EI: "Prendre parti contre ces barbares", le directeur de France 24 dérape

"Prendre parti contre ces barbares" de l'"EI": dérapage du directeur de France 24?
"Prendre parti contre ces barbares" de l'"EI": dérapage du directeur de France 24? - © Tous droits réservés

Le directeur de France 24, Marc Saikali, a appelé sa rédaction cette semaine à "prendre ouvertement parti contre ces barbares" du groupe terroriste Etat islamique. "Pour une fois, il y a les gentils et les méchants", écrit-il dans un email qui doit définir la ligne éditoriale de la chaîne de télévision internationale française. Benoît Grevisse, professeur de déontologie journalistique à l'UCL, explique que cette "prise de position" enfreint clairement les règles enseignées aux étudiants dès la première année. "C'est une faute extrêmement grave", dit-il en soulignant les conséquences qu'une telle déclaration peut avoir sur l'opinion publique.

"Je ne veux plus voir un seul crétin qui justifierait les actions de ces sauvages sous prétexte politique sunnite/chiite". L'email du directeur de France 24 ne laisse aucun doute sur ses intentions: il enjoint clairement les membres de sa rédaction à être partiaux quand il s'agit de parler du groupe de jihadistes sunnites ultra-radicaux en Syrie et en Irak.

Mais la prise de parti est aux antipodes des règles de base de traitement de l'information que l'on enseigne dès la première année aux étudiants en journalisme, a aussitôt rappelé la Société des journalistes de RFI, la radio appartenant au même organisme public (France Médias Monde) que France 24.

Responsabilité journalistique

Pour Benoît Grevisse, Marc Saikali commet "une faute extrêmement grave""En journalisme, la nuance est une règle fondamentale", dit-il en expliquant que cette notion demande au journaliste de prendre conscience de sa position d'occidental quand il parle, par exemple, du groupe "Etat islamique". "Les représentations étant engagées, il est justement nécessaire de rappeler le contexte politique irakien ou syrien, et la différence entre chiisme et sunnisme", explique le professeur de déontologie journalistique à l'UCL.

C'est en vertu de l'"intérêt public", que "toutes les clés de compréhension doivent être données", continue-t-il en ajoutant que "les conséquences de ce qu'on fait en tant que journaliste peuvent bien entendu être très graves".

Le "devoir" de "la voix de la France" est-il de "lutter contre eux, tout le temps"?

Dans le mail que le directeur de France 24 a adressé à sa rédaction, celui-ci annonce qu'il sera "intransigeant au moindre dérapage": "Notre devoir est de lutter contre eux (les jihadistes du groupe Etat islamique, NDLR). Tout le temps. Avec au moins 43 millions de téléspectateurs, nous avons une responsabilité immense."

Or, si France 24, l'un des premiers réseaux d'information dans le monde surnommé aussi la "voix de la France", développe un discours radical, "cela peut entraîner une radicalisation de l'opinion", prévient Benoît Grevisse.

Le professeur UCL évoque "un discours tellement excessif qu'il va être immédiatement recadré". Surtout quant il s'agit de tels médias très écoutés, "vus comme une voix légitime dans beaucoup de pays", dit-il en estimant qu'"il ne s'agit probablement pas d'une stratégie volontaire", mais plutôt de "maladresse".

Les directions des chaînes de France Médias Monde ont en effet très vite publié un communiqué interne dans lequel elles réaffirment leur attachement "aux principes de base journalistiques": Ses rédactions, écrivent-elles, "exposent les faits, les décryptent et les analysent sans parti pris et en veillant avec une extrême vigilance à ne pas être l’objet de manipulations".

Germain Renier @g_renier

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