceur d’alerte et dans laquelle nous avons été surpris de découvrir des milliers de documents sur le prosélytisme du Qatar en Europe. Avec 140 projets de centres culturels musulmans, de mosquées et d’associations, alors que le Qatar disait jusqu’à présent qu’il ne s’intéressait pas à la religion ".

Le Qatar voulait étendre son influence dans tous les secteurs : le sport, l’éducation, le business et la diplomatie, mais les journalistes ont découvert que sur une décennie — 2007-2017 — le Qatar a dépensé plus de 120 millions d’euros dans des projets dans toute l’Europe. " Ce n’est pas simplement la Belgique, la France ou l’Angleterre, mais c’est l’Ukraine, c’est la Norvège, l’Italie, la Suisse, etc. On a donc été surpris devant l’ampleur et la sophistication des financements et on s’est surtout aperçu que le Qatar s’était un peu branché sur le réseau des Frères musulmans, qui sont très implantés en Europe. "

Le cousinage entre les Frères musulmans et le Qatar

Le but du Qatar est à la foi d’influencer la façon dont l’islam peut se vivre en Europe et renforcer sa propre influence dans le monde arabe analyse Christian Chesnot : " Le Qatar veut exister et s’émanciper de la tutelle de sa grande sœur l’Arabie saoudite. Ce petit émirat est immensément riche. Il faut rappeler qu’il s’agit d’un pays de 300.000 habitants, grand comme la Corse mais qui a des milliards et des milliards de dollars à dépenser. Ils veulent donc exister et se faire connaître dans tous les domaines. Ils ont d’ailleurs obtenu la Coupe du monde. La religion est alors un biais pour finalement peser et influencer. "

Le documentaire présenté ce jeudi soir raconte cette espèce de cousinage entre les Frères musulmans et le Qatar depuis très longtemps. Le pape des Frères musulmans, le Sheikh Qaradawi, est d’ailleurs installé au Qatar.

Ils (les Qataris) voient finalement l’islam en Europe et les musulmans comme un marché

Christian Chesnot, assure que le titre de son documentaire (" guerre d’influence sur l’islam d’Europe ") n’est en rien une figure de style. " C’est une compétition. Je crois que les Qataris sont très opportunistes. Ils voient finalement l’islam en Europe et les musulmans comme un marché. Avant eux, le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite et les Turcs ont eu leur part de marché et eux veulent se tailler une part de marché sur l’islam d’Europe, et donc ils investissent dans des lycées, dans des associations et personnalités comme Tariq Ramadan, qui est financé par le Qatar pour déployer une toile d’influence qui s’étend sur toute l’Europe. "

De l’islamisme mais pas du terrorisme

Pour Christian Chesnot, l’Iraq ne se situe pas dans la stratégie terroriste : " On n’est pas dans le terrorisme, mais clairement dans l’islamisme, dans une conception d’un islam plutôt conservateur, rétrograde, très communautaire. C’est pour ça qu’il faut faire attention, car tous les financements qu’on décrit dans le film sont quasiment légaux, sauf qu’il y a des valises pleines de billets qui sont passées de la Suisse jusqu’en France. Mais tout cela est un peu sous les radars, c’est très sophistiqué et c’est quand même l’idée de construire des communautés. Et au moment où il y a effectivement un débat sur l’islam un peu partout en Europe, ce genre de situation n’est pas forcément apaisant, parce qu’il y a un manque de transparence, une dissimulation et un double langage — et on le raconte bien dans le film — c’est-à-dire qu’on dit des choses en arabe et on dit autre chose en français. "

Et la Belgique dans tout ça ?

Christian Chesnot l’affirme : les pays sont concernés, y compris la Belgique, et l’ONG de Qatar Charity avait deux projets : un à Bruxelles et un à Anvers. " Ils ont donné un million d’euros, il y a eu des bisbilles et Qatar Charity a apparemment repris son argent parce que le Qatar est sous embargo depuis 2017, ce qui les met un peu sous pression. Ils mettent donc la pédale douce sur ces projets. Mais tous les pays sont concernés. Ils ont aussi financé des think tanks ou des associations musulmanes à Bruxelles. On voit donc bien qu’il y a l’idée de concevoir l’Europe comme un continent, une terre de prédication, comme nous l’ont dit nos interlocuteurs, pour l’islam. Mais il se pose des problèmes en termes de valeurs : est-ce l’islam qui s’adapte aux législations européennes ou est-ce l’inverse ? On est là au cœur du débat, à savoir que l’Islam est la deuxième religion d’Europe et on voit bien que sur les financements il y a des failles, il y a des angles morts."

" Qatar, guère d’influence sur l’islam d’Europe ", écrit avec Georges Malbrunot et réalisé par Jérôme Sesquin, à voir ce soir sur La Une télé dans Doc Shot à 22h15.

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