NordPresse: "Une blague de mec bourré" devenue premier fournisseur de fake news en France

Les articles parodiques sont-ils les nouvelles fake news ? C'est en tout cas l'analyse d'un journaliste de Libération, Vincent Glad. Et pour arriver à cette conclusion, il part de certains articles diffusés par le site web parodique "NordPresse", notamment au sujet des gilets jaunes. Des titres parodiques qui sont pourtant pris au premier degré par toute une partie du public, qui a tendance aujourd'hui à devenir très virulent envers les médias traditionnels. Un danger, pour Vincent Glad. "Il se retrouve à être quasiment le seul producteur de fake news en France sur les gilets jaunes, c'est une immense responsabilité. Jeter comme ça de l'essence sur ce feu, sur ce brasier que sont les gilets jaunes, je trouve que c'est un peu irresponsable."

NordPresse, un site de canulars

Vincent Flibustier, créateur du site d'informations parodiques NordPresse, commence par expliquer la genèse de site web. Il a connu un petit élan de colère un soir, après avoir lu un article de SudPresse qui ne l'avait pas convaincu. "Je me suis dit que j'allais piquer leur public et faire du "sous-SudPresse", du crétinisme absolu. Pour aller plus loin dans le pute-à-clics (avec des titres accrocheurs pour susciter beaucoup de clics et de partages, .ndlr) dans le fait divers ignoble et sordide et stupide, je me suis dit que le meilleur moyen d'aller encore plus loin, c'était de les inventer !" Mais depuis, le site web a voulu évoluer vers un concept plutôt porté sur la critique des médias en général, avec un esprit éducatif, affirme Vincent Flibustier. "Voir les fake news, dans le débat actuel, comme étant la maladie de notre société, pour moi, ce n'est qu'un symptôme. Il y a aujourd'hui une certaine presse en Belgique, en France, comme ailleurs, qui fait beaucoup plus de mal à l'information que le symptôme un peu insignifiant qu'est NordPresse." Un "symptôme insignifiant" qui suscite actuellement autant d'engagements que le journal Le Monde sur le web et les réseaux sociaux. Et qui a généré, dans ses heures de gloire, entre 3.000 et 4.000 euros par mois. Une enveloppe qui s'est nettement amoindrie quand le marché de la publicité sur internet s'est écroulé pour se tourner vers les réseaux sociaux. 

La notion de responsabilité

Mais est-ce vraiment en diffusant des informations absurdes ou exagérées, que l'on pousse les citoyens à aller, eux-mêmes, faire la démarche de s'informer correctement ? Selon Vincent Flibustier, un article de fact checking, émis par un journal très sérieux, n'intéressera pas le lecteur qui a des opinions arrêtées sur un sujet donné. "Par contre, piéger dix fois un type avec un article NordPresse, déjà, ça a l'avantage de l'identifier, de pouvoir lui dire "Tu t'es gouré"." Et donc, permettre la remise en question de ses opinions. Et pourtant, Vincent Glad, journaliste au journal Libération et Brain Magazine, rappelle qu'en France il n'y a pas un vrai marché de la fake news, comme ça peut être le cas en Russie ou aux États-Unis, où des articles longs sont créés pour diffuser de la fausse information. "Je me suis rendu compte qu'avec l'actualité énorme des gilets jaunes, les seuls à produire des fake news ont été les sites parodiques, surtout NordPresse. (...) Ce sont des sites qui jouent sur l'ambiguïté entre fake news et parodies. Et on se rend compte qu'il y a plein d'articles de NordPresse qui ont comblé une demande, parce qu'il y avait plein de gens qui voulaient lire des articles qui disaient, par exemple, qu'il y avait 3 millions de personnes en France, dans la rue, alors qu'il n'y en avait que 300.000 ou un peu plus." Bref, nourrir les fantasmes de certains gilets jaunes pour faire réagir sur les réseaux sociaux, et susciter les partages. Autrement dit : produire des articles "putes à clics". Et comme le rappelle Vincent Glad : "Le problème, c'est que c'est une blague de mec bourré NordPresse, effectivement, mais à un moment, il a trop de responsabilités vu son audience." Mais Vincent Flibustier déplace le débat et la responsabilité plus loin. "Ce qui est terriblement inquiétant c'est que les gens ne soient plus dans une volonté de recherche de la vérité, mais dans une simple volonté de combler leurs fantasmes. Donc, pour moi, il faut travailler à la racine."

Même plus d'article, juste un titre

Un autre constat est partagé par Vincent Flibustier : le public de NordPresse a tendance à ne même pas lire les articles, mais à partager uniquement des titres et des images. Dans cette dénonciation d'un problème qui est symptomatique d'un mal de société global, Vincent Glad rappelle également l'évolution du concept de NordPresse. "Au début, le modèle un peu Gorafi, c'était quand même d'écrire des articles. Assez rapidement, NordPresse s'est rendu compte que ça ne servait à rien puisque les gens ne lisaient que les titres. Et maintenant, ça suffit, une news a juste besoin d'un titre pour circuler." Les deux participants au débat sont donc d'accord sur un point : ils sont atterrés de constater la crédulité du public et le manque d'esprit critique des lecteurs de NordPresse qui ne prennent pas la peine de lire l'article avant de le partager.

Et, pour l'ensemble des internautes, de ne partager que du contenu qui nous arrange.

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