Pokémon Go: un chasseur sachant chasser est un bon consommateur

À la fois application sociale, jeu d’extérieur et machine à fric, Pokémon go est partout, y compris dans les lieux les plus incongrus. Après à peine un mois d'existence, il compte autant d'adeptes que de détracteurs. Et cela ne fait apparemment que commencer.

Pour ceux qui reviennent de Mars, Pokémon Go est une application pour smartphone basée sur la réalité augmentée. Concrètement, vous installez l’appli gratuite, vous allumez la caméra de votre téléphone, vous balayez le paysage et surgissent à l'écran de petites créatures (Pokémon) qu’il faut attraper.

Commence alors la chasse aux petits monstres qui peuvent être partout : dans la rue, un parc, une gare, dans un immeuble. Ensuite, il faut trouver les PokéStops, des lieux de rencontre où obtenir des d'objets comme des œufs qui donneront naissance à un Pokémon ou encore des potions. Les dresseurs peuvent s'affronter entre eux dans des arènes. Le but final est de tous les collectionner. Et le moins que l’on puisse dire, c'est que ça fonctionne. Rien qu’aux USA, on compterait 25 millions d’utilisateurs actifs.

Un jeu pas vraiment comme les d’autres

Il existe d’autres jeux de réalité augmentée comme Ingress qui a d’ailleurs été développé par la même société, Niantic, qui est à l’origine de Pokemon go. Mais la principale originalité de la nouvelle nouvelle appli est qu’elle impose de se déplacer physiquement. L’engouement vient de cette fusion entre le numérique et le monde réel.

Quelques jours après le lancement du jeu, un Américain twittait ce message édifiant: "Avec Pokémon Go, j’ai déjà marché 48 km". Sur les réseaux sociaux de nombreux dresseurs de pokémon se plaignent d’ailleurs de courbatures, et autres douleurs aux genoux. Sans le dire, Pokemon go est donc bien une application de fitness qui refuse de dire son nom. Et à lire les tweets et les post sur Linkedin, c’est aussi un très bon moyen d’entretenir les relations entre les parents et leurs enfants. Ne serait-ce que lorsque les seconds expliquent aux premiers les règles du jeu.

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Qui a dit que Pokémon Go n'était pas un jeu social? © Mike Coppola - AFP

Bande de tricheurs

Évidemment, il y a les tricheurs. On trouve sur le net des cartes mentionnant tous les endroits où dénicher les Pokémon, Pokéstops, etc. Pire encore, comme l’activité physique est requise pour gravir les échelons, certains ont réussi à leurrer le GPS en faisant croire que l’avatar se déplace alors que son maître se prélasse dans un canapé.

Les plus imaginatifs ont placé leur téléphone sur un drone, d’autres l’ont attaché à leur vélo ou au collier de leur chien mais aussi à la platine d’un tourne-disque et même aux pales d’un ventilateur pour le faire tourner en permanence. Ce qui permet de se faire passer pour un marathonien sans bouger. Attention, il paraît que les développeurs peuvent déceler les marcheurs capables de parcourir 7000 km en trois minutes.

Même à Auschvitz et dans les cimetières militaires

Depuis quelques jours, on ne dénombre plus les excès nés de la quête du Pikachu. Des "joueurs" ont tenté de pénétrer dans des domaines militaires pour attraper un animal, des accidents de voiture ont été filmés par la police, des rassemblements intempestifs sur un Pokéstop ont nécessité l’intervention des forces de l'ordre, et une rue d’Anvers a même été fermée par la police à cause de l’arrivée de centaines d’individus invités dans une rue commerçante.

Sur le net circulent des photos de lieux transformés en porcheries après une réunion dans un Pokéstop (un lieu de rassemblement). Samedi dernier à Lille, Rihanna a déclaré, devant 30 000 spectateurs venus l'écouter, "Je ne veux pas vous voir attraper de Pokémon!". Et ce vendredi encore, deux frères qui chassaient les Pokémon dans le centre de Charleroi ont été agressés par un marginal armé d’une petite hache.

La limite du sordide a été atteinte par la présence de 136 Pokémons dans l’enceinte du mémorial d'Auschwitz-Birkenau. Ce qui a entraîné une réaction immédiate des responsables du mémorial auprès de Nintendo. La commission des sépultures de guerre du Commonwealth qui gère près de 1,7 million de tombes dans le monde a dû, elle aussi, demander aux visiteurs de ses cimetières militaires de ne pas jouer à Pokémon Go parmi les tombes.

