Nordpresse contre Sudpresse? Plainte au pénal pour incitation à la haine

Nordpresse contre Sudpresse: une plainte au pénal pour incitation à la haine
Nordpresse contre Sudpresse: une plainte au pénal pour incitation à la haine - © Tous droits réservés

D'habitude, il s'agit d'un journal satirique en ligne. Dans la veine de sites français comme le Gorafi, Nordpresse publie régulièrement sur les réseaux sociaux ses articles parodiant l'actualité belge. Ce vendredi, cependant, les responsables de la publication humoristique ont jeté un pavé dans la mare médiatique: ils affirment avoir porté plainte au pénal contre un groupe de presse belge, Sudpresse.

La plainte décrite concerne la Une de mercredi du journal régional, qui, estiment les animateurs du site satirique, incite "doublement à la haine, d’abord en parlant d’invasion, comme s’il s’agissait de rats et pour l’article sur le père du Kamikaze du Bataclan qui donne l’adresse du magasin d’un innocent."

La copie du PV de plainte est dans l'article. On a toujours cru qu'un jour Sudpresse porterait plainte contre Nordpresse, c'est l'inverse qui est arrivé d'abord :-)

Posté par Nordpresse sur vendredi 26 février 2016

"Oeil pour oeil"

La polémique entre Nordpresse et Sudpresse couve depuis mercredi. Suite à la publication de l'adresse du père de l'un des kamikazes, les rédacteurs du journal humoristique avaient dévoilé la photo ainsi que le nom de la commune où habite la journaliste responsable de l'article en question.

"C'est un vrai problème de la part d'un organe de presse subventionné, explique Vincent Flibustier, principal animateur de Nordpresse. C'est inciter à la haine et jouer avec les fantasmes des gens. C'est révoltant."

Nordpresse a par ailleurs publié sur Youtube l'enregistrement d'un coup de téléphone, attribué à un responsable de Sudpresse, qui demande le retrait de cette information.

Le "rédacteur en chef" du site, qui ne se définit pas comme "quelqu'un de gauche", estime par ailleurs que face à ce genre de publication, "c'est œil pour œil", quitte à risquer lui-même d'être la cible d'une plainte en retour.

Contacté, Michel Marteau, rédacteur en chef de Sudpresse, dit ne pas avoir eu connaissance de ce dépôt de plainte. "Si j'avais vu quelque chose de choquant dans cette Une, je ne l'aurais pas publiée", commente-t-il.

Dossier au CDJ: plus de 300 plaintes recevables

La Une de Sudpresse a également fait l'objet d'un dépôt de plainte au Conseil de déontologie journalistique (CDJ). "Nous avons reçu hier (jeudi, ndlr) une dizaine de plaintes, explique André Linard, secrétaire général du CDJ. Et 300 sont arrivées aujourd'hui: c'est énorme, c'est la première fois que nous avons autant de plaintes pour une publication unique."

"Si on reste sans bouger, cela va devenir dangereux", justifie William Donni, militant PTB qui avait, avec d'autres, entrepris cette action jeudi.

Le CDJ, qui vérifie le respect des articles du code de déontologie journalistique, n'a cependant pas le pouvoir de sanctionner: "La sanction est morale, et elle est d'autant plus forte qu'elle est commentée par des pairs", estime André Linard.

"L'absence de sanction, c'est ce qui m'a aussi motivé, explique cependant Vincent Flibustier. J'ai par ailleurs remarqué que les avis du CDJ, lorsqu'ils sont défavorables à Sudpresse, ne sont pas très visibles."

Coup de pub pour Nordpresse? Le rédacteur en chef s'en défend: il invite par ailleurs directement le public à imiter son geste et à déposer d'autres plaintes au pénal.

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