"On ne peut pas faire des journalistes des espèces de sous-citoyens"

"On ne peut pas faire des journalistes des espèces de sous-citoyens"
"On ne peut pas faire des journalistes des espèces de sous-citoyens" - © Tous droits réservés

Jean-François Dumont de l'Association des journalistes professionnels (AJP) était l'invité de Matin Première ce mardi pour réagir au départ d'Olivier Maroy (journaliste RTBF) au MR, un départ qui fait beaucoup de bruit. Pour lui, il s'agit seulement d'"un journaliste qui change de métier et d'engagement" et il ne faut pas jeter le discrédit pour autant.

Beaucoup de foin pour rien ? C'est un peu le sentiment de Jean-François Dumont qui se dit un peu choqué par la chronique écrite ce lundi par notre collègue Johanne Montay : "Dire qu'un journaliste parce qu'il a, un moment, fait le choix d’être candidat (c'est-à-dire de passer du côté du terrain politique actif), que cela jetterait la suspicion légitime sur tout ce que ce journaliste a fait avant, c’est un raisonnement que je ne peux pas suivre. Est-ce que cela veut dire que les journalistes qui ne sont pas candidats au long de leur carrière à une élection politique, eux, n’ont pas de conviction ? N’ont pas de grille d’analyse ? N’ont pas de paramètres qui conditionnent aussi leur façon de penser ? Ce serait une fiction évidemment !".

"Une interruption du contrat tacite"

Le secrétaire-général adjoint de l'AJP préfère parler d'"une interruption du contrat tacite entre le journaliste et son public" : "Ce contrat tacite disait : 'Moi, journaliste, je ne roule pour personne'. Et puis soudain, on voit un journaliste qui dit : 'Dorénavant je vais rouler pour quelqu’un'. Mais cette interruption de contrat tacite ne vaut que pour le futur. Cela n'engage pas, a posteriori, le passé. C’est un journaliste qui change de métier et d'engagement. Est-ce que cela veut dire pour autant que tout ce qu’il a fait jusqu’avant voulait dire que secrètement il roulait pour un parti ?".

La question s'est posée pour Jean-Claude Defossé, dit-il, "je pense que le raisonnement était injuste". "Mais il y a un malaise et ce malaise, il faut peut-être en tenir compte".

Une fois parti, peut-il redevenir journaliste ?

A cette question, Jean-François Dumont explique qu'il existe "plusieurs paramètres pour réfléchir" : "Il y a ce que dit le droit. Dans le secteur privé, n’importe quel citoyen peut se présenter, il prend un congé politique, et puis il revient effectivement dans son emploi privé. Il y a des modalités prévues pour cela".

Du côté des médias, c'est beaucoup moins précis, dit-il, et la RTBF est sans doute "la maison où les règles sont les plus élaborées, les plus définies". En presse écrite, par contre, "il y a bien, quelques médias qui ont une convention interne ou des règles, mais le principe du retour, jusqu'à présent, a peu été mis en cause". Il rappelle d'ailleurs que pour ce type de presse, il y avait le principe du "on part, on ne revient pas". "Chez RTL-TVI, on a décrété que cela était incompatible. Et même si c’est encore une fois un droit d’exercer ce mandat, le journaliste à RTL sait qu’il doit présenter sa démission".

Mais dans les faits, on voit que les retours y sont possibles aussi.

"On ne peut pas faire des journalistes des espèces de sous-citoyens"

Quant à savoir s'il faut remettre en question ce retour au sein de la RTBF comme le préconise son directeur de l'information Jean-Pierre Jacqmin dans La Libre de ce mardi, il répond que "la question n'est pas simple à régler car on ne peut pas faire des journalistes des espèces de sous-citoyens qui, parce qu’ils ont choisi le journalisme, seraient privés d’un droit que par ailleurs tous les autres citoyens peuvent exercer".

Mais il précise, "la question du retour se pose par rapport à cette notion d’indépendance journalistique, mais aussi d’apparence d’indépendance".

En d'autres termes, même si à son retour de la politique le journaliste est irréprochable, au minimum, il doit être retiré des informations sensibles car on ne peut empêcher la suspicion de la part des téléspectateurs. Car "quand il revient d’un mandat politique, il ne peut pas non plus prêter le flanc ou donner aux auditeurs et aux téléspectateurs des moyens de suspicion", explique Jean-François Dumont qui précise que cette apparence d’indépendance est "vraiment une notion déontologique internationale".

En attendant, pour lui, un retour "reste possible si au retour on est effectivement mis dans un service d'un média qui nous permette de faire notre métier sans être exposé, sans rompre cette exigence d’apparence qui s’impose".

Et de conclure : "Dire que le journaliste n’est pas un citoyen comme les autres est un peu choquant. C’est simplement un citoyen comme les autres, mais dont le métier implique des responsabilités, des droits et des devoirs. La difficulté c’est de combiner ces différentes notions".

 

C. Biourge

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