Première interview de Loup Bureau depuis sa libération: "J'ai eu peur jusque dans l'avion du retour"

Première interview pour Loup Bureau, le journaliste français détenu 51 jours en Turquie, accusé de terrorisme, et finalement libéré le 15 septembre, grâce notamment à la pression internationale sur le pouvoir turc.

Le jeune homme de 27 ans est revenu sur les raisons de sa détention sur France Inter, au micro de Sonia Devillers dans l'Instant M, après avoir passé quelques jours au calme. "J'avais besoin de passer quelques jours avec mes proches, pour me reposer, et prendre conscience de ce qui s’est passé ici en mon absence", explique-t-il.

Ils ont eu accès à mon profil Facebook, sans aucune règle de confidentialité

Loup Bureau revient sur le moment où il s'est fait arrêté. "Je suis passé à la frontière kurdo-irakienne et j’ai été contrôlé, car il était très tard, il faisait nuit. Cela commence par un contrôle des visas, et comme j’en ai beaucoup dans mon passeport, je pense que c’est ça qui a intrigué au départ. Mais rapidement, ça s’est emballé, car ils ont eu accès à mon profil Facebook, à mes photos. Ils ont accès directement à tout mon profil, il n’y a plus de règles de confidentialité."

"On était dans un endroit très particulier, où il n’y a pas beaucoup d’étrangers qui passent, dans une région en guerre, donc forcément qu’il y a un contrôle assidu. Je pense que mon profil a intrigué, plus une série de malchances, qui ont fait qu’à un moment donné ils décident de pousser un peu plus l’investigation et tombent sur mes reportages, notamment en Syrie."

Un procès de 15 minutes

Loup Bureau, pour les besoins d’un reportage réalisé lorsqu’il avait 22 ans, a côtoyé des combattants kurdes du YPG, un mouvement considéré comme organisation terroriste par la Turquie depuis 2014. "Pour eux, un journaliste qui va dans cette zone-là est directement considéré comme un terroriste. D’ailleurs, les journalistes turques n’y vont pas, ils utilisent des images d’archives ou fournies par YPG."

Après l’interrogatoire, Loup Bureau est relâché, puis emmené à la station de bus de la ville. "Je pense alors que je l’ai échappée belle, à ce moment-là. Je prends un billet pour Istanbul, mais les policiers reviennent en me disant qu’ils ont encore quelques questions à me poser. Je comprends alors que c’est parti pour durer."

Le journaliste est ensuite emmené à Sirnak, là où se trouve la préfecture de la région. "Là, je ne sais pas ce qui va se passer. Dès que j’y arrive je suis menotté, je suis placé dans une garde à vue assez brutale, où j’ai été très peu nourri. J’ai réussi à dormir, c’était la seule chose que je pouvais faire. J’ai été dans une cellule de quelques mètres carrés durant 6 jours, j’ai demandé à appeler le consulat tous les jours, ce qui m’a été refusé. Je n’ai pas pu contacter ma famille non plus. Mais je continuais à garder espoir, vu qu’on était encore au stade de la garde à vue."

"Au bout de ces six jours, on m’emmène devant un juge pour mon procès, qui est assez rapide – 15 minutes – où l’on me dit que je suis arrêté, mais sans me dire pourquoi. Je perds pied dans les jours qui suivent mon incarcération. Je n’ai pas de contact avec le consulat ni avec ma famille. Je ne parle pas turc, la communication est très compliquée. C’est l’incertitude, l’angoisse qui arrivent."

La lecture m’a aidé à tenir le coup

Les conditions de détention étaient moins difficiles qu'en garde à vue. "Tous les 15 jours, j’ai droit à un appel de 10 minutes avec ma famille. Je pouvais aller au parloir pour discuter avec mon avocat. Un parloir qui est surveillé et enregistré, donc l’avocat local ne pouvait pas me dire tout ce qu’il voulait."

"Les conditions de détention physique étaient meilleures, je suis bien nourri, j’ai ce qu’il faut en termes de produits de nécessité, dans une cellule de 40 mètres carrés, où je suis seul. La lecture m’a aidé à tenir le coup, grâce aux livres qui sont arrivés avec la première délégation française."

"J’ai été averti de ma libération lors d’une audience de 10 minutes, où mon avocat n’a quasiment pas fait de plaidoyer. J’ai dû revenir en prison, menotté, reprendre mes affaires, donc j’ai encore eu très peur. J’ai véritablement été soulagé lorsque j’ai été dans l’avion."

Ecoutez l'interview de Loup Bureau en intégralité

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