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Samedi dernier à Lille, Rihanna a déclaré, devant 30 000 spectateurs venus l'écouter, "Je ne veux pas vous voir attraper de Pokémon!" © Tous droits réservés

Quel avenir pour Pokémon Go?

John Hanke, PDG de Niantic qui a lancé le projet, sait déjà de quoi l’avenir sera fait. D’abord, le nombre des créatures va augmenter, de 151 espèces aujourd’hui, à plusieurs centaines. S’ajoutera notamment le Pokémon de la septième génération qui paraîtra en novembre 2016 : Magearna. On les verra arriver dans les mois et les années qui viennent, anticipe Niantic.

Le jeu va aussi devenir plus social. Comme le Pokemon Go chat. Conçu par Razer, un fabricant de périphérique pour PC. Cette messagerie en temps réel permet aux joueurs de chater en fonction de leur proximité, par exemple dans un rayon de 5 voire 100 km.

On nous promet qu'il devrait bientôt être possible d’échanger des créatures avec d’autres joueurs, une sorte de Panini virtuel. Des gadgets matériels font aussi leur apparition. Ce sera le cas du Pokémon Plus, un bracelet qui vous prévient lorsqu’une créature est à proximité. Ce mouchard à Pokémon devait sortir en septembre, pour un prix avoisinant 35 dollars.

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Pokémon Go plus: un accessoire pour traquer les Pokémon. © Tous droits réservés

Une machine à fric?

Car bien sûr, Pokémon Go a pour vocation de rapporter de l’argent. Cette "IAP" (In-App Purchases) permet aux joueurs d’acheter des créatures, des accessoires ou des pouvoirs.

Cela ne représente que quelques pour cent des joueurs (pas plus de 3% estiment les spécialistes), mais une semaine après son lancement, Pokémon Go comptait déjà 75 millions de téléchargements.

La plus grosse source de revenus viendra pourtant de la "géolocalisation sponsorisée". De grandes enseignes de supermarché invitent déjà les joueurs à venir chasser les Pokémon dans leurs magasins, avec des bons d’achat ou des remises à la clé. Alors que le commerce en ligne concurrence le commerce physique, certains voient dans Pokémon Go le moyen de faire revenir les clients dans les échoppes. Désormais, les restaurants, les commerces pourront payer pour apparaître sur la carte des joueurs et les accueillir dans des Pokéstop. Une pizzeria de New York assure avoir augmenté ses ventes de 75% après avoir payé pour attirer les créatures Pokémon.

Et enfin, il y a les effets commerciaux indirects. Le phénomène Pokémon Go a entraîné l’explosion des ventes d’un petit accessoire mobile: les powerbank, ces batteries externes conçues pour recharger un smartphone anémié par la 4G, le capteur GPS et l’appareil photo allumés en permanence.

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La preuve que le principal handicap du jeu... c'est l'autonomie des batteries. © Tous droits réservés

Quel dresseur de Pokémon êtes-vous ?

Tous les joueurs de Pokémon Go n’ont pas le même profil. Un spécialiste en marketing a dressé les différents types de dresseurs de monstres.

Si vous avez téléchargé l’appli dès les premiers jours de juillet et avez atteint le niveau 20 du jeu, l’"Early adopter" que vous êtes est déjà addict, mais peu rentable pour les développeurs du jeu, car vous n’achetez rien sur le site de l’appli.

Si vous avez atteint le même niveau 20 et jouez sans cesse, vous êtes un Hard Core Player, un accro. Il vous arrive d’acheter en ligne l’un ou l’autre pouvoir ou accessoire sur le site, mais sans excès. Vous comptez plutôt sur vos propres compétences de chasseur.

Entre les niveaux 5 et 20 vous êtes un Casual players (un joueur régulier). Vous y jouez plusieurs fois par semaine et continuerez à le faire. Vous êtes le profil préféré des patrons de Niantic, car c’est vous qui mettez le plus souvent la main à la poche pour avancer dans le jeu.

Enfin, si vous avez chargé l’appli et attrapé quelques Pokémon, un peu par hasard, vous êtes un "Hype player", un joueur opportuniste qui veut simplement pouvoir briller en société en parlant (souvent en mal, sinon c’est moins drôle) du nouveau jeu à la mode. Le "Hype Player" est le cauchemar des développeurs du jeu, car ce joueur opportuniste ne dépense pas un euro, occupe de l’espace sur les serveurs informatiques. Et surtout, il dénigre le jeu auprès des casual players qui sont la vache à lait du système. Bref, le joueur opportuniste est néfaste pour les business plan de Pokemon Go. Comme aurait dit Audiard, "c’est un féroce, un malfaisant, un nuisible".

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