Protection des données: les journalistes réclament une législation plus claire

Le siège des associations de journalistes
Le siège des associations de journalistes - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Les rédactions en chef flamandes, l'association flamande des journalistes (VVJ) tirent la sonnette d'alarme sur la nouvelle législation relative à la protection des données. Le législateur belge est en train d'implémenter le Règlement général (européen) sur la protection des données (RGPD) mais ne prévoirait pas d'exemptions ou de dérogations suffisantes pour que les journalistes puissent travailler de manière optimale. Dans une lettre ouverte, 33 rédacteurs en chefs flamands et le président et secrétaire de la VVJ, appellent le gouvernement à modifier rapidement la législation belge.

"En ces temps digitaux, il est important que les citoyens et leurs données personnelles soient mieux protégés contre ceux qui traitent et gardent ces dernières. Mais, cela ne doit pas se faire au détriment des rédactions et des journalistes. Pour eux, le traitement et la gestion de l'information est leur métier de base et cela dans le but d'informer le public", lit-on dans la lettre.

Les instances européennes qui ont elles-mêmes élaboré le RGPD sont bien conscientes de la tension qui existe entre la protection des données et la liberté d'information et de la presse. Selon elles, la protection de la vie privée doit s'accorder avec la liberté d'expression et d'information.

Le gouvernement belge permet des écarts pour les journalistes mais de manière peu claire. "Les rédactions et journalistes sont exempts de certaines obligations. Mais, ces exemptions sont souvent liées à plusieurs conditions qui créeront certainement une incertitude juridique et laisseront la porte ouverte à des plaintes inappropriées de politiques, de personnages publics et citoyens contre des journalistes", explique-t-on encore.

Régime des Pays-Bas

"L'Association des journalistes professionnels (AJP) suit le dossier de près depuis quelques mois. Il y a dans celui-ci quelques dérogations pour les journalistes qui sont insuffisantes. Nous voulons le même régime qu'aux Pays-Bas et rien d'autre", souligne Martine Simonis, secrétaire nationale de l'AGJPB (Association générale des journalistes professionnels de Belgique) et secrétaire générale de l'AJP.

Les Pays-Bas, la France, l'Autriche et l'Irlande prévoient plus d'exceptions pour le travail journalistique dans le cadre de l'implémentation du RGPD. "Nous voulons ce type de régime. Par ailleurs, beaucoup de médias néerlandophones travaillent avec les Pays-Bas et/ou y sont implantés. Il est impensable pour eux de fonctionner avec deux systèmes", explique encore Martine Simonis.

Philippe De Backer rappelle les critiques du Conseil d'Etat

Le gouvernement a déjà tenu compte des préoccupations exprimées par les associations de journalistes dans l'application des nouvelles règles européennes en matière de protection des données, a expliqué lundi le secrétaire d'Etat à la Protection de la vie privée, Philippe De Backer. Le Conseil d'Etat et la Commission de la Protection de la vie privée ont toutefois émis des objections sur les exceptions prévues pour la presse. Une concertation est en cours.

"Je défends et je défendrai toujours la liberté de la presse. En première lecture de la loi-cadre, nous avons prévu des exceptions qui permettront aux journalistes de faire leur travail", a souligné Philippe De Backer.

Mais selon la Commission de protection de la vie privée et le Conseil d'Etat, ces exceptions vont parfois trop loin. "La Commission ne voit pas de raison pour accepter beaucoup d'exceptions pour les journalistes", a ajouté le secrétaire d'Etat.

"Cette semaine, nous nous concerterons à nouveau. Je regrette la communication d'aujourd'hui parce que nous sommes toujours en discussion", a-t-il conclu.

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