Paul Auster, l’homme qui brûle : nous l’avons rencontré chez lui, à Brooklyn

La rue est en légère pente, à quelques centaines de mètres seulement de Prospect Park, véritable poumon vert de Brooklyn. Les maisons en brique rouge et leurs escaliers de pierre en façade s’alignent avec élégance. C’est ici que vit Paul Auster. En plein cœur de ses romans finalement. Puisque son œuvre est indissociable de New York et plus particulièrement de son quartier de Park Slope. Il nous a donné rendez-vous chez lui. Pour évoquer cinquante années de carrière, mais aussi son dernier livre : "Burning Boy : vie et œuvre de Stephen Crane".

"Désolé, je n’ai pas eu le temps de me raser." Les cheveux tirés en arrière, le regard intense, il nous invite à nous installer autour de la grande table en acajou du salon. "Comment ça va en Belgique ? La dernière fois que j’y suis allé, vous n’aviez plus de gouvernement. Quel étrange pays vous habitez. Et c’est un Américain qui vous dit ça !" Il rit.

C’est en 1982 que Paul Auster publie son premier livre, "L’invention de la solitude". Un texte inspiré par la mort de son père. "C’était tellement soudain. Inattendu. Il n’avait que soixante-six ans." Le succès est au rendez-vous. Aux États-Unis, bien sûr, mais aussi dans le monde francophone qui adopte aussitôt son écriture. Une histoire d’amour qui ne faiblira jamais. "Je ne sais pas pourquoi j’ai un tel succès dans le monde francophone. Je ne me l’explique pas." Les livres vont alors s’enchaîner : la trilogie new-yorkaise, Le voyage d’Anna Blume, Moon Palace, La musique du hasard ("Le livre le plus politique que j’aie jamais écrit"), Leviathan, Mr Vertigo, Le conte de Noël d’Auggie Wren, La nuit de l’oracle. Ou plus récemment 1,2,3,4.

Pour (re) découvrir l’œuvre de Paul Auster, il faut absolument voir les deux films co-réalisés avec Wayne Wang : Smoke et Brooklyn Boogie.

En près de vingt romans, Paul Auster s’est imposé comme un formidable raconteur d’histoires. Ses obsessions récurrentes : la perte, l’errance, le pouvoir de l’argent, le rapport au père, l’écriture comme façon d’être au monde, la solitude. "Je suis un auteur à obsessions multiples." Entre les lignes, son œuvre nous pousse avant tout à l’aventure et à l’action. "C’est vrai, la vie est fragile. Tout peut basculer à tout moment. Le hasard arrive, c’est un fait. Mais, c’est à toi d’agir et d’inventer la vie que tu désires."

Rieur, tragique, inquiet, Paul Auster nous a parlé sans tabou. De ses livres bien sûr. Mais aussi de la sagesse qui n’arrive pas. Et du diable de l’écriture qui ne lui laisse aucun répit.

Rencontre

Jérôme Colin : Vous écrivez depuis plus d’un demi-siècle. Les artistes ont des obsessions. Quelle est celle sur laquelle vous travaillez depuis toutes ces années ?

Paul Auster : Je suis un auteur à obsessions multiples. Dès qu’il m’arrive quelque chose dans la vie, je développe une nouvelle obsession. Comme écrivain, j’ai écrit dans plusieurs formes : des poèmes, des essais, des traductions, des scénarios, des romans. J’ai même écrit plusieurs pièces quand j’étais jeune, heureusement oubliées. Chaque discipline demande une autre facette de l’écriture, mais toute forme d’écriture me fascine. L’acte d’écrire est pour moi une façon de se connecter au monde autour de moi.

L’acte d’écrire est pour moi une façon de se connecter au monde autour de moi

J. C. : Quand on écrit, est-ce qu’on existe au monde de manière différente ? Est-ce que le fait d’écrire vous a poussé à une vie plus intense qu’elle n’aurait été sans l’écriture ?

