WhatsApp et données personnelles : "Si vous avez un compte Facebook ou Google, ça ne changera rien pour vous"

Si vous n’avez pas encore accepté les nouvelles conditions d’utilisation – controversées, car autorisant un plus grand partage de données avec Facebook – de la messagerie WhatsApp, c’est à partir de ce week-end que vous risquez de ne plus avoir accès à tous les services de cette application.

Antoine Delforge, juriste, doctorant à l’UNamur et chercheur au sein du Digital Institute, était l’invité de La Première ce vendredi matin pour en parler.

Qu’impliquent ces nouvelles conditions d’utilisation exactement ?

"Dans ce changement de politique de confidentialité, il y a deux choses. Facebook a racheté WhatsApp il y a de ça un certain nombre d’années, et à ce moment-là, c’était gratuit. Ils ont donc décidé qu’il fallait monétiser ce rachat et, au fur et à mesure, ils ont fait évoluer les conditions d’application de WhatsApp. Premièrement, vous allez donc accepter que Facebook intègre un peu mieux les fonctions de WhatsApp. Ce sont donc surtout des aspects techniques. Et deuxièmement, vous allez accepter que WhatsApp soit utilisé par des entreprises privées pour vous contacter. Par exemple, à l’époque, vous receviez votre billet d’avion par e-mail. Maintenant, ça pourrait être par WhatsApp. Voilà les deux principales choses qui vont être échangées. Donc, en réalité, WhatsApp va partager un peu plus d’informations avec Facebook, qui est sa société mère".

Concrètement, est-ce que WhatsApp va pouvoir lire les messages qu’on s’échange ?

"Non, en principe en tout cas. Normalement, c’est déjà techniquement impossible puisque WhatsApp est une messagerie qu’on appelle cryptée de bout en bout, c’est-à-dire que le message ne peut pas être lu par quelqu’un d’autre que les deux personnes échangeant les messages. Cependant, tout ce qui est informations à côté, c’est-à-dire le nom de la personne, son adresse IP — où elle est localisée, son adresse Internet — et des informations comme ça, ça pourrait être éventuellement un peu plus utilisé par Facebook. Mais comme les conditions générales de Facebook ne sont pas toujours très claires, justement, ce n’est pas évident de savoir ce qui va être fait".

Ce sont donc plutôt des métadonnées que WhatsApp va partager avec Facebook. Que vont-ils en faire ?

"L’idée, c’est de récupérer un peu plus d’informations pour pouvoir proposer la publicité ciblée ou justement servir de système de communication à des entreprises. C’est donc soit pour monétiser la publicité, soit pour être un canal de communication qui ferait payer aux entreprises qui voudraient l’utiliser".

En Europe, le RGPD, le Règlement général de protection des données, nous protège-t-il ?

"D’un point de vue juridique, c’est certain. En Europe, on est bien mieux protégé que dans les autres pays du monde, puisqu’on a ce fameux règlement. Et en réalité, ce règlement permet d’avoir plus d’informations, plus de droits et que certaines pratiques qui sont utilisées ailleurs dans le monde ne soient pas possibles en Europe. Cependant, en cas d’attaques, ça, comme toujours, ce n’est plus vraiment un problème de droits, c’est surtout un problème de sécurité informatique et on n’est pas moins exposés en Europe".

Est-ce que ces nouvelles conditions d’utilisation sont suffisamment claires pour les utilisateurs ?

"Ça n’est certainement pas très clair pour la personne qui n’est pas habituée et ça ne l’est pas beaucoup plus pour la personne habituée que je suis, dans le sens où la volonté, dans certains cas, est justement de rester un peu flou pour se laisser de la marge de manœuvre, ce qui est problématique d’un point de vue juridique puisqu’on ne sait pas clairement à quoi on consent. Et c’est d’ailleurs ce qu’ont signalé certaines autorités de contrôle européennes en matière de vie privée".


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Si on refuse ces nouvelles conditions d’utilisation de WhatsApp, quelles sont nos alternatives ?

"Il y a deux autres messageries qu’on appelle cryptées de bout en bout et qui fonctionnent à peu près comme WhatsApp. Ce sont en effet des applications qui sont de bonnes alternatives en principe. Signal n’est pas mal parce que c’est une société à but non lucratif derrière et l’objectif n’est donc pas forcément de faire du bénéfice. Telegram l’était aussi au début, mais depuis maintenant quelques mois, ils ont annoncé qu’ils allaient changer de politique de monétisation. Donc, à un moment, ces applications-là, si elles sont gratuites, bien souvent — pas toujours, mais souvent — elles essayent de récupérer un peu d’argent. Ça va peut-être changer du côté de Telegram. Et d’autant plus que Telegram, par exemple, est un service russe à la base, et il ne faut jamais oublier que dans certains cas, il peut y avoir d’autres problématiques et on n’est pas forcément plus au courant de comment ça fonctionne derrière".

Est-ce que vous nous conseillez d’accepter et de continuer à utiliser WhatsApp ?

"Pour être très pragmatique, souvent, la plupart des gens qui ont WhatsApp ont aussi un compte Facebook, utilisent Messenger, utilisent un compte Google aussi, ont une montre connectée. Donc, en réalité, comme je vous l’ai expliqué, WhatsApp ne va pas changer fondamentalement, il ne va pas y avoir beaucoup plus d’informations, donc si vous êtes dans tous ces autres services-là, ça ne va quasiment rien changer pour vous. Après, si vous trouvez justement que vous n’aimez pas tous ces services-là, là ça peut être intéressant d’aller voir des alternatives où il y aura moins de suivi ou de traçage de vos données".

Extrait de notre 19h30 de ce vendredi :

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