Numérique dans les écoles: "Il faut mettre les élèves en situation d'apprendre à apprendre"

André Delacharlerie de l’Agence wallonne du Numérique
André Delacharlerie de l’Agence wallonne du Numérique - © RTBF

Le baromètre Digital Wallonia "Education et Numérique 2018" recommande d'augmenter l'infrastructure numérique dans les écoles. Interrogé dans Matin Première, l'auteur de cette étude, André Delacharlerie de l’Agence wallonne du Numérique, explique que le retard wallon en termes d’équipements, par rapport à la Flandre ou aux autres pays européens, est dû à un manque d'investissements : "Visiblement, il y a en tout cas un problème de financement quelque part. Là on se tourne souvent vers la Région wallonne ou la Région bruxelloise. La situation à Bruxelles est pour l’instant encore un tout petit peu plus critique. Mais effectivement, il faut investir au niveau de l’équipement et il faut investir plus massivement qu’on ne le fait, même s’il y a déjà des initiatives. Les plans qui ont commencé avec Cyber-écoles, Cyberclasse et École numérique depuis quelques années sont quand même assez ambitieux, mais quand on compare les budgets qui sont consacrés chez nous ou par exemple dans les régions françaises, on a un rapport qui est de l’ordre de quatre à cinq fois supérieur".

Solution miracle

Demander aux élèves d’apporter eux-mêmes leur propre matériel "est certainement une partie de la solution, mais elle nécessite évidemment d’être bien encadrée et bien pensée et elle ne s’applique pas à toutes les circonstances. D’abord, dans le primaire, je crois qu’il vaudrait mieux disposer des équipements à l’intérieur de l’école et ne pas demander aux élèves de l’apporter. Dans le secondaire, c’est en fait déjà quelque chose qui se fait ponctuellement à certains endroits, et parfois d’ailleurs, dans quelques cas, de façon systématique avec pratiquement tous les élèves qui disposent d’un ordinateur ou d’une tablette", poursuit-il, "avec succès quand c’est bien mis en œuvre. Mais dans d’autres cas aussi il faut pouvoir l’utiliser de façon ponctuelle. Certains enseignants disent en classe: 'il n’y a pas quelqu’un qui a un smartphone et qui peut aller me chercher la définition de ceci ou de cela ?' Mais ça ne doit pas non plus être la solution miracle parce que finalement ce sont les parents qui vont financer les équipements. Il faut aussi vraiment travailler avec les enseignants".

Faut-il rendre obligatoire un cours d’informatique? "Il faut former au numérique, c’est-à-dire qu’il faut effectivement apprendre à se servir des outils, à faire des recherches de façon intelligente et à se protéger sur le net. Il faut protéger sa vie privée et il faut également être sensibilisé. Mais il faut aussi apprendre à créer des contenus, être capable de rédiger et de publier et apprendre à coder parce que c’est une formation qui développe vraiment la structure, qui développe l’organisation, qui vous amène vraiment à des apprentissages qui sont des apprentissages profonds, un peu à la manière du latin finalement, dont il est aussi beaucoup question" selon André Delacharlerie.

Aprendre à apprendre

Plutôt que de former à beaucoup de métiers autour de l'informatique, "il faut les mettre en situation d’apprendre à apprendre et ça veut aussi dire qu’il y a d’autres choses que les technologies numériques qui doivent être mises en œuvre. Par exemple, les neurosciences sont aussi quelque chose qui doit être vraiment une source d’inspiration importante, qui est aujourd’hui complètement ou quasi complètement négligée en Fédération Wallonie-Bruxelles et qui ne figure pas dans le Pacte d’excellence".

Avec ce qu’on lui donne à l’école, la génération qui s’apprête à sortir du secondaire aujourd’hui n’est pas prête à affronter le marché du travail numérique, selon André Delacharlerie: "C’est clair. Et il faut aussi, au niveau des universités, au niveau des hautes écoles, parfois au niveau aussi du Forem, apporter des compléments importants. Tous les employeurs réclament ces compétences, mais malheureusement le système qui est très lent à évoluer. Et je ne comprends pas que dans les fameux socles de compétences on n’a pas prévu ces possibilités-là et on n’a pas non plus prévu — ce qui est important — de former les enseignants à apprendre. Parce que je dirais bien, un petit peu à la manière de ce qui se passe aux USA, qu’il faut armer nos enseignants".

Reportage dans notre journal télévisé de la mi-journée:

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