P. A. : C’est une bonne question. Et je vais vous répondre à travers une anecdote. J’ai un très fort souvenir du premier poème que j’ai écrit. J’avais neuf ans, c’était un samedi matin. C’était la première belle journée de printemps. J’étais libre et d’une humeur très joyeuse. Je suis sorti de chez moi pour faire une promenade vers le petit village où j’habitais dans le New Jersey. J’ai traversé un parc public et j’étais interloqué par les oiseaux qui revenaient du sud à cette saison. Le ciel brillait et j’ai eu envie d’écrire un poème…

J’ai acheté un crayon et un carnet et je suis retourné dans le parc. Je me suis assis sur l’herbe et j’ai écrit un poème, peut-être mauvais et stupide. Mais, ce que j’ai éprouvé ce jour-là, c’est que le processus d’écriture a déclenché chez moi quelque chose où je me sentais plus proche et plus connecté aux choses autour de moi. C’était une expérience nouvelle et étonnante. Comme la révélation que j’étais une partie du monde, que le monde était attaché à moi et moi au monde. Ce sentiment était si fort que depuis, je recherche cela. C’est bizarre, parce que quand on écrit on est seul, forcément. Mais en fait, on est moins seul que d’habitude.

Le hasard est une partie du fonctionnement du monde

J. C. : Vous êtes l’auteur du hasard… Mais surtout de notre libre arbitre, nous devons agir, et inventer notre vie, pas d’excuse…

P. A. : Je ne suis pas obsédé par le hasard, mais je veux insister sur le fait que le hasard est une partie du fonctionnement du monde, c’est une réalité. L’imprévu existe, il est toujours là. Il existe. Les choses arrivent comme ça, sans raison parfois. Si on est conscient de cela, alors, on peut s’adapter plus vite aux circonstances que les autres qui sont plus rigides.

Par exemple, cette crise que l’on vit avec la pandémie, cela n’a pas du tout été un choc pour moi. Je savais qu’un jour, cela allait arriver. Beaucoup de gens que je connais étaient agacés et furieux, comme si c’était une insulte qu’on leur faisait, mais non, il faut simplement s’adapter aux circonstances. Il y a des choses bien pires que cela, par exemple les guerres qui du jour au lendemain vont obliger les populations à vivre différemment.

Ecrire n’a pas allégé ma peine

J. C. : On dit qu’à tout problème, il y a une solution. Si on est mal dans sa peau, on pourrait croire que créer, exorciser, sortir ça de soi pourrait nous guérir. Quant à vous, écrire ne vous a pas guéri de votre mélancolie ?

P. A. : Non, l’art n’est pas une thérapie. Il y a des moments ou le fait de travailler soulage un peu parce qu’on oublie les problèmes en étant occupé. Mais après, rien ne change. Le premier texte de prose que j’ai publié, c’était "L’invention de la solitude" en 1982. Ça a été déclenché par l’annonce soudaine de la mort de mon père à 66 ans. C’était très choquant, parce qu’il n’avait jamais été malade. Je croyais que, peut-être, l’acte d’écrire à son sujet pouvait soulager ma douleur et parfois pendant les heures de travail, c’était le cas. Mais dès que j’avais terminé le texte, c’était comme si je ne l’avais pas fait.

Les mots n’ont pas changé la réalité. C’est intéressant… On ressent beaucoup d’émotions quand on écrit. Il y a des hauts et des bas. À certains moments on est très heureux parce qu’on a réussi à écrire ce paragraphe. Et parfois, c’est le contraire, on est dégoûté… Trois jours pour écrire le même petit paragraphe.

J. C. : Vous disiez : "Écrire n’a pas allégé ma peine". Notamment par rapport à la mort de votre papa. Du coup, dans la vie, qu’est-ce qui allège vos peines ?

P. A. : Ce sont des choses tout à fait personnelles. C’est l’amour et surtout l’amour au sein de ma famille. L’amour que je porte à ma femme (la romancière Siri Hustvedt) et l’amour qu’elle me porte. Celui que j’ai pour notre fille Sophie aussi. Et pour son mari. Être avec ces trois personnes me soulage énormément. Ça me donne de la joie. J’ai beaucoup de chance de les avoir à mes côtés. Car beaucoup de gens n’ont pas ça. Cette vie familiale si nourrissante.

