Participer aux recherches en mer de chez soi: désormais possible

L’initiative revient à quatre étudiants de l’université de Californie à San Diego. Ensemble, Shay Har-Noy, Luke Barrington, Nate Ricklin and Albert Yu Min Lin ont travaillé à un projet de recherche qu’ils ont appelé "le gros œil", "tomnod" en langue mongole. Leur application a ensuite été acquise par la société DigitalGlobe. Le principe : Tomnod est un service en ligne qui propose à des volontaires de travailler bénévolement, selon leur rythme, à l’examen de photos satellites. Cette analyse est destinée à améliorer la connaissance du globe et à contribuer à résoudre des problèmes divers.

Concrètement, le participant se voit proposer à l’écran, pour examen, un polygone qui est en fait un fragment de territoire entouré d’un trait de couleur dans une image plus grande, réalisée par satellite. Le rôle du bénévole est d’examiner ce polygone et d’y marquer les objets à rechercher. Les consignes changent selon le type de recherche à effectuer. Afin de ne pas fausser les données, le participant doit traiter uniquement le polygone, et ne répondre que pour celui-ci. Par exemple s’il doit rechercher des forêts ou bouquets d’arbres et qu’il en voit ailleurs dans l’image, mais pas dans le polygone en cours d’examen, il faut répondre "non".

Une fois le polygone examiné, on passe au suivant. L’ensemble des images analysées par les volontaires est ensuite réexaminé par un algorithme pour suite à donner.

Le polygone peut être de forme et de taille très variée. Il entoure à chaque fois un accident du relief, une ombre, une forme non identifiée, un rocher, une vague, bref des formes que l’ordinateur a repérées mais que seul l’œil humain peut interpréter correctement.

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Sur cette image, la petite zone (polygone) à examiner ne contient pas de constructions humaines, mais en bas à gauche de l'image, on en distingue une (du moins en plein écran sur le site Tomnod). © Tomnod

Jusqu'à 2 300 000 participants aux recherches

Si l’on consulte le site pour l’instant, Tomnod demande en page d’accueil de repérer des villages africains reculés afin d’aider les services médicaux à trouver les populations. Précédemment, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés a fait appel à Tomnod pour localiser les camps de réfugiés en Somalie. En mars 2014, Tomnod a fait appel au public pour examiner inlassablement des fragments de surface de l’océan, à la recherche de l’épave du vol 370 de la Malaysia Airlines. Deux millions trois cent mille internautes se sont attelés à cette tâche.

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Exemples de nasses à poissons illégales à rechercher dans les eaux du Golfe Persique, sans scaphandre, mais confortablement installé chez soi. © Tomnod

Si vous avez du mal à vous endormir et cherchez à vous rendre utile, vous pouvez actuellement contribuer à

- repérer routes, villages inondés, destructions et véhicules noyés en Thaïlande et en Malaysie (250 000 personnes évacuées)

- rechercher des taches d’huile, radeaux de sauvetage, débris du vol Air Asia QZ 8501 en mer de Java

- repérer des incendies de forêts en cours et des zones calcinées à Sumatra

- repérer des destructions de bâtiments, routes et ponts suite au passage du typhon Hagupit aux Philippines

- épingler les bâtiments endommagés par le tremblement de terre à Nagano (Japon) survenu le 22 novembre 2014

- rechercher l’épave d’un hélicoptère porté disparu avec 12 personnes à bord dans l’est de la Russie

- signaler des nasses de pêche illégales dans le Golfe persique.

Et si vous avez perdu quelque chose (d’important…), vous pouvez également faire une demande à Tomnod pour lancer une recherche.

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Après chaque réponse, Tomnod propose un nouveau secteur géographique à examiner. © Tomnod

Des questions éthiques

Reste à voir si le système ne risque pas un jour d’être détourné de son objet : si l’on contribue à repérer des villages reculés, est-ce bien pour y envoyer des équipes médicales ou des commandos militaires ? Et en tant que profane, comment savoir si l’on a repéré une cabane de bergers ou un camp d’entraînement de terroristes ? Se pose aussi la question du rôle que l’on joue en aidant Tomnod à détecter des nasses à poissons illégales : contribue-t-on à protéger l’avenir en dénonçant la surpêche et la cupidité ? Ou à réprimer des populations qui n’ont peut-être plus que ce moyen de se nourrir.

L’initiative, les développements possibles et la technique employée sont certes fascinants, mais ils demandent au minimum de poser quelques questions éthiques : quelle est la limite entre d’une part la surveillance et la dénonciation, et d’autre part la collaboration et l’assistance aux secours et à la recherche scientifique ?

Patrick Bartholomé

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