Polémique Netflix à Cannes: "Le problème est plus profond pour le Festival"

Deux films produits par Netflix et qui ne seront jamais diffusés dans les salles obscures, le producteur réservant l’exclusivité de la diffusion à sa plateforme de streaming, créent déjà la polémique au festival de Cannes, avant même que celui-ci n’ait débuté.

A quelques heures de prendre la route pour Cannes, Hugues Dayez était l’invité de François Heureux dans Jour Première. Il rappelait à cette occasion que "le contrat du Festival de Cannes, c’est qu’il faut trouver une sélection de films d’auteur en provenance du monde entier. Ici, il y en a 19 en compétition et la chasse aux films d’auteur est de plus en plus difficile. (…) Là où le bât blesse, c’est pour trouver des films américains".

Hollywood ne joue quasi plus le jeu des grands festivals

Notre chroniqueur cinéma s’explique : "Hollywood ne joue quasi plus le jeu des grands festivals parce que l’économie hollywoodienne aujourd’hui est centrée sur des films ultra commerciaux, c’est-à-dire des sequels (des ‘suites’, ndlr), des franchises (donc des séries), des films de super héros, des remakes, des films très richement dotés, qui ont une sortie mondiale instantanée, et le jeu des festivals ne les intéresse plus parce qu’ils n’ont absolument rien à y gagner, à part souvent une presse un peu dédaigneuse qui dit ‘qu’est-ce que ce film vient faire ici?’".

Et parmi les circuits de production alternatifs aujourd’hui, il y a évidemment Netflix, avec un film, qui est moitié américain moitié coréen, Okja, et un film spécifiquement new-yorkais de Noah Baumbach avec Ben Stiller et plein de stars américaines au générique. Le festival ne peut pas se faire l’économie d’avoir la montée sur le tapis rouge de stars comme justement Ben Stiller ou Tilda Swinton qui est au générique de Okja. Donc à la base, c’est ce raisonnement-là qui a présidé. Le problème est qu’effectivement Netflix n’a pas voulu changer ses règles du jeu et Netflix considère que ses films sont d’abord des têtes de gondole pour sa plateforme.

Et cette position énerve énormément de monde dans le microcosme du cinéma, à commencer par les exploitants de salle.

Le vrai problème se chuchote: "La France apparaît comme un pays pas sûr, avec les attentats"

Une polémique à suivre, en sachant que les règles du festival 2018 ont déjà changé. "Pour l’année prochaine, il y a une obligation de sortie en salles", précise Hugues Dayez.

Mais cette polémique cache un problème plus fondamental selon Hugues Dayez, celui de l’image de la France et des craintes liées au terrorisme.

Selon lui, "le problème aujourd’hui est beaucoup plus pour le Festival de Cannes parce qu’il y a un autre problème, qui n’est absolument pas dit, qui se chuchote simplement sous le manteau, c’est qu’à l’international, la France apparaît comme un pays en guerre, avec les attentats sur les Champs-Élysées il y a trois semaines, avec l’attentat de Nice qui est resté dans toutes les mémoires, beaucoup de gros studios, de gros producteurs américains se disent ‘nous offrons une cible beaucoup trop voyante’, beaucoup trop visible pour le terrorisme et la France n’est pas un pays sûr aujourd’hui pour déménager avec armes et bagages dans un grand Festival. Donc je pense que derrière les fastes du 70e anniversaire de Cannes, il y a quand même un gros problème de programmation et comment tenir pendant 12 jours avec suffisamment de cartes glamour, c’est le vrai défi du festival aujourd’hui".
 

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