Burning Boy : vie et œuvre de Stephen Crane

Nous n’avons pas fait le voyage jusqu’à New York uniquement pour aborder la carrière de Paul Auster. C’était aussi l’occasion de parler de son nouveau livre : Burning Boy – Vie et œuvre de Stephen Crane (Actes Sud).

Une biographie de plus de 900 pages qui se lit comme un roman. On y découvre la vie de cet écrivain au parcours hors-norme mort trop jeune (28 ans), mais aussi son œuvre. Paul Auster dit ne pas avoir approché cette biographie en tant que spécialiste. Mais en tant que "vieil écrivain empli d’admiration pour le génie d’un jeune écrivain".

C’est l’homme qui a ouvert la porte vers l’avenir

Stephen Crane était un écrivain de la fin du 19e siècle. "Il a vécu pendant cinq moins dans le 20e siècle et puis il est mort", précise Paul Auster. Malgré sa courte vie, le jeune homme a été très prolifique et a écrit des poèmes, des nouvelles et des romans. Il a aussi été journaliste et correspondant de guerre. "Je crois qu’il a été le premier écrivain moderniste aux États-Unis. C’est l’homme qui a ouvert la porte vers l’avenir. Il a eu une énorme influence sur des écrivains comme : Ernest Hemingway, William Faulkner, Francis Scott Key Fitzgerald, etc. Tous les grands du 20e siècle".

Stephen Crane était le plus jeune des 14 enfants de la famille (9 ont survécu). Son père était pasteur méthodiste, mais lui a renoncé à la religion. Ce choix ne l’a pas empêché d’adorer ses parents.

À l’âge de 15-16 ans, le jeune Crane a commencé à écrire surtout comme journaliste. Il n’a étudié qu’un an à l’université avant de partir pour New York en 1891 pour s’y établir comme écrivain, il avait alors 19 ans. "1891, c’est aussi l’année de la mort du poète français Arthur Rimbaud et du romancier et poète Herman Melville", précise Paul Auster.

Le premier roman de Stephen Crane est "Maggie : A Girl of the Streets (fille des rues)". Ce petit livre était comme une "bombe", explique Auster qui précise que le livre est l’un des premiers aux États-Unis à parler des bas-fonds de New York et de la pauvreté. Le tout avec beaucoup d’honnêteté et sans juger : "Dans un langage électrique, avec des métaphores étourdissantes et une énergie inouïe". Notons qu’il ne trouva pas d’éditeur. Pour le publier, il dut imprimer le livre à ses frais. Ce fut un échec total. "Je crois qu’il a vendu 3 exemplaires."

C’est si radical, si différent des livres de guerres qui avaient été écrits que ça a changé la littérature

Son deuxième roman : The Red Badge of Courage (L'Insigne rouge du courage) est un livre sur la guerre de Sécession raconté à travers l’histoire d’un jeune soldat. "Ce livre est une révolution dans la narration", nous dit Paul Auster. Étonnamment, il écrit ce livre sans jamais nommer cette guerre ou les raisons qui l’ont provoquée. Il ne cite jamais le mot "esclavage" ni même le nom du président des États-Unis de l’époque, Abraham Lincoln. "C’est simplement l’histoire d’un jeune soldat de 16 ou 17 ans et de ses peurs. C’est si radical, si différent des romans de guerres qui avaient été écrits que ça a changé la littérature". Ce livre a eu un énorme succès et fit de Stephen Crane, alors âgé de 24 ou 25 ans, un homme célèbre.

Après un naufrage, alors qu’il tente de rejoindre Cuba, cette mésaventure "a déclenché une de ses nouvelles les plus sublimes" : The Open Boat and Other Tales of Adventure (Le bateau dérivant…).

Stephen Crane va décéder à l’âge de 28 ans. Il laisse derrière lui une œuvre énorme. "Il a publié plus de 3000 pages dans sa petite vie. Ce n’est pas compréhensible pour moi", explique l’auteur de la Trilogie new-yorkaise. "C’est toute une carrière en 8 ans !".

