Nucléaire et climat: à Berlin, Obama fait des propositions et des promesses

Barack Obama lors de son discours ce mercredi à Berlin
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Barack Obama lors de son discours ce mercredi à Berlin - © ODD ANDERSEN

Dans son discours face à la porte de Brandebourg, le président américain a proposé la Russie à réduire d'un tiers ses armes nucléaires. Barack Obama a aussi promis que les Etats-Unis "feront plus" contre le changement climatique et mis en garde les Européens contre une "génération perdue" de chômeurs. Il a par ailleurs tenté de rassurer sur "Prism" en affirmant que les services américains ne "fouinent" pas dans les mails privés. Sur la Syrie, il est resté prudent quant à la nouvelle aide américaine aux insurgés.

50 ans presque jour pour jour après le célèbre "Ich bin ein Berliner" de John F. Kennedy, Barack Obama s'est exprimé ce mercredi après-midi devant la porte de Brandebourg, au coeur de Berlin.

"Nous savons que nous devons faire plus et nous ferons plus", a déclaré Barack Obama, dans son discours en plein air au cœur de la capitale allemande. "Notre génération doit avancer vers un pacte mondial pour lutter contre le changement climatique avant qu'il ne soit trop tard". "La paix et la justice, cela veut dire refuser de condamner nos enfants à (vivre sur) une planète moins hospitalière", a-t-il expliqué. "L'effort contre le changement climatique nécessite une action courageuse", a-t-il poursuivi, soulignant le leadership de l'Allemagne et de l'Europe dans ce domaine.

Ne rien faire contre le changement climatique aurait des conséquences pour toutes les nations, a-t-il souligné, évoquant "des tempêtes plus violentes, plus de famines et d'inondations, de nouvelles vagues de réfugiés (...) la montée des océans". "C'est le futur que nous devons éviter", a-t-il dit. "C'est notre travail (...) nous avons une obligation morale".

Appel à la Russie : réduire d'un tiers ses armes nucléaires

"Après un large examen, j'ai décidé que nous pouvions assurer la sécurité de l'Amérique et de nos alliés et maintenir de forts moyens de dissuasion tout en réduisant nos armes stratégiques de jusqu'à un tiers", a dit Barack Obama.

Dans ce discours qu'il veut inscrire dans l'Histoire, Barack Obama a proposé de tourner définitivement la page de la Guerre Froide avec une réduction des arsenaux stratégiques nucléaires américain et russe.

"Et j'ai l'intention de chercher à obtenir des réductions négociées avec la Russie pour dépasser les positions nucléaires de la Guerre froide", a-t-il ajouté.

Il a assuré qu'il organiserait deux sommets sur la sécurité nucléaire au cours de son second mandat entamé en début d'année. "Ce sont des étapes que nous pouvons franchir pour créer un monde de paix et de justice", a-t-il affirmé.

"Nous allons travailler avec nos alliés de l'Otan pour chercher à parvenir à d'importantes réductions des armes tactiques nucléaires américaines et russes en Europe et établir un nouveau cadre international pour une puissance nucléaire pacifique", a encore affirmé M. Obama.

Le contexte semble toutefois peu propice pour obtenir un tel geste de la Russie, après l'ambiance glaciale qui a régné entre Obama et le président russe Vladimir Poutine lors du G8 lundi et mardi en Irlande du nord.

La Russie estime d'ailleurs qu'il faut inclure les autres pays ayant l'arme atomique dans ce processus, selon Iouri Ouchakov, conseiller du Kremlin. "La situation n'est plus aujourd'hui celle des années 1960 ou 1970, quand seuls les Etats-Unis et l'Union soviétique menaient des négociations de réduction des armements nucléaires. Il faut maintenant voir plus large (...) et étendre le cercle des participants pour d'éventuels contacts à ce sujet", a-t-il ajouté.

Le président russe Vladimir a quant à lui déclaré que la Russie ne permettra aucun déséquilibre dans la dissuasion nucléaire. "Nous ne pouvons permettre que soit rompu l'équilibre des systèmes de dissuasion stratégique, que soit amoindrie l'efficacité de nos forces nucléaires", a déclaré M. Poutine. "C'est pourquoi la création d'un système de défense aérienne et spatiale va rester une des priorités de notre industrie militaire", a ajouté le président russe.

