Présidentielle française: toutes les techniques pour influencer le cours de la campagne sur les réseaux sociaux

Certains militants multiplient les faux comptes sur les réseaux sociaux, ici sur Twitter.
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Certains militants multiplient les faux comptes sur les réseaux sociaux, ici sur Twitter. - © Tous droits réservés

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle en France, il est temps de faire le bilan sur toutes les opérations de déstabilisation auxquelles nous avons pu assister. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a été particulièrement servi.

1. Les rendez-vous pilotés

Particulièrement adoptées par les réseaux proches du Front national, les opérations pilotées ont été très utilisées en début de campagne. Citons notamment. #FaitesLeBonChoix, #FaridFillon, #DemasquonsMacron, #FillonGate

Le principe ? La fachosphère convient d’un jour et d’une heure précise. Ils s’activent à environ 1800 personnes pour tweeter un mot-clef défini au préalable, le tout piloté sur la plateforme "Discord" ou via des groupes sur Twitter.

Objectif : atteindre les tendances Twitter pour obtenir la visibilité qui l’accompagne.

La technique fut cependant moins utilisée en fin de campagne en raison d’un essoufflement de leurs troupes et surtout un effet de nouveauté amoindri pour les journalistes qui n’ont plus consacré d’articles à ces soubresauts.

2. Les faux sondages

Ce fut l’objet de ma dernière chronique. Après les fake news, nous avons découvert tout un prisme de faux sondages. Pas plus tard qu’hier, un compte officieux de Mélenchon partageait un obscur sondage venant d’Autriche. Or, Bifie n’existe pas comme institut de sondage, mais comme une organisation qui étudie l’éducation en Autriche.

Sondages altérés, faux instituts de sondage, startup exploitant les ressources du Big Data avec la complicité de certains médias, la campagne a vraiment été marquée par l’exploitation de faux sondages qui ont pour but de jouer sur le "bandwagon effect", soit la tendance qu’ont les personnes à faire preuve de mimétisme.

3. Le dopage numérique à coup de personnes venant du Pakistan et du Bangladesh

J’ai eu l’honneur de croiser sur mes pérégrinations numériques un certain Philippe Platteau. 110 000 followers, 2000 retweets à chacun de ses tweets : tous faux. Il s’est en réalité offert le service de supports numériques achetés dans les pays du tiers monde. Le but ? Influencer les résultats obtenus via le big data, et par cela les études à base de réseaux sociaux. Plus d’informations ici.

4. Les insiders qui se révèlent utiles en fin de campagne

On croyait la manœuvre uniquement mise en place au sein du FBI. Pourtant, la technique de l’infiltration fut utilisée durant la campagne par les supporters du Front National.

Le principe ? La fachosphère a créé des comptes de support au candidat Macron. Le but était de capitaliser un certain nombre de fans d’En Marche. Ils vont ensuite à servir à certains comptes de la fachosphère de montrer qu’ils changent de bords et que c’est la bérézina du côté du candidat centriste :

La manœuvre pouvait sembler parfaite. Manque de pot, le compte Macron 2017 illustré dans les captures d’écran avait liké toute une série de comptes du Front National.

Le crime était presque parfait.

5. Le faux, le faux, et l’industrialisation du faux

Et puis il y a des cas d’une autre dimension. Une dimension bien au-delà de tout ce qui a été observé jusqu’à présent. Deux cas qui ont touché presque le même candidat : Emmanuel Macron.

Premièrement avec une rumeur qui à l’origine belge puisque des faux comptes ont utilisé une copie du site Le Soir via le nom de domaine LeSoir.info. Ce site reprenait tous les codes et tous les articles du Soir. Tout était pareil à une seule exception : un article qui attestait que l’Arabie Saoudite figurait parmi les donateurs de la campagne d’Emmanuel Macron. 3 semaines avant que l’article ne fasse véritablement le buzz, 4 comptes ont propagé l’article :

Tous sont faux à l’exception du dernier qui est un compte provenant d’Iran. Ils ne l’ont pas fait par les voies normales. Ils ont envoyé l’article à des médias ainsi qu’à des comptes qui n’aimaient pas particulièrement Emmanuel Macron.

Cela n’a dans un premier temps pas pris jusqu’à ce que l’article vive une seconde vie grâce à une reprise au sein de la patriosphère qui fera que Marion Maréchal Le Pen s’en fera l’écho lançant une grosse visibilité autour de l’article :

Cliquez sur le GIF ci-dessous pour le voir en entier

Ce week-end, une deuxième opération a eu lieu. Une personne ou un groupe a créé une soixantaine de comptes durant la nuit.

Ces comptes ont servi à propager un article comparant Macron à Cahuzac, en utilisant les blogs de Mediapart. Ceux-ci respectent la même charte graphique les articles originaux. L’initiative avait pour but de faire croire qu’il s’agissait d’une enquête de Mediapart. Ces comptes utilisaient l’outil Tweetdeck pour se retweeter de façon rapide dans le but d’être trending topic. Cet outil permet en effet de publier un même contenu via différents comptes au même moment. L’ensemble de la propagation et l’explication tient en une animation.

Cliquez sur le GIF ci-dessous pour le voir en entier

Faux sondages, faux comptes, faux articles, fausses influences, faux comptes de support et opérations déclenchées et pilotées. L’élection ne fut pas celle des réseaux sociaux comme facteur de victoire et de propagation d’idées de campagne. Elle fut surtout celle de tous les coups bas. Celle où les militants ont plus passé leur temps à crier des arguments contre leurs opposants politiques qu’à crier leur propre programme. L’idéal des réseaux sociaux comme des propagateurs d’idées en a pris un coup au passage.

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