Jérôme Colin : Qu’est-ce que vous appelez le labyrinthe du langage dans ce livre ? Vous, entre 20 et 28 ans, là où Crane va écrire l’essentiel de son œuvre, vous faisiez quoi ?

Paul Auster : À 28 ans j’avais peut-être publié deux ou trois petits livres de poèmes, des traductions de poèmes et des essais.

J. C. : Mais qu’est-ce qu’il vous manquait que lui eût compris plus tôt ?

P. A. : J’écrivais beaucoup de prose et de fiction, mais je n’étais jamais satisfait. […] C’était très frustrant. J’imaginais que je n’étais pas doué pour écrire des romans et j’ai renoncé à 23 ou 24 ans. Ce n’est que vers 31 ans, lors de la mort de mon père, ce décès a déclenché le désir d’écrire en prose et ça a évolué vers le premier roman : “L’invention de la solitude”. C’est un chemin tout à fait différent, beaucoup plus traditionnel.

"Mais je l’aime / Car c’est amer, / Et c’est mon cœur."

L’auteur dont nous parle Paul Auster a aussi écrit des poèmes. Retenons celui proposé ci-dessous. Paul Auster avait 15 ans quand il le lut pour la première fois. Poème qui le bouleverse encore aujourd’hui.

Dans le désert,
Je vis une créature, nue, bestiale,
Qui, accroupie au sol,
Tenait son cœur dans ses mains
Et en mangeait.
Je lui dit : "Est-ce bon, l’ami ?"
"C’est amer, bien amer", répondit-il,
"Mais je l’aime
Car c’est amer,
Et c’est mon cœur."

P. A. : C’est un poème comme nul autre poème.

J. C. : Comment avez-vous pu être ému par ce poème à l’âge de 15 ans ?

P. A. : On est si attaché à notre malheur que malgré tout, on ne veut pas le laisser. Ça, c’est profond. Ses poèmes sont comme ça, très étranges. […] Il avait un double don qui m’impressionne beaucoup. Il avait des yeux qui voyaient plus que la plupart de l’humanité et la capacité de traduire ces perceptions en langage vivant. Dans le même temps, il avait la capacité d’entrer dans les pensées et la tête de ses personnages et suivre les chemins, souvent très bizarres, de la pensée interne, la conscience. C’est pour ça que c’est aussi moderne.

Si la carrière de Stephen Crane mérite qu’on s’y intéresse, sa vie n’en est pas moins aussi intense. Nous n’en dirons pas plus et vous renvoyons vers le nouveau livre de Paul Auster : Burning Boy – Vie et œuvre de Stephen Crane (Actes Sud).

Lors de cet entretien, Paul Auster ne cache pas que son objectif en publiant ce livre est de, quelque part, réhabiliter cet auteur un peu oublié auprès du grand public (il est encore étudié dans les universités américaines). "Mon but avec ce livre est d’inspirer une nouvelle génération de lecteurs à lire Crane. Voilà simplement mon objectif."

Je crois qu’on n’a qu’une chance. Alors, c’est précieux.

J. C. : Vous avez remarqué, dans la vie, on se lasse assez vite de beaucoup de choses ? Et puis il y a des êtres qui entrent dans notre vie, dont on ne se lasse absolument jamais. C’est comme une magie formidable.

P. A. : Oui, c’est de la chance. Et puis, il faut dire que je suis assez âgé maintenant (il a 74 ans) et je crois que, bizarrement, je suis plus heureux maintenant que je ne l’ai été quand j’étais plus jeune. Chaque jour, et je ne veux pas paraître trop sentimental, mais c’est vrai, j’apprécie de plus en plus les petites choses. Tout ce que j’étais incapable d’apprécier dans le passé : un rayon de soleil dans le jardin, le chant d’un oiseau. Cela me procure à présent de grands plaisirs. Parce que je sais que, bientôt, je vais devoir sortir de scène… Et je me dis que cet amour-là dans ma famille et ce petit rayon de soleil dans le jardin sont bien plus importants que les livres que j’ai écrits.