Les USA ne "fouinent" pas dans les mails des citoyens

Barack Obama a aussi assuré mercredi à Berlin que les services de renseignement américains ne "fouinent" pas dans les courriers électroniques des citoyens européens ou américains. "On est pas dans une situation où (les services de renseignement américains) fouinent dans les courriers électroniques ordinaires de citoyens allemands, de citoyens américains, de citoyens français ou de qui que ce soit d'autre", a-t-il déclaré.

Le président américain a toutefois défendu les interceptions de données téléphoniques et internet mondiales alors que le programme Prism de l'agence américaine de surveillance NSA a fait polémique en Allemagne, un pays marqué par l'espionnage quotidien dont était victime une large partie de la population dans l'ex-Allemagne de l'est communiste.

Obama a assuré que l'espionnage de communications téléphoniques et électroniques avait "sauvé des vies" et qu'au moins 50 attaques avaient été déjouées grâce à elles, pas seulement aux État-Unis, mais aussi ailleurs dans le monde et particulièrement en Allemagne.

Il a également assuré que les atteintes à la vie privée avaient été très limitées et que toutes les opérations de surveillances étaient supervisées par un tribunal.

De son côté, la chancelière Angela Merkel, qui a grandit en ex-RDA, a assuré que la discussion sur le sujet avait "très longue", "très complète" et qu'elle allait "se poursuivre". L’Allemagne a obtenu "des informations importantes" grâce aux services américains, a reconnu la chancelière, assurant que les échanges d'informations entre services allemands et américains allaient se poursuivre.

"L'internet est pour nous tous une terre inconnue" qui offre "de nouvelles possibilités pour les ennemis de notre État de droit de mettre en danger notre mode de vie", a-t-elle ajouté.

Aides à l'opposition syrienne : no comment

Barack Obama a également abordé le conflit syrien, refusant de préciser la nouvelle aide américaine aux insurgés syriens. "Je ne peux pas et ne vais pas commenter les détails de nos programmes liés à l'opposition syrienne", a déclaré le président américain.

Un conseiller de Barack Obama à la Maison Blanche avait promis la semaine dernière pour la première fois un "soutien militaire" à l'opposition syrienne après que les Etats-Unis eurent établi que le régime syrien avait utilisé du gaz sarin contre les rebelles.

Mais l'exécutif américain a toujours refusé jusqu'ici de détailler la forme que pourrait prendre cette aide "militaire", des analystes pronostiquant des livraisons d'armes légères qui seraient bien insuffisantes pour modifier l'équilibre des forces sur le terrain.

Barack Obama avait mis en garde précédemment contre la fourniture de nouvelles armes aux parties en conflit, limitant le soutien de Washington à une aide humanitaire.

Mercredi à Berlin, il a rejeté les analyses considérant que le soutien accru aux insurgés plaçait les Etats-Unis sur une pente glissante la conduisant à un nouveau conflit dangereux au Proche Orient.

Parallèlement, la chancelière Angela Merkel a rappelé que l'Allemagne s'interdisait toute livraison d'armes dans des pays en guerre civile, et donc également en Syrie. "Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas jouer un rôle constructif" dans ce pays, a-t-elle souligné, évoquant une contribution allemande dans le "processus politique ou l'aide humanitaire".

Eviter l'émergence d'une "génération perdue"

Le président américain a également appelé à changer d'approche devant l'envolée du chômage des jeunes, afin d'éviter l'émergence d'une "génération perdue", un message clairement adressé aux Européens et notamment à son interlocutrice, la chancelière Angela Merkel.

"Nous ne devons pas perdre des yeux l'objectif final, améliorer les conditions de vie des gens", a déclaré le président américain lors d'une conférence de presse commune des deux dirigeants. "Et par exemple quand le chômage des jeunes grimpe, nous devons moduler notre approche afin que toute une génération ne soit pas perdue".

Le chômage des jeunes est un fléau dans toute l'Europe du sud, alors que l'économie de nombreux pays dérape sur fond de politiques drastiques de réduction des déficits. L'accent sur la consolidation budgétaire est une exigence allemande, que la chancelière a répétée mercredi "afin de ne pas bâtir notre prospérité aux dépens des générations futures".

Mais elle a également, comme toujours depuis plusieurs mois, insisté sur l'importance de la croissance économique.

"Nous voulons tous la même chose", a affirmé M. Obama, notamment "la croissance économique, des emplois dont on peut vivre".

Mais pour conjuguer tous ces objectifs "il n'y a pas de recette miracle", a-t-il dit.

Belga avec AFP

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