Photos pédopornographiques sur Snapchat: non, les clichés partagés ne "disparaissent" pas

Photos pédopornographiques sur Snapchat: non, les clichés partagés ne "disparaissent" pas
Photos pédopornographiques sur Snapchat: non, les clichés partagés ne "disparaissent" pas - © Tous droits réservés

Ce mardi, une enquête a été ouverte à Verviers sur une affaire de possession et de diffusion d'images à caractère pédopornographique. Un dossier qui concerne une vingtaine d'adolescentes, toutes âgées d'une quinzaine d'années et dont des photos dénudées ont été partagées largement sur la Toile. Les trois personnes interpellées dans le cadre de l'enquête sont eux-mêmes des adolescents mineurs.

Les photos avaient été partagées par les adolescentes elles-mêmes avec leur petit ami sur Snapchat. Cette application est censée permettre de partager des messages et photos éphémères. Le destinataire qui reçoit une photo sur Snapchat n'a en effet que quelques secondes pour la consulter. Le cliché disparaît ensuite. En tout cas, il disparaît du compte Snapchat du récepteur. Mais pas des méandres d'internet pour autant. Et c’est là tout le problème de ce réseau social, souligne un commissaire de la Computer Crime Unit (CCU).

La photo en question est d’abord envoyée sur un serveur où il est possible de la consulter même longtemps après

"Le problème, c’est de faire comprendre à la génération qui utilise Snapchat (principalement les adolescents et les jeunes adultes, ndlr) que ce réseau social n’est pas seulement ce qu’il prétend être", soulève en effet Olivier Bogaert. "Toute la communication de Snapchat se fait sur la base que l’utilisateur partage un contenu qui va disparaître rapidement. Mais ce n’est pas comme si une photo n’était partagée que de téléphone à téléphone et de manière temporaire. Non, la photo en question est d’abord envoyée sur un serveur où il est possible de la consulter même longtemps après le partage, c’est ça la réalité des choses", alerte le commissaire de la CCU.

Ce dernier nous apprend qu'il existe de nombreux moyens de parvenir sur la banque de photos d'un compte Snapchat, de façon licite (lorsqu'il s'agit de son propre compte) ou non (lors de cas de piratage ou d'usurpation de compte). Des moyens accessibles facilement et pratiquement au tout venant.

Modérer la ‘culture du selfie’

Dès lors, le policier martèle la nécessité de la prévention et de l’éducation des jeunes utilisateurs.

"Il faut faire passer le message, communiquer au niveau des écoles, des éducateurs et tout faire en sorte pour combler le problème de ‘différence générationnelle’ qui fait que les mises en garde des adultes ne sont pas toujours prises au sérieux par les adolescents", exhorte Olivier Bogaert.

En attendant, le moyen le plus efficace pour s'assurer que jamais une photo compromettante ou simplement gênante ne sera jamais diffusée contre son gré est simplement de... ne pas la partager soi-même. "Il faut modérer la ‘culture du selfie’ et mettre en évidence qu’on se construit tout au long de sa vie en ligne une ‘identité numérique’ qui peut avoir des conséquences sur nos existences encore des années plus tard", poursuit Olivier Bogaert.

Des peines jusqu'à 15 ans de prison

Voilà pour ce qui est de la prévention. Pour ce qui est de la répression cette fois, la législation belge contre la diffusion non autorisée de photos et autre matériel audiovisuel s’est étoffée récemment. Et comme semble l'illustrer le cas verviétois évoqué en début d’article, les magistrats ne se privent pas de mettre ces textes à profit.

Selon la nouvelle loi contre le voyeurisme en effet, se rend coupable de voyeurisme "quiconque aura observé ou fait observer une personne ou en aura réalisé ou fait réaliser un enregistrement visuel ou audio, directement ou par un moyen technique ou autre, sans l'autorisation de cette personne ou à son insu, alors que celle-ci était dénudée ou se livrait à une activité sexuelle explicite, et alors qu'elle se trouvait dans des circonstances où elle pouvait raisonnablement considérer qu'il ne serait pas porté atteinte à sa vie privée".

Un texte qui recouvre donc les cas constatés à Verviers par exemple. La peine de prison prévue en cas de condamnation varie de 6 mois à 5 ans. Elle peut même être plus lourde si la victime est mineure.

"Si les faits ont été commis sur la personne ou à l'aide de la personne d'un mineur ‘de plus de seize ans accomplis’, le coupable subira la réclusion de cinq ans à dix ans". Et si le mineur est âgé de moins de seize ans, là, la peine de prison peut atteindre jusque quinze ans.

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