Aujourd’hui, je peux enfin me dire que le fait d’exister est quelque chose d’extraordinaire. On ne fait pas le choix de naître. On ne choisit pas non plus sa famille, son pays ni sa religion. On est jetés dans un monde qu’on n’a pas choisi, mais on s’adapte. Et puis, un jour, on meurt (il rit). C’est drôle ! Je sais qu’il y a des gens qui croient en la vie éternelle ou la réincarnation, mais pas moi. Moi, je crois qu’on n’a qu’une chance. Alors, c’est précieux.

J. C. : Le choix qu’on a, c’est de consciemment s’émerveiller du fait d’être en vie.

P. A. : Oui. Mais je sais, par ailleurs, qu’il y a des millions de gens, qui vivent dans une misère à ce point écrasante, qu’il est impossible de s’émerveiller. Et cela me rend triste. Chaque jour un peu plus. C’est pourquoi, de plus en plus, je veux lutter contre l’injustice. Faire de petites choses pour tenter d’améliorer la vie des gens. Lutter contre le pouvoir arbitraire, les forces de l’argent qui oppressent les plus faibles. Je crois qu’en tant qu’êtres humains, nous avons des obligations. Notamment celle de se sentir concerné par l’injustice autour de nous.

La liberté sans responsabilité n’est pas la liberté

J. C. : Nous ne sommes pas très loin de la statue de la Liberté qui a joué un rôle dans vos romans (notamment dans Leviathan où le héros décide de faire sauter des reproductions de la statue). Le terme liberté est important. Pour vous, c’est quoi être libre ?

P. A. : C’est très compliqué. On vit actuellement aux États-Unis une période étrange. Ce mot est utilisé de plusieurs façons par des personnes différentes. En anglais on dit : " freedom ". " Liberté ", c’est presque la même chose. […] La liberté de faire quoi ? Un grand pourcentage d’Américains pense que " liberté " veut dire que je peux faire ce que je veux et je m’en fous des autres. Je crois que cette interprétation de la liberté est très dangereuse et peut vraiment détruire les sociétés.

Par exemple, pendant la pandémie, il y a un grand nombre d’Américains qui refusent d’être vaccinés. Leur excuse pour justifier ce choix est de dire que c’est un choix personnel, c’est ma liberté de dire non. Mais ce n’est pas vrai. Tout comme on n’est pas libre, par exemple, de jeter nos poubelles dans le jardin du voisin parce qu’on vit avec les autres. On vit dans une société et je crois que cette idée de liberté nous donne aussi des responsabilités. La liberté sans responsabilité n’est pas la liberté. Il y a cette division dans la société américaine. Nous sommes ensemble dans une société, on a des responsabilités envers les autres, surtout les autres qui sont malades, pauvres et incapables de vivre.

L’art c’est offrir des cadeaux aux gens

Jérôme Colin : Est-ce que vous avez peur d’être oublié ?

Paul Auster : Ça ne m’inquiète pas parce que : qui sait ce qui va durer ? De toute façon, je serai mort. Alors ça m’est égal.

J. C. : Il y en a pour qui ça n’est pas égal et veulent s’inscrire dans la vie à venir ?

P. A. : Quelle histoire ? Peut-être que dans 50 ans, l’humanité va se détruire dans notre stupidité envers la crise du climat. Les livres seront alors tout à fait oubliés. Ceux qui resteront seront presque des sauvages. On arrive vite à cette étape. Alors, j’écris pour maintenant, par nécessité personnelle. Je trouve que faire de l’art c’est offrir des cadeaux aux gens.

J. C. : J’imagine que la question vous a été posée des milliers de fois… Quand des jeunes viennent vous voir et vous disent : j’ai envie d’écrire. Qu’est-ce que vous leur dites ?

P. A. : J’essaye d’encourager les jeunes. Mais parfois, je plaisante aussi et je leur dis : ne le fais pas. C’est trop dur (rire). C’est trop angoissant et vous allez mener une vie très solitaire et très pauvre. Il faut accepter tout cela. Si vous voulez, allez-y, mais ce n’est pas facile.

Si ce conseil peut décourager quelqu’un, alors cette personne n’est pas faite pour être écrivain. Mais si la jeune personne dit : "Non, ça m’est égal. Je veux, je dois faire ça". Alors, je dis bonne chance.

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