Parallèle Daech/FN? Ce qui a vraiment été dit chez Jean-Jacques Bourdin

Parallèle entre djihadisme et extrême droite: ce que Gilles Kepel a vraiment dit
Parallèle entre djihadisme et extrême droite: ce que Gilles Kepel a vraiment dit - © Tous droits réservés

Ce mercredi matin, Marine Le Pen, candidate revendiquée à la plus haute fonction de l'État français, a quelque peu perdu son sang-froid.

La raison de l'ire de la présidente du Front National ? Un parallèle, effectué entre le FN et l'organisation djihadiste État islamique et erronément attribué au journaliste de RMC Jean-Jacques Bourdin (c'est en fait le politologue Gilles Kepel qui en est l'auteur).

Pour la candidate déchue à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, il s'agit là d'un "dérapage inacceptable". Et d'une raison de lancer sur les réseaux sociaux des clichés choquants des terribles exactions (décapitations, otages brûlés vifs,...) commises par les combattants de Daech.

Dans ce contexte, le Front National s'est fendu du tweet suivant : "Électeurs du FN, Jean-Jacques Bourdin vient de vous comparer à Daech. Dites ce que vous en pensez à RMC".

Un message qui semble, au mieux, issu d'une incompréhension de la véritable affirmation faite par le politologue et spécialiste de l'islam Gilles Kepel.

En fait, l'analyse de Gilles Kepel est celle d'une aliénation par rapport aux institutions de la République française, qui mène au rejet de ses valeurs (que tant l'islamisme radical que l'extrême droite remettent en cause).

"Alors ce n'est bien sûr pas la même chose", commence l'expert

"Dans votre livre vous faites le lien entre le djihadisme français et la poussée du Front National", a lancé ce mercredi matin Jean-Jacques Bourdin au politologue qui était son invité dans la matinale de RMC.

"Oui effectivement. Alors ce n'est bien sûr pas la même chose", a alors commencé l'expert, indiquant bien qu'il ne s'agit pas là de mettre sur le même pied l'un et l'autre. "Mais ce sont deux phénomènes 'congruents', comme on dit en sociologie, deux phénomènes qui se ressemblent parce que, dans les deux, on se trouve dans une société dont l'inclusion est de plus en plus faible", précise-t-il.

"Quand on est jeune aujourd'hui dans les quartiers défavorisés des banlieues populaires, la perspective d’avoir un emploi, le fait que l'école ait donné des savoirs qui permettent d'avoir un emploi, est de plus en plus faible. Et à partir du moment où vous avez le sentiment que ce que vous apprenez ne vous sert à rien, d'une certaine façon les valeurs que porte l'école – la laïcité, la nation, la république... – sont jetées avec l'eau du bain par ceux qui sont marginalisés", explique-t-il à propos du processus de radicalisation djihadiste. "Et dans le cas de l'extrême droite, vous avez un phénomène qui n'est pas complètement différent et qui touche d'autres personnes."

C'est donc bien dans un premier temps les processus de radicalisation qui sont mis en parallèle.

Casser le tissu social français, jusqu'à la guerre

Un peu plus tard, Jean-Jacques Bourdin revient sur ce parallèle : "Je vais revenir sur les liens entre Daech et le Front National, enfin les liens… pas les liens directs entre Daech et le FN, mais ce repli identitaire qui finalement est une communauté d’esprit, parce que l’idée, pour Daech, c’est de pousser la société française au repli identitaire ?", interroge-t-il.

"Oui, la casser en deux, pour faire d'un côté des espèces d'enclaves où il n'y aurait que des musulmans qui s'identifieraient aux radicaux parce qu'ils ont été persécutés et de l'autre, des identitaires qui rejettent l'immigration, qui rejettent l'islam, etc. Et qui cassent le tissu social français" jusqu'à "se faire la guerre", répond Gilles Kepel.

Tant le journaliste vedette de RMC que l'auteur d'essais à succès Gilles Kepel l'ont d'ailleurs clairement expliqué a posteriori suite aux interpellations de Marine Le Pen. Ils ont également répondu en direct à des électeurs du FN désireux d'explications complémentaires.

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