Prism: "Il y a des autoroutes de l'information, il faut mettre des règles"

Jean-Marc Dinant, invité de Matin Première
Jean-Marc Dinant, invité de Matin Première - © RTBF

Depuis que le jeune Edward Snowden a fait des révélations début juin sur le programme de surveillance américain de l’internet et des télécommunications, Prism, le monde est en ébullition. Sommes-nous tous surveillés ? Jean-Marc Dinant, expert en informatique et protection de la vie privée et Françoise Castex, eurodéputée française étaient les invités de Matin Première ce matin.

Jean-Marc Dinant tient d’abord à rappeler qu’il n’y a rien de neuf. "C’est une grande hypocrisie. Ça fait des années que les Etats espionnent leurs citoyens et ceux des autres Etats".

Et de rappeler le rapport sur le réseau Echelon en 2001. "Il y avait une station en Angleterre, 1800 personnes travaillaient là-bas. Et tout le trafic satellitaire était capté et exporté par fibre optique sous-marine aux Etats-Unis".

Mais pour lui, ce qui choque tellement, c’est qu’ "on a toujours eu une connaissance approximative de ce qu’on pouvait faire, mais Edward Snowden a révélé ce qu’on fait en réalité. Le problème ce n’est pas que les services secrets fassent des écoutes, on s’en réjouit pour la sécurité, mais c’est surtout les garde-fous qui sont mis en place".

Le gouvernement américain n'a pas besoin de la collaboration de Google

Les géants du net, Google, Facebook, ont souvent été pointés du doigt pour leur gestion de la vie privée de leurs utilisateurs. Ont-ils fourni des données aux services secrets ? Pour Jean-Marc Dinant, ce n’est même pas nécessaire. "Ce que je ferais si j’étais les services secrets américains, avec le budget qu’ils ont, c’est simplement capter la fibre optique sous-marine qui sort de l’Océan atlantique. Je ne crois pas qu’ils ont besoin de complicités à l’intérieur de ces sociétés".

Et de poursuivre : "Le gros problème c’est que toutes nos données personnelles sont chez des géants de l’internet, Facebook, Google, dont les serveurs sont en Amérique. Quand vous tapez sur votre clavier, il y a quelques photons qui traversent l’Atlantique, qui émergent de l’autre côté, qui sont traités et qui vous reviennent en quelques millièmes de secondes. Les données personnelles de l’internet sont essentiellement concentrées aux Etats-Unis sans que les Européens puissent avoir un contrôle un peu sérieux".

"Circulez, y a rien à voir"

Justement, un contrôle, c’est ce que l’eurodéputée française Françoise Castex demande. Mais sans grand succès. "La Commission européenne a eu une réunion avec les responsables fédéraux américains et tout le monde est reparti bras dessus bras dessous. Nous ne savons pas ce qui a été dit. Le message qui nous a été renvoyé c’est ‘Circulez, y a rien à voir. Dormez en paix, c’est pour votre sécurité’".

Pour Jean-Marc Dinant, c’est plus compliqué que cela. "Il n’y en a pas de contrôle.. En Belgique, il y a le comité R, aux USA, il n’y a rien".

Françoise Castex dénonce l’hypocrisie de tout cela. "Nous sommes en train de réviser la législation de la protection des données personnelles, qui s’appliquera aux Etats membres. La chambre de commerce américaine a fait un énorme lobbying pour que les données ne soient pas trop protégées. Et on se rend compte qu’elles étaient quand même collectées à notre insu…"

"Une grosse épuisette pour de petits poissons"

Mais, comme Barack Obama l’a souligné à Berlin, tout cela n’est-il pas fait pour la sécurité de tous ? Françoise Castex n’y croit pas. "Ce sont des histoires vieilles comme le monde. Mais cela se fait dans le respect de certaines règles. Je ne vois pas pourquoi on s’en affranchirait. Nous sommes passés à une surveillance de masse. On utilise une très grosse épuisette pour pêcher des petits poissons".

Mais, alors, comment se protéger ? Faut-il couper internet ? "On attend depuis des années une intervention du politique qui a une influence technique sur la manière dont internet est architecturé. Par exemple, par rapport à Google, il y a des méta moteurs de recherche, il y a Ixquick aux Pays-Bas, qui vous masquent par rapport à Google, mais le problème c’est que tout ça reste confidentiel aux avertis. L’homme de la rue est incapable de se protéger", explique Jean-Marc Dinant.

Avant de conclure dans un appel aux pouvoirs publics : "Il y a des autoroutes de l’information, il est temps de mettre des règles".

J.